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Peut-on faire confiance aux Évangiles de l’enfance ?

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les chrétiens lisaient la Bible, et en particulier les Évangiles de l’enfance du Christ, sans que s’élèvent des doutes sur leur authenticité et leur historicité. Depuis plusieurs décennies il est devenu de bon ton de remettre en doute la crédibilité des récits des premières années du Christ. Il n’est pas jusqu’à la très sérieuse Revue Thomiste qui soit allé parler du « conte merveilleux des mages et du cruel Hérode. » Fable, légende populaire… ou événements historiques ? Comment lire les Évangiles de l’enfance.

 

La position de l’Église

La position de l’Église Catholique n’a pas varié : ces textes sont historiques. La prudence de l’Église, dès les origines, a conduit à rejeter un certain nombre de textes et d’épisodes rapportés par des écrits divers, souvent fantastiques et parfois gnostiques : les Évangiles apocryphes. Les quatre Évangiles en revanche ont passé le tamis critique des premières communautés chrétiennes et des Pères : parmi eux, deux comportent un récit des premières années de vie du Sauveur.

Bien sûr la lecture catholique de ces récits est un exercice de nuance : on ne peut lire ces épisodes sans prendre en compte leur genre littéraire. Les détails, chiffres, énumérations sont à considérer dans une vision globale et avant tout théologique. Le père de Joseph s’appelle-t-il Jacob (selon la généalogie de l’Évangile selon saint Matthieu) ou Héli (chez saint Luc) ? Plusieurs réconciliations ont été avancées au long des siècles de l’histoire de l’Église[1]Pour saint Jérôme, l’un aurait pu être le père biologique – rapidement décédé – de Joseph, le second étant ensuite devenu son père adoptif..

Quel regard porter sur les Évangiles de l’enfance ?

Sous le regard critique des modernes, les textes de Noël sont souvent considérés comme l’adaptation de récits et de textes anciens (notamment de l’Ancien Testament), pour former un mythe culminant à la naissance du Sauveur.  Le genre littéraire serait donc plutôt du côté du midrash que du récit historique.

Le regard de l’Église n’a cependant pas changé : les textes de Noël sont basés sur des événements historiques, réels, dont la narration est adaptée selon une finalité théologique. Le thème du midrash vient renverser la perspective : c’est le Nouveau Testament qui explique et éclaire l’Ancien, et non l’inverse. Ainsi, les nombreuses citations vétérotestamentaires chez Matthieu et Luc ne sont pas des reconstructions a posteriori, comme si les évangélistes avaient inventé de nombreux détails coïncidant à dessein avec les annonces des prophètes, mais sont la simple constatation de l’accomplissement par le Christ des promesses des Écritures anciennes.

 

Historicité des Évangiles de l’enfance : les confirmations

Si les Évangiles de l’enfance appartenaient au genre de la fable, pourquoi leurs auteurs auraient-ils mis tant de soin à en préciser les détails circonstanciels, et comment les éléments historiques qu’ils mentionnent concordent-ils avec ce que nous enseignent les récents développement de l’histoire profane ? Revenons sur deux points.

  1. Saint Luc adopte une démarche proprement « scientifique », selon les canons de son époque : il ne dépare pas si l’on compare son Évangile aux œuvres des historiens de son époque, au contraire. Le récit de saint Luc remplit huit des dix règles de l’historien antique dégagées par Lucien de Samosate[2]Lucien de Samosate, Comment il faut écrire l’histoire et Denys d’Halicarnasse [3]Denys d’Halicarnasse, Lettre à Pompée, entre 30 et 7 avant J.-C.. Il représente, parmi les principaux auteurs antiques, un cas original de combinaison de la précision grecque avec le souci théologique juif : il n’invente pas l’histoire mais en fait une lecture croyante, qui s’attache à la décrire en montrant comment elle est une des manifestations de l’action de Dieu envers les hommes. Ainsi saint Luc, qui affirme explicitement l’objectivité de sa démarche, donne des informations factuelles précises pour corroborer les faits qu’il relate et nous permettre de les situer dans le temps et l’espace.

Après que plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses dont on a parmi nous pleine conviction, conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement, témoins oculaires et ministres de la parole ; j’ai résolu moi aussi, après m’être appliqué à connaître exactement toutes choses depuis l’origine, de t’en écrire le récit suivi, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus[4]Lc 1, 1-4.

 En ces jours-là fut publié un édit de César Auguste, pour le recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius commandait la Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville[5]Lc 2, 1-3.

Un auteur de conte ou de fable déploie-y-il autant d’efforts pour « faire comme si » son histoire était vraie ? À moins d’être un faussaire et un menteur, saint Luc ne peut avoir dépensé tant d’énergie et d’encre à chercher et relever ses sources. Ou bien ses récits sont une manipulation, ou bien ils relèvent – avec leurs caractéristiques propres – de l’histoire réelle et avérée.

  1. Saint Matthieu quant à lui a le souci de situer Jésus dans le cadre biblique : son récit de l’enfance Jésus – comme celui de saint Luc – est tissé de références à l’Ancien Testament (la généalogie qui remonte à Abraham par la filiation davidique, les songes de Joseph, la fuite et le retour d’Égypte – écho de l’Exode…). Et pourtant les événements qu’il rapporte sont pleinement cohérents avec le contexte historique. Les dernières années du règne d’Hérode ont effectivement été marquées par la folie sanguinaire d’un tyran devenu paranoïaque au point de faire mettre à mort ses propres enfants et son épouse Mariamne. Son fils Archélaüs lui succéda à sa mort à Jérusalem (en l’an 4 avant notre ère) mais sans reprendre le titre de roi, il se montra brutal et injuste au point que Rome lui retira bientôt son pouvoir (6 après J.-C.) et l’exila en Gaule. Mais la Galilée échut à son frère Antipas, dont le règne – malgré l’immoralité personnelle du monarque (comme en témoigne son mariage avec Hérodiade, d’abord épouse de son frère Philippe) – fut plus paisible et durable (de -4 à 39 après J.-C.). C’est donc naturellement vers Nazareth que remontèrent Joseph et les siens au retour d’Égypte.

Références

Références
1 Pour saint Jérôme, l’un aurait pu être le père biologique – rapidement décédé – de Joseph, le second étant ensuite devenu son père adoptif.
2 Lucien de Samosate, Comment il faut écrire l’histoire
3 Denys d’Halicarnasse, Lettre à Pompée, entre 30 et 7 avant J.-C.
4 Lc 1, 1-4
5 Lc 2, 1-3
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