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Le(s) totalitarisme(s) du temps présent

Une inquiétude se fait jour parmi les hommes de bonne volonté, dans ces temps incertains habités par des guerres matérielles et spirituelles à notre porte. Mettre des mots sur les évènements permet d’y voir plus clair et d’avancer avec une boussole. Le mot clef permettant de décrypter la situation actuelle et à venir est à notre avis le mot totalitarisme. Non pas que nous y soyons déjà, mais parce que nous semblons nous en rapprocher dangereusement.

 

Une grille de lecture puissante : trois formes du totalitarisme

En matière de totalitarisme, il convient de distinguer trois catégories différentes : le totalitarisme de nécessité, le totalitarisme utopique et le totalitarisme à caractère sectaire.

– Le totalitarisme de nécessité nait du contrôle nécessaire visant à allouer de manière optimale une ressource rare au sein d’une société humaine, ou permettant de faire face à un danger qui affecte l’ensemble de la collectivité. On peut à cet égard penser à la gestion de l’eau du Nil au temps des pharaons qui avait conduit à un système social hyper administré dont les juifs exilés subirent d’ailleurs les effets. On peut encore se référer aux Réductions du Paraguay tenues d’une main de fer par les jésuites afin de protéger les indiens des colons européens.

– La seconde forme de totalitarisme, à savoir l’utopie, pourrait paraître à première vue de facture plus récente, compte tenu des déboires du vingtième siècle, mais il n’en n’est rien. De la tour de Babel au royaume des Incas, la volonté d’établir un ordre social parfaitement pensé et organisé traverse l’humanité de manière récurrente. De Platon en passant par More jusqu’à Marx, Hitler, Huxley et plus récemment Schwab, la société génère en permanence des individus cherchant à concevoir un monde idéal. En elles-mêmes, ces formes de pensées ne constituent pas une mise en œuvre du totalitarisme, mais dès le moment où l’on commence à dire que le vrai est ce qui est concordant avec l’utopie et le faux ce qui s’éloigne de sa pleine réalisation, alors l’utopie devient féroce et totalitaire.

– La dernière forme de totalitarisme est à caractère religieux, se traduisant par une emprise sectaire. Dès lors qu’une adhésion libre fait place à une obéissance requise (perinde ac cadaver[1]« obéis comme un cadavre » image traditionnelle depuis l’époque des Pères du Désert, reprise par saint Ignace de Loyola dans les Constitutions de la Compagnie de Jésus (n°547).), au nom d’un système fermé de compréhension du monde, le chemin devient glissant. En ce domaine, les exemples sont nombreux, que l’on pense aux Albigeois, aux Frères moraves, aux Amish, ou aux ésotérismes initiatiques divers et variés.

En général, les trois formes de totalitarisme ne sont pas concomitantes. Lorsque l’on examine les naufrages du vingtième siècle, le communisme et le nazisme, on y trouve de manière dominante un totalitarisme utopique, avec quelques touches de parodie religieuse mezzo voce, mais cela s’arrête là si l’on peut dire malgré les désastres humains qui en ont résulté.

Les effets principaux du totalitarisme sont bien connus

Quelle que soit la nature du totalitarisme à l’œuvre, il y a des constantes en matière d’effets subis par la population. On peut en citer trois:

L’uniformisation des individus, requise au nom de la nécessaire égalité de leur mode de vie en marche vers « le bonheur ». À ce titre, le vêtement s’uniformise aux deux sens du terme. Un contrôle strict s’exerce sur chacun afin de s’assurer de son bon alignement avec la doxa du moment. À ce titre la sphère privée est largement contrôlée voire disparaît tout à fait.

– La mise en place de modes de vie alternatifs à la famille stable, permettant une meilleure porosité des esprits au sein de la société. Ainsi les liens familiaux se réduisent, conduisant à limiter la transmission des cultures familiales propres. Les moyens utilisés varient. Cela peut se traduire par une plus grande mise en commun des femmes, par la confusion des sexes, ou encore par un urbanisme collectiviste s’incarnant dans la mise en place d’habitats collectifs ou favorisant des modes de vie nomades, favorisant ainsi une plus grande fluidité sociétale. L’organisation sociale échoit à un nombre restreint d’individus éclairés, membres de comités d’éthique, en charge de ‘socialiser’ puis de coordonner la stabilité dans l’instabilité jusqu’aux moindres détails.

– L’aspiration à un monde meilleur pour tous dans un futur proche, au nom de quoi il est permis de supprimer tous les obstacles, y compris les humains qui sont ou se mettent en travers de la dynamique collective. Permettre un ‘grand bond en avant’ provoque inéluctablement des dégâts collatéraux qu‘il faut bien assumer.

