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Les obstacles à la transmission de la foi

Comment transmettre la foi à nos enfants ? (1/3)
Comment transmettre la foi à nos enfants ? (2/3)
Comment transmettre la foi à nos enfants ? (3/3)

L’abbé Hilaire Vernier nous a consacré dernièrement un entretien au sujet de la transmission de la foi dans le cadre de la famille. Il aborde ici un complément important de ce sujet : les principaux obstacles à la transmission de la foi.

Nous avons parlé dans trois entretiens de la transmission de la foi vive : il s’agit pour les parents de se faire les intermédiaires et les coopérateurs de Dieu, qui veut faire alliance avec chacune de nos âmes, en nous rendant participants de sa vie intra-trinitaire par la grâce sanctifiante. Cette vie surnaturelle est concrètement rendue possible par la connaissance et l’amour surnaturels de Dieu que permettent les vertus de foi et de charité.

Les obstacles à la transmission de la foi vive se situent donc en premier lieu dans ces deux domaines, concernant l’intelligence, siège de la connaissance intellectuelle, et la volonté, faculté de l’amour rationnel.

Les obstacles à la connaissance peuvent être de différentes formes : difficultés à lire, écrire et compter, déficiences dans la transmission structurée et progressive du savoir (profane ou religieux).

Quant à la volonté, elle se trouve affaiblie par un amour désordonné de soi (égoïsme, goût de la facilité), et menacée par la corruption des mœurs.

On peut encore considérer ces obstacles à l’éducation chrétienne en distinguant ceux qui sont extérieurs et généraux (mauvaises fréquentations, moyens de communication, contexte social), et ceux qui sont plus personnels et circonstanciés (selon la personnalité de l’enfant, sa sensibilité et son histoire, sa place dans la famille).

Comment remédier aux obstacles extérieurs ? Prévenir les mauvaises influences

            Il importe d’abord d’être particulièrement attentif aux fréquentations de l’enfant : à l’extérieur ou chez soi, nous ne devons pas hésiter à faire le tri dans les amitiés, à aider l’enfant à discerner entre les relations qui l’élèveront et celles qui le tireront vers le bas. Il n’est pas rare que les adultes, sous-estiment l’impact qu’ont les fréquentions et l’influence des amitiés en ces âges cruciaux : petite enfance, enfance, adolescence…

            Ce sujet est bien délicat mais il doit être un vrai point d’attention pour les parents : que ces derniers n’hésitent jamais à inviter les amis de leurs enfants, à chercher à connaître leurs familles et leurs parents, afin de pouvoir discerner ce qui convient le mieux  pour chacun avec juste prudence et authentique charité. Il ne s’agit pas de juger les personnes et les familles, mais de se montrer très attentif quant à tout ce qui pourrait venir contrecarrer ou rendre incohérent l’éducation que nous souhaitons donner à nos enfants.

            Il convient en particulier d’être ferme pour éviter tout ce qui pourrait être considéré à tort ou à raison par l’enfant comme une banalisation – voire une approbation – des situations irrégulières, qui pourrait sembler avalisé par le silence complice d’un adulte. Recevoir à dormir des personnes vivant comme mariés sans l’être ou laisser ses enfants résider chez eux serait donc inconséquent.

            Comment évoquer le rôle modérateur des parents concernant les influences extérieures sur l’éducation de leurs enfants sans parler du choix des écoles ?

            Ce sujet est aussi vaste que délicat ; on ne peut s’y attarder ici. Rappelons simplement que lorsqu’il n’est pas possible, pour de justes raisons, de scolariser en externat son enfant dans une école vraiment catholique (où il y a non seulement une vraie aumônerie et un catéchisme traditionnel, mais où les programmes sont en conformité avec la doctrine et la morale catholiques), il appartient aux parents de se poser la question de l’internat. Si cette solution n’est pas possible ou souhaitable pour un enfant (jeune âge, fragilités propres…), les parents doivent tout faire pour trouver l’école la moins anticatholique et pour veiller quotidiennement à l’enseignement qui y est dispensé et aux éventuelles difficultés ou dangers que peuvent rencontrer leur enfant.

