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Les pièges de l’évolution (2/3)

Après avoir présenté la théorie de Darwin et de ses disciples, nous jetons un regard critique et formulons quelques nuances au règne sans partage de la théorie de l’évolution.

Retrouvez ici le premier article de la série : Darwin et le Darwinisme

Retrouvez ici le dernier article de la série : évolution ou création, faut-il choisir ?

Au crédit de Darwin : ce qu’il a vu

Reconnaissons le bien-fondé de l’intuition de l’Origine des espèces : Darwin a vu (mais ses disciples l’ont parfois occulté) que la transformation des espèces vivantes les unes à partir des autres ne dispense pas d’une création. Sur le plan de l’observation, il note que les êtres vivants sont affectés de variations, et sont toujours en interaction avec un milieu (le moteur de la sélection naturelle). On parvient ainsi à envisager a minima la possibilité de modifications au sein d’une espèce – ou « micro-évolutions, » causées par des mutations. La phalène du bouleau est un papillon qui présente des ailes grises dans les régions industrialisées, qui le dissimulent aux yeux des prédateurs[1]Cf. M. Denton, Évolution, une théorie en crise, trad. N. Balbo, Paris, Flamarion, 1992, c. 4, p. 83-84. La question du changement d’espèce est évidemment d’une autre portée : bien plus hasardeuses sont les innombrables variations qui auraient dû intervenir pour donner naissance aux embranchements, classes, ordres, familles, genres et espèces actuels à partir d’un ancêtre commun.

Nuances et critiques sur le plan de la logique

Darwinisme et néo-darwinisme définissent l’animal le plus apte (à survivre) comme – de fait – celui qui survit ; et ce dernier est à son tour défini comme le plus apte. En d’autres termes, dans la théorie darwiniste, le survivant… c’est celui qui survit. Le raisonnement présente un grave défaut : la tautologie dans l’explication même du mécanisme de la sélection naturelle.

En bon observateur des espèces vivantes, Darwin n’a constaté que des variations minimes à chaque génération ; de même les néo-darwinistes font appel à une multiplicité de mutations graduelles, sur une très longue durée, censée présider à la transformation des espèces. Or à chaque cas de variation devrait se poser la même question : comment un changement ou une mutation minime, ébauchant à peine un nouveau dispositif organique, pourrait-il avantager l’individu qui en est porteur et le rendre plus apte à survivre ?

La sélection naturelle, en effet, n’agit qu’en profitant de légères variations successives, elle ne peut donc jamais faire de sauts brusques et considérables, elle ne peut avancer que par degrés insignifiants, lents et sûrs[2]Darwin, L’origine des espèces, loc. cit., C. VI, p. 247

Confrontation à l’observation

On peut relever six contradictions entre une conséquence de la théorie darwiniste et les données de l’observation :

1) Darwinisme et néo-darwinisme conduisent à poser l’existence de formes vivantes intermédiaires entre les être primordiaux et les espèces actuelles, dont une part au moins aurait dû se fossiliser : or on ne retrouve pas ces « ancêtres » fossilisés. Darwin se demandait déjà : « Pourquoi ne trouvons-nous pas des dépôts riches en fossiles appartenant à ces périodes primitives[3]Pour un exposé sur la question des fossiles, la connaissance acquise depuis Darwin sur ce point et un certain nombre de données chiffrées, on se reportera à M. Denton, Évolution, une théorie en … Continue reading ? C’est là une question à laquelle je ne peux faire aucune réponse satisfaisante[4]Darwin, L’origine des espèces, C. IX, p. 361 ». En outre, comme on l’a évoqué ci-dessus, la forte interdépendance des organes du vivant rend très peu probable qu’une petite variation apporte un avantage à son sujet : au contraire, puisqu’il faut que tous les organes soient adaptés entre eux, une mutation isolée risque fort de rendre l’animal non-viable.

2) Seconde nuance apporter à l’hypothèse darwiniste : malgré l’inférence fondamentale de la théorie (la sélection naturelle permettant l’apparition de nouvelles espèces), le fait n’a jamais été constaté, pas plus que par sélection artificielle[5]« Nous n’avons même pas – ce qui serait de toute manière insuffisant – une cumulation de mutations favorables orientée progressivement sous l’effet de la sélection naturelle.Et … Continue reading.

3) En outre, si la sélection naturelle revenait à une « loi du plus fort, » seuls les rochers, les gaz simples… auraient survécus, et non des êtres aussi complexes – et fragiles – que les organismes vivants.

