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Le Christianisme selon Onfray

Philosophe et essayiste normand, Michel Onfray, né en 1959, aimait à se définir comme un nietzschéen de gauche. Il a quitté l’Éducation nationale en 2002 pour fonder à Caen son université populaire. Il est l’auteur de plus de 115 ouvrages, parmi lesquels le Traité d’athéologie (2005), Décadence (2017) et dernièrement la Théorie de Jésus (2023).

Le militant de l’athéisme athée

Enfant de la philosophie  de la fin du XXe siècle, Michel Onfray se veut le chantre d’un athéisme nouveau et véritable, d’un « athéisme athée » qui refuse non seulement le christianisme mais aussi le Christ lui-même (jusque dans son existence historique) avec toutes les valeurs qu’il défend et représente. L’avènement de cet athéisme est pour lui l’enjeu d’une déchristianisation réelle des sociétés européennes, sans laquelle la mort de Dieu resterait sans effet.

Onfray prétend ainsi faire l’histoire de la fiction « jésuschristique », en établir la généalogie pour la déconstruire, briser le paradigme chrétien pour réactiver le monde d’avant, faire oublier toute culpabilité et réinjecter une énergie solaire, une vitalité furieuse.

Jésus le sage vs. Jésus le martyr

Rien de bien nouveau sous le soleil : le christianisme se réduit pour lui à la cristallisation d’aspirations millénaristes, prophétiques et apocalyptiques, concentrées sur un personnage conceptuel. Dans la construction du personnage, Onfray oppose le sage Jésus des béatitudes, néo-bouddhiste et pacifiste, au martyr crucifié de Paul, « artisan névrosé de l’amour de la mort, » rendu responsable du « devenir thanatophilique » du christianisme. L’échafaudage chrétien correspondait ainsi au climat hystérique d’une époque paradoxale qu’il synthétise et sublime.

Rejet et relecture des Évangiles

Le philosophe trouve peu d’éléments crédibles dans les Évangiles (comme en témoigne la lecture qu’il en fait encore dernièrement dans sa Théorie de Jésus), constructions a posteriori enracinées dans une lecture midrashique de l’Ancien Testament, étayées de citations, d’étymologies… Il n’y a ainsi pas pour lui ni Jésus historique ni Christ de la foi, mais seulement un Jésus de papier, constitué à partir de récits poétiques, de textes symboliques, de discours mythologiques. Onfray récuse ainsi toute historicité des témoignages au sujet du Christ : ceux des chrétiens au motif qu’ils seraient juges et parties, ceux des païens comme relevant d’une conspiration chrétienne. Les divergences nombreuses, les anomalies archéologiques confirment pour lui cette affirmation.

La démarche onfrayienne passe par une relecture païenne du christianisme : sous les strates qu’il attribue à saint Paul, l’auteur prétend retrouver un patchwork de religions orientales, de traditions païennes, un chamanisme solaire enraciné dans le cosmos païen. Outre le paganisme et quoique refusant tout crédit aux Évangiles canoniques, Onfray n’hésite pas en revanche à puiser dans les sources apocryphes pour compléter sa « généalogie » d’un Christ qu’il cherche à présenter comme plus humain, plus fragile, plus incarné.

Friedrich engendra Michel…

Le propos de Michel Onfray est de déconstruire ce quil dénonce comme une supercherie, de démonter les rouages du christianisme pour en montrer laspect supposément artificiel. Cette pratique du soupçon méthodique et systématique, conjuguée avec lopposition au sein du message évangélique de deux conceptions prétendument irréconciliables nest pas nouvelle. Lathéisme dOnfray, bien quil en annonce la nouveauté et le caractère libérateur, nest pas autre chose quune version réchauffée du nihilisme athée de Nietzsche, qui vouait déjà saint Paul aux gémonies et reprochait au christianisme davoir opprimé le surhomme en imposant la domination des faibles. « Dieu est mort » proclamait le regretté FriedrichOn aimerait au contraire que Michel trouve le chemin de la Vie !

Généalogie d’un athéisme : le problème du corps

Où trouver la clé de cette lecture onfrayienne ? Car le philosophe qui s’emploie ainsi à déconstruire la généalogie du christianisme n’est pas exempt d’un arrière-plan philosophique et religieux bien particulier. Dans l’itinéraire intellectuel de Michel Onfray, trois « coups de foudre » philosophique lui ont donné l’impression de se trouver en possession d’un « stock de dynamite considérable pour faire sauter la morale catholique. » Ayant lu Freud, Nietzsche et Marx, le philosophe pense pouvoir enfin dénoncer la supercherie de cet ensemble de valeurs auquel il se heurte douloureusement depuis son enfance.

Le thème fondamental de la dénonciation onfrayienne, qui constitue peut-être le ressort de sa blessure, est le celui de la chair. À ce qu’il interprète comme un mépris et une haine chrétienne du corps, le philosophe veut opposer et substituer une « existence jubilatoire, » un « eros solaire, » une « philosophie des Lumières sensuelles. » Le rejet de la culpabilité chrétienne et paulinienne serait pour lui la clé de l’accès à un usage libre et insouciant de la chair. Adopter le rapport oriental au corps serait ainsi le moyen d’incarner enfin un corps indien, serein et souriant, de faire de l’acte sexuel l’occasion d’imiter les dieux. L’obstacle à surmonter se trouve dans le corps de papier de Jésus et le corps crucifié du Christ, que la religion propose d’imiter alors qu’il ne possède pas de matérialité réelle : la chair chrétienne ne peut être assumée selon Onfray, puisque le corps du Christ n’existe pas. Encore une fois, c’est à la névrose saint Paul que le philosophe attribue le détournement du message chrétien et l’obsession des sujets moraux, aidé en cela il faut le dire par son jumeau saint Augustin, dont les confessions seraient une immense « variation sur la haine de soi. »

Conclusion

Si la clé du problème religieux onfrayien est le corps, on comprend pourquoi l’auteur s’emploie avec tant d’insistance à nier l’existence historique du Christ. Car ce n’est pas en effet à une religion évanescente et mythique qu’il s’attaque – quoiqu’il puisse en dire – mais bien à la religion de l’Incarnation. Le combat intérieur et médiatique de Michel Onfray nous rappelle finalement l’omniprésence de la personne du Christ, Verbe incarné, sur l’histoire du monde et de la pensée humaine, et nous révèle à quel point sa figure révèle le paradoxe de tout homme, que Jésus vient révéler et guérir.

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