Des poussées totalitaires sont bien observables actuellement

Nous nous trouvons actuellement dans une situation unique dans l’histoire de l’humanité ou, à des degrés divers, les trois formes de totalitarisme montent en puissance de manière rapide et coordonnée. Pour s’en convaincre, cette assertion nécessite quelques développements :

– Nous avons eu droit à l’intermède de la nécessité vaccinale, conséquence de la pandémie virale d’origine chinoise qui a été l’exact remake inversé de la « grande guerre bactériologique » orchestrée par la République Populaire de Chine en 1952 visant à lutter contre les bactéries provenant de l’Occident et infestant absolument tous les chinois eux-mêmes. Le totalitarisme de nécessité s’exprime actuellement de deux manières très prégnantes : d’une part sous la forme d’une angoisse puissamment partagée résultant de la détérioration rapide de notre environnement terrestre dont les effets peuvent se mesurer par un réchauffement climatique rapide, par la raréfaction des ressources naturelles ainsi que par une diminution de la biodiversité. L’objet n’est pas ici de prendre parti sur le sujet mais simplement de décrire le consensus. Par ailleurs, l’émergence d’un endettement endémique et incontrôlé des états occidentaux crée un risque systémique croissant de faillite collective et de guerre. Ce risque non maitrisé autorise de moins en moins d’écarts et d’initiatives individuels.

– Le totalitarisme utopique se déploie quant à lui activement par la promotion à tout va des minorités comme autant de vecteurs de modes de vie alternatifs acceptables voire exemplaires. Nomadisme, fluidité, liquidité des identités, des styles de vie deviennent la norme. La conséquence est une remise en question et la fragilisation des modes de vie traditionnels sur une large échelle et en profondeur.

– Le totalitarisme religieux holistique à tendance sectaire touche actuellement de plein fouet le monde chrétien, ou ce qu’il en reste, avec la montée en puissance de la théorie teilhardienne des années 1950, considérée comme le nouveau paradigme du dépôt de la foi. Ainsi l’humanité en marche coordonnée prépare-t-elle la nouvelle incarnation parousiaque du divin, ce point oméga qui adviendra grâce à une transition de l’humanité par sublimation. Dans ce contexte, les idées du péché, d’un salut individuel et du peuple des élus deviennent autant de vieilles lunes qui empêchent cette marche d’une humanité synchronisée surmontant et accueillant ses différences. De la même manière que l’évolution humaine était affaire de taille de boite crânienne et non de morale, la déification de l’humanité à venir va résulter d’une plus grande convergence et compénétration des intelligences et des rationalités, au-delà des idiosyncrasies morales particulières.

Ces poussées totalitaires permettent de mieux interpréter les mesures prises de manière pratique sous nos yeux

– Le totalitarisme de nécessité amène à un contrôle de chacun dans tous les aspects de sa vie, car l’individu constitue une nuisance à maitriser afin de rester tolérable pour le globe terrestre menacé. Le smartphone et les GAFAM contribuent efficacement à cette fonction de contrôle individuel. D’autre part, le système financier et les banques jouent méthodiquement leur rôle de vecteurs de transparence en contrôlant tous les mouvements d’argent par le menu. À cet égard, il est à noter que comme environ 60% du PIB est entre les mains des États en Europe, cela signifie que 60% des dépôts bancaires que les individus croient posséder en propre finiront entre les mains de l’État. Ces États distributeurs de prébendes alignées avec leurs objectifs se doivent de contrôler leurs recettes futures au plus près.

– Le second totalitarisme, visant au développement d’un monde meilleur et plus libre d’accéder à l’utopie sous la houlette étatique, contribue activement à définir le bien et le mal, le vrai et le faux. À titre d’exemple, de manière fascinante, en moins de cinquante ans, l’avortement est passé du statut de crime à celui de droit fondamental, et qui s’y opposerait serait passible de délit d’opinion, sans qu’une objection de conscience soit acceptable. Par ailleurs il devient de la responsabilité des États de définir et de nommer ce qui est faux, ‘fake’, qui doit être tu et ce qui est vrai et qui est donc dicible.