4) La sélection naturelle, ne permettant que la survie du plus apte, conduit à prédire dans un milieu donné la subsistance d’une espèce unique, d’un même genre, qui l’emporterait sur les autres : or on constate au contraire la coexistence d’une pluralité d’espèces dans un même milieu.

5) Quant aux modifications aléatoires, donc non-finalisées, elles devraient avoir été extrêmement nombreuses et duré sur des centaines de millions d’années, permettant de constater sur les restes fossilisés une multiplicité de variations chaotiques (rendant impossible l’identification de lignées évolutives). Or tout arbre de l’évolution présente de telles lignées (comme les branches d’un arbres généalogique), en faisant appel justement aux fossiles :

Tous les fossiles connus jusqu’ici appartiennent à des lignées dont les éléments constitutifs sont autant d’étapes vers la réalisation de types qui les caractérisent… Aucune production désordonnée n’est connue. L’évolution s’est effectuée dans l’ordre[6]P.-P. Grassé, L’Homme en accusation, Paris, Albin Michel, 1980, p. 29..

En outre, si le moteur de la transformation des espèces était la mutation, toutes les espèces vivantes soumises à des mutations devraient changer : or il existe de nombreuses espèces d’animaux dites panchroniques – c’est à dire qui traversent le temps sans se modifier. La drosophile[7]Étymologiquement : « mouche aime le vin, » elle a le ventre noir. Comme tous les insectes, cette mouche de quelques millimètres de long, possède trois paires de pattes et représente la plus … Continue reading subit, comme toute espèce, des mutations, mais les individus actuels présentent les mêmes caractéristiques spécifiques que ceux – fossilisés dans des morceaux d’ambre de la Baltique – d’il y a cinquante millions d’années[8]Rémy Chauvin, La Biologie de l’esprit, Monaco, éd. du Rocher, 1985, p. 23.. Malgré des centaines de millions de mutations, ces animaux panchroniques demeurent identiques en espèce, souvent répandus sur une bonne partie voire sur la totalité de la planète (sans que l’on puisse attribuer cette fixité à une milieu particulier[9]« Ces organismes, qualifiés parfois de panchroniques sont très nombreux et probablement beaucoup plus que les livres de zoologie élémentaire le laissent croire : Ferrobactéries, Cyanophycées … Continue reading).

6) Enfin, l’homme (homo sapiens sapiens) exerce des activités qui manifestent des facultés dont l’animal est dénué : argument principal qui ne peut s’accorder avec l’hypothèse d’une pure et simple filiation animale. Le comportement animal obéit à une association perceptive et à une mémorisation concrète[10]« Tous les cas d’intelligence animale que nous avons observés relèvent d’une intelligence toute pratique et concrète : saisir des relations entre des éléments présents d’une situation, … Continue reading, alors que l’homme seul peut saisir des notions abstraites et logiques, résoudre des problèmes de l’esprit.

Ces arguments sont autant d’obstacles majeurs auxquels darwinisme et néo-darwinisme se heurtent dans le domaine de l’observation. Continuons par trois difficultés du point de vue philosophique.

Regard philosophique sur le darwinisme et néo-darwinisme

1) Une première adaptation innée est nécessaire à toute mutation : les êtres vivants doivent être pré-adaptés à leur milieu, pour être rendu aptes à y exercer telle ou telle activité. Or les variations/mutations supposent des êtres vivants qui se reproduisent et vivent dans un milieu donné : elles ne peuvent être en elles-mêmes la cause de cette première adaptation. 

2) En outre, l’ordre requis pour la vie ne peut être causé par le hasard. Darwin (qui n’est pas suivi en cela par ses disciples) répond que les premiers vivants ont été créés par Dieu, mais que son explication vaut pour les suivants. Quelle est cependant la capacité des variations aléatoires à s’accumuler et se soustraire, puis à rendre compte de la finalité des organes et des organismes, si elles ne sont pas dirigées vers une fin. Des changements hasardeux combinés, dont aucun de fournit avant le terme de la série un avantage à l’animal qu’il affecte, ne peuvent construire une finalité organique : cela revient à poser qu’un but déterminé et bon pourrait être atteint par des moyens indéterminés, parfois neutres voire nuisibles. Saint Thomas d’Aquin avait bien vu cela, qui réfutait déjà l’émanatisme d’avicenna[11]Saint Thomas d’Aquin, Somme de Théologie, Ia Pars, q. 47, a. 1., montrant que l’idée d’une distinction spontanée des choses à partir d’un premier être ne permet pas de reconnaître que le premier agent agit librement, par intelligence et volonté. Au contraire, dit-il, Dieu ne se contente pas de créer un premier être mais donne naissance à une multitude distincte, car il produit les choses pour communiquer et représenter sa bonté dans les créatures, or elle ne peut être suffisamment manifestée par une seule. La bonté infinie est simple et unie en Dieu, mais manifestée diversement dans le kaléidoscope sublime des innombrables espèces minérales, végétales et animales ; le tout de l’univers participe plus parfaitement de la bonté de Dieu et la représente mieux que n’importe quelle créature. 