            Parmi les obstacles extérieurs, il faut aussi compter tout ce qui peut ensemencer l’imagination de nos enfants : il est important de favoriser cette faculté primordiale, dès le plus jeune âge, car elle deviendra peu à peu l’un des outils de l’intelligence, mais il faut accompagner soigneusement son développement, car elle peut être un facteur fortement déstabilisant chez l’enfant. Il est impératif de filtrer toutes les sources de l’imaginaire : films et vidéos surtout, mais aussi bandes dessinées (attention aux bandes dessinées « d’adultes » que nous laissons à portée des plus jeunes), lectures (peut-on vraiment laisser lire un livre que nous n’avons pas nous-même lu ? Pour aider les parents qui ne parviendraient pas à suivre le rythme des leurs, de bonnes références sont désormais disponibles[1]cf. https://www.chouetteunlivre.fr/), et même images (quelles représentations sont accrochées sur nos murs, que trouve-t-on dans les magazines que nous laissons à disposition, les publicités qui accrochent les yeux dès le plus jeune âge ?).

            Enfin et surtout, appelons à modérer et contrôler au maximum l’usage des moyens de communication. Le but est ardu : il faut que l’enfant apprenne – à partir du collège éventuellement, mais certainement pas avant – à s’en servir, sans en devenir esclave. Quelques conseils concrets : interdire absolument le smartphone avant la terminale (un point crucial, qui demandera du courage et de la pédagogie à beaucoup de parents), éviter le plus possible les téléphones individuels (même « 9 touches ») avant la 3e, ne jamais laisser un smartphone ou un ordinateur dans une chambre d’enfant (la consultation ne peut se faire que dans un lieu de passage, même pour un usage « scolaire »), faire usage dans tous les cas de systèmes de filtre, de contrôle parental et de limitation de temps de connexion. En la matière, faisons confiance aux prêtres qui ne cessent de rappeler que l’on n’est jamais trop prudent : combien de « bonnes familles » croient naïvement que leurs enfants sont à l’abri de ce qui touche et blesse ceux des autres, catholiques ou non. Et pourtant, quelle disproportion il peut y avoir entre un simple manque de vigilance des parents et les dégâts causés dans l’âme d’un enfant, par la vue, même sans préméditation, d’une simple image… !

            Concluons sur ces obstacles extérieurs : il s’agit de veiller très attentivement à éviter tout ce qui entraverait la cohérence de la vie conjugale et familiale, de l’éducation, tout ce qui semblerait porter une contradiction avec la foi vécue intégralement, les bonnes mœurs, l’ensemble des activités profanes ou religieuses…

Comment remédier aux obstacles extérieurs ? Vivre dans une société post-chrétienne et amorale.

            Notre contexte social, sous influence des médiats et de lois changeant perpétuellement, non seulement n’est plus chrétien, mais promeut une vision de la vie, de la mort, de l’amour, de la détente, des biens matériels… qui est sous bien des aspects contre nature. Nous n’avons pas le choix d’y vivre, il faut y résister pour faire notre salut et faciliter celui de nos enfants, en formant des âmes qui participeront demain au vrai bien commun et au relèvement de notre pays. C’est le commandement de Notre-Seigneur : être à sa suite dans le monde, sans être du monde.

            Il est ainsi un sujet, d’importance majeure : l’éducation affective et sexuelle, que doivent assurer les parents par eux-mêmes (rôle du père pour le garçon, de la mère pour la fille). Cela doit se faire individuellement et sans tabou : il n’y a pas de question bête ou interdite, du moment qu’elle est posée sans volonté de choquer. Il ne doit jamais y avoir de mensonge : il peut être néfaste ou inutile de tout dire, mais on ne doit jamais tromper.