– Le dernier totalitarisme est de loin le plus grave et délétère car c’est un totalitarisme qui touche à la finalité de l’homme. Il fait passer l’homme d’un univers mental bi-périodique à une configuration mono-périodique. Dans le mode bi-périodique, on se trouve dans ce que la ‘théorie des jeux’ en mathématiques qualifie de modèle multi-périodique. Ce dernier induit des interactions coopératives entre les individus qui ont à l’esprit un au-delà du temps présent où tout se paye. À l’inverse dans un modèle mono-périodique, les actions des individus sont sans conséquence pour un ‘après’ dans une autre vie et tous les coups sont alors permis de manière darwinienne. La vie se résume à « the survival of the fittest[2]« La survie du plus adapté » : concept clé de la théorie darwinienne de l’évolution des espèces à partir de la sélection naturelle. ». La dérive religieuse teilhardienne actuelle ne conduit plus les individus à se parfaire en vue d’une autre vie, d’une seconde période, ce qui vide le fait religieux de tout sens en l’absence d’élection sélective après la mort.

Quelles actions concrètes sont à notre portée ?

Tout ceci étant constaté, que visent les totalitarismes finalement ? On peut dire avec assurance qu’ils visent à détruire l’univers spirituel des individus afin de le remplacer par un corpus d’impératifs, d’injonctions et de comportements supposément acceptables. L’enjeu est donc essentiellement spirituel. On ne lutte pas contre les totalitarismes avec une kalachnikov, mais par la force de l’esprit qui nous habite.

D’ailleurs, sans que l’on doive se limiter au cas du totalitarisme à proprement parler, on peut comprendre les grandes mutations civilisationnelles grâce à ce prisme de l’univers spirituel éradiqué. Ainsi, les Romains ne se sont pas retrouvés un matin en se réveillant Italiens en raison de grands coups de tonnerre politiques ou guerriers. Simplement l’esprit romain s’en était allé petit à petit. Sous nos yeux et de la même manière l’esprit français s’effiloche en ce moment. Le totalitarisme est donc à voir comme un accélérateur brutal de la mutation de l’univers spirituel partagé par des individus proches les uns des autres.

Comme chrétiens catholiques, nous avons une grande force de vie en nous face au caractère récessif et abrutissant des trois totalitarismes en action conjointes : il s’agit de l’inhabitation divine en nous qui constitue la chambre forte de notre univers spirituel personnel. À cela s’ajoute la confession qui est le vecteur privilégié de notre étalonnage personnel en matière de vrai et de faux, de bien et de mal.

Poussant un cran plus loin cette analyse prospective, il est clair que les trois totalitarismes conjoints vont vraisemblablement converger et créer à plus ou moins longue échéance un monde à l’atmosphère plus difficilement respirable. Dans ce contexte, il faut sans doute malheureusement attendre de l’Église Catholique qu’elle se ‘rénove’ temporairement, comme l’église orthodoxe l’avait fait il y a exactement 100 ans en mai 1923 lors d’un concile synodal moscovite, dénonçant toute formes de patriarcat clérical, commandant une libération des mœurs et encourageant la coopération avec l’utopie communiste. De plus, il faut possiblement s’attendre à une nouvelle réforme liturgique permettant l’abandon de concepts trop datés comme celui de ‘peuples’ qui ont une maladive inclination à se battre les uns avec les autres et donc de ‘peuple’ au singulier au profit de tous, c’est à dire de l’humanité inclusive en général. Il faudra totalement remiser les péchés personnels intentionnels au profit des péchés sociétaux normatifs. Dans ce contexte à y perdre son latin, l’antique liturgie grégorienne deviendra le seul point d’ancrage alternatif crédible. On peut penser que le bénéfice du pontificat de Benoit XVI a été essentiellement lié à la mise en exergue de ce point.

À terme, la distinction se fera probablement entre un clergé ‘confesseur’, petit par le nombre, et un clergé en perte de vitesse accéléré ‘non confesseur’, c’est à dire ne pratiquant pas la confession auriculaire personnelle. Le clergé confesseur est appelé à exprimer l’Église militante, unie et accueillante, tandis que le clergé non confesseur se fera l’auxiliaire docile des totalitarismes multiformes avant de disparaitre dans l’anonymat, mais après avoir éventuellement rendu ‘le service à la société’ de dénoncer ses frères confesseurs, jugés non coopératifs.

L’objectif de ces propos n’est pas de sombrer dans la déprime, au contraire. Les totalitarismes offrent toujours une humanité vécue au rabais, tandis que les catholiques sont habités par une force de vie puissante source de vraie liberté. Ils savent faire la différence pendant les jours sombres, en communiquant leur joie intérieure en témoignage. Peut-être faut-il s’y préparer sereinement.

Références

Références
1 « obéis comme un cadavre » image traditionnelle depuis l’époque des Pères du Désert, reprise par saint Ignace de Loyola dans les Constitutions de la Compagnie de Jésus (n°547).
2 « La survie du plus adapté » : concept clé de la théorie darwinienne de l’évolution des espèces à partir de la sélection naturelle.
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