3) Maintenons donc que le spirituel ne peut émerger du matériel. L’homme, intelligence et libre, témoigne d’une césure ontologique infranchissable avec l’animal, dont la connaissance se borne à des représentations et des souvenirs associés, tandis que son comportement consiste en des impulsions instinctives combinées avec l’acquis de la mémoire. Rien ne peut expliquer en l’état actuel un passage spontané de l’un à l’autre. 

L’âme humaine présente en effet un statut paradoxale : elle est forme substantielle du corps, subsistante, constituant son propre sujet d’existence (elle peut exister hors du corps, contrairement à l’âme animale), car elle exerce des activités qui sont de soi inorganiques (intelligence, volonté), bien qu’elles soient incarnées dans l’activité organique dans l’état d’union au corps. Ce statut métaphysique de l’âme implique une différence de nature, et pas simplement de degré, par rapport aux formes substantielles des animaux, tirées de la potentialité de la matière par le jeu des causes, tandis que l’âme humaine, subsistante, doit être directement crée par Dieu[12]Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Ia Pars, q. 90, a. 2 ; Pie XII, Humani generis, 1950 : « … – car la foi catholique nous ordonne de maintenir que les âmes sont créées … Continue reading, les parents humains n’exerçant qu’une cause dispositive[13]Les parents ne sont pas des instruments dans la production de l’âme spirituelle comme telle, qui se fait ex nihilo. Ils sont seulement à l’origine de la disposition de la matière vivante pour … Continue reading. Aristote le disait déjà : 

L’intellect seul vient de l’extérieur[14]Aristote, De generatione animalium, II, 3.

Ajoutons qu’à l’origine correspond la fin, et ainsi, les formes des êtres corporels tenant leur être du composé (forme et matière), lorsque le composé se dissout, la forme disparaît aussi : les « âmes » animales ne sont pas subsistantes ni immortelles. L’âme humaine en revanche, exerçant l’acte d’exister pour son propre compte, continue d’être après la dissolution du composé (la mort, séparation du corps et de l’âme).
Après avoir apporté ces nuances importantes à la théorie darwiniste, nous nous demanderons dans un prochain article si les notions de création et d’évolution sont irréconciliables, ou si Dieu aurait pu se servir d’une évolution ordonnée pour disposer le cosmos selon sa volonté. 

Références

Références
1 Cf. M. Denton, Évolution, une théorie en crise, trad. N. Balbo, Paris, Flamarion, 1992, c. 4, p. 83-84
2 Darwin, L’origine des espèces, loc. cit., C. VI, p. 247
3 Pour un exposé sur la question des fossiles, la connaissance acquise depuis Darwin sur ce point et un certain nombre de données chiffrées, on se reportera à M. Denton, Évolution, une théorie en crise, c. 8. Stephen J. Gould montre à partir de certaines roches qu’une période géologique courte – le Cambrien – a vu une véritable explosion des formes vivantes : « Au cours de ces trente dernières années, une riche collection de fossiles précambriens a été trouvée, confirmant les prédictions de Darwin quant au pullulement de la vie avant l’ère primaire. Toutefois, le caractère très particulier de ces formes de vie n’a pas confirmé sa prévision d’une montée continue de la complexité en direction de celle étant apparue au Cambrien, et le problème de l’explosion cambrienne reste toujours incompréhensible -et peut-être l’est-il encore plus puisque notre incompréhension repose maintenant sur la connaissance, plutôt que sur l’ignorance, de la vie précambrienne », cf. Stephen Jay Gould, La Vie est belle, trad. M. Blanc, Paris, éd. du Seuil, 1991, p. 64.
4 Darwin, L’origine des espèces, C. IX, p. 361
5 « Nous n’avons même pas – ce qui serait de toute manière insuffisant – une cumulation de mutations favorables orientée progressivement sous l’effet de la sélection naturelle.