            En la matière aussi – et cela rebute parfois – il vaut mieux prévenir que guérir : prendre le risque d’anticiper l’initiation aux lois de la vie est de loin préférable à prendre le risque que l’enfant apprenne à l’extérieur (presque toujours avant l’entrée au collège, parfois bien plus tôt) comment il est venu au monde.

            Peut alors s’établir une relation de confiance, qui valorise l’enfant et l’introduit à la vraie beauté de l’amour conjugal, et prévient efficacement les déformations auxquelles il sera malheureusement confronté hors du foyer. Il convient cependant d’user d’un langage adapté, en reprenant ses propres mots, mais en n’usant jamais d’images.

            Pour continuer sur ce sujet, il nous semble aussi important de faire connaître les règles élémentaires de prudence avant de passer la nuit hors de la maison, ce qui suppose d’avoir déjà abordé ensemble les sujets de l’éducation affective : personne n’a le droit de toucher les parties intimes, l’enfant doit se sentir en confiance et capable de parler sans aucune crainte de tout comportement l’ayant mis mal à l’aise (ne pas hésiter à s’informer délicatement et selon les circonstances).

Comment remédier aux obstacles individuels ?

            Deux mots clés : vigilance, et confiance. La confiance doit être le climat dans lequel l’enfant grandit, en particulier sur les sujets les plus délicats de la transmission de la foi et de l’éducation affective et sexuelle. La confiance exclut l’espionnage, mais pas le contrôle : il y a une manière d’être vigilant qui valorise l’enfant et lui montre le soin qu’on lui porte, sans lui ôter le sentiment de sa responsabilité propre.

            Il importe donc d’inciter l’enfant à la franchise et à la simplicité, d’instaurer un climat de facilité d’échange en prenant régulièrement un temps particulier avec lui dès son plus jeune âge, pour éviter le piège de la prison intérieure et de la perte de confiance.

            L’enjeu est aussi d’éduquer l’enfant en l’aidant à trouver une juste place pour sa sensibilité, dans son rapport à Dieu, aux autres et à soi : apprenons à nous situer pragmatiquement, selon le tempérament de chacun des nôtres, entre les écueils de l’éducation positive ou du stoïcisme. Les passions (ou émotions) sont bonnes et même nécessaires à la vie naturelle et chrétienne, si elles sont disciplinées par une volonté droite et perfectionnés par les vertus de force et de tempérance ; sinon, elles deviennent destructrices !

Transmission de la foi et vocations : le rôle indispensable de la mère.

            Dieu a confié à la femme une mission sacrée et douloureuse, source de joie très pure, dans la maternité : ainsi c’est à la mère plus qu’à toute autre personne qu’est confiée la première éducation de l’enfant.

            Son accompagnement est indispensable et primordial, pour apprendre à prier, à voir en la Trinité, trois personnes réelles, proches et aimantes, pour enseigner la foi et donner le goût de la vraie doctrine, pour suivre individuellement chaque enfant, selon son caractère propre. La mère agit en particulier par sa piété authentique, son exemple d’abandon, son esprit d’abnégation et de sacrifice.

            Le rôle des parents, et de la mère en particulier, est crucial pour accompagner l’éclosion des vocations : prier chaque jour pour les vocations, inviter facilement et simplement les prêtres, ce qui pourra conduire l’enfant à demander une direction spirituelle au moment opportun, prendre l’habitude d’une récollection familiale annuelle dans un monastère ou une communauté religieuse, écouter sans les contredire les éventuels désirs de consécration à Dieu, demeurer discret en évitant toute intrusion au for interne ou commérage, et surtout laisser l’enfant très libre, afin qu’il ne se sente jamais obligé, ni par ses confidences passées, ni par des encouragements instants.

            Avant les études supérieures, les parents auront à cœur d’inciter leur enfant à discerner la volonté de Dieu concernant leur vie future, en leur recommandant d’effectuer une retraite appropriée, comme les exercices spirituels de Saint-Ignace.

Références

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