Et si nous avons une telle cumulation sous l’effet de la sélection artificielle, celle-ci n’a pas non plus obtenu l’apparition d’une nouvelle espèce. L’homme a pu produire par cette méthode des chiens aussi dissemblables que l’énorme danois et le minuscule yorkshire, le teckel ou le caniche; ce sont non des espèces différentes, mais des races interfécondes et qui disparaîtraient rapidement par croisement, si l’homme ne les maintenait artificiellement pures. Il en est de même de toutes les plantes et de tous les animaux sur lesquels l’homme a exercé son action sélective. » Cf. Francis Kaplan, Le paradoxe de la vie, Editions La Découverte, 1995

6 P.-P. Grassé, L’Homme en accusation, Paris, Albin Michel, 1980, p. 29.
7 Étymologiquement : « mouche aime le vin, » elle a le ventre noir. Comme tous les insectes, cette mouche de quelques millimètres de long, possède trois paires de pattes et représente la plus petite espèce de diptères. Son corps est brun clair et des anneaux noirs se dessinent sur son abdomen, différemment selon qu’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle. Ses yeux rouge vif sont bien caractéristiques. D’abord africaine, cette mouche s’est largement propagée à travers le monde (espèce « cosmopolite »).
8 Rémy Chauvin, La Biologie de l’esprit, Monaco, éd. du Rocher, 1985, p. 23.
9 « Ces organismes, qualifiés parfois de panchroniques sont très nombreux et probablement beaucoup plus que les livres de zoologie élémentaire le laissent croire : Ferrobactéries, Cyanophycées (=Algues bleues, le genre Girvanella existait au Précambrien), des Gastéropodes (Pleurotomaires, Troques, Neopilina, Nautilus, etc.), des Lamellibranches (Nucula depuis le Silurien, Modiola depuis le Carbonifère), des Méduses, des Eponges, des Poissons (Neoceratodus, Latimeria [=Coelacanthe], Requins), des Reptiles (Sphenodon), des Mammifères (Didelphis [=Sarigue ou Opossum]…, depuis la fin de l’Ère secondaire). S’il en est de localisés dans des milieux restreints ou asiles (Sphenodon, Pleurotomaria, Latimeria…), il en est d’autres très ubiquistes, voire cosmopolites : exemples : Bactéries, Cyanophycées, Spongiaires, Méduses, Blattes, Requins, Sarigues, etc., qui se maintiennent sans changer, malgré la variété de leurs habitats et le nombre immense de leurs mutations » cf. P.-P. Grassé, op. cit.
10 « Tous les cas d’intelligence animale que nous avons observés relèvent d’une intelligence toute pratique et concrète : saisir des relations entre des éléments présents d’une situation, utiliser à titre d’instrument un de ces éléments, etc. Son efficacité dépend du pouvoir qu’elle a d’assembler, parmi les impressions en « contact optique », celles qui peuvent le mieux contribuer à la réussite de l’action. Elle n’élève pas l’animal au-dessus du concret, embourbée qu’elle est, suivant l’expression de Claparède, dans le terre-à-terre des impressions sensibles et des coordinations motrices. L’animal n’a jamais qu’une intelligence sensori-motrice pratique et concrète, alors que l’homme accède à une intelligence rationnelle, logique et abstraite. Ainsi, il est hors de doute que pour un singe le bâton n’existe pas « comme bâton » en dehors du rôle que la situation lui fait jouer, et il ne reçoit sa signification d’instrument que du champ perceptif où il entre ; le bâton en général n’existe pas pour lui. Selon l’expression de Katz, « l’animal est toujours un spécialiste ; seul l’homme accède à l’universel. » Cf. J.-C. Filloux, Psychologie des animaux, PUF, 1978.
11 Saint Thomas d’Aquin, Somme de Théologie, Ia Pars, q. 47, a. 1.
12 Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Ia Pars, q. 90, a. 2 ; Pie XII, Humani generis, 1950 : « … – car la foi catholique nous ordonne de maintenir que les âmes sont créées immédiatement par Dieu – » ; Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°366 : « L’Eglise enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu – elle n’est pas ‘produite’ par les parents »
13 Les parents ne sont pas des instruments dans la production de l’âme spirituelle comme telle, qui se fait ex nihilo. Ils sont seulement à l’origine de la disposition de la matière vivante pour laquelle Dieu créé l’âme.
14 Aristote, De generatione animalium, II, 3.
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