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Saint Thomas, apôtre et chercheur de vérité

La liturgie des quelques jours qui précèdent Noël est toute tournée vers l’avènement du Messie. À partir du 17 décembre, les fêtes de saints s’effacent pour laisser place à la méditation du mystère à venir, et ce jusqu’à Noël, jusqu’à la naissance de l’enfant de la crèche, vrai Dieu et vrai homme. Il y a pourtant une exception : la fête de saint Thomas, apôtre du Seigneur. Pourquoi un tel traitement de faveur ?

Parce que saint Thomas nous donne l’exemple de l’attitude que nous devons avoir devant la crèche, et surtout devant le Saint Sacrement : l’adoration pleine de reconnaissance, « Mon Seigneur et mon Dieu ». Mais n’allons pas trop vite en besogne, commençons par le commencement : qui est saint Thomas ?

Un frère jumeau

Saint Thomas, surnommé Didyme, est membre d’une paire de jumeaux. C’était probablement un pêcheur, comme Pierre et André, Jacques et Jean. Si les Évangiles ne nous précisent pas comment se déroula son appel, sa vocation, ils affirment en revanche qu’il fit partie du collège des douze apôtres, tirés du milieu des autres disciples pour suivre le Maître au plus près. C’est déjà un premier point : même au service du Seigneur, l’important n’est pas tant le point de démarrage, de conversion, que ce que nous en faisons ensuite : comment suivre Notre Seigneur, comment, à sa suite, porter au mieux notre croix ? Saint Thomas porta la sienne d’une manière qui nous est profitable.

Un homme radical.

Saint Thomas est un homme d’absolu : avec lui, c’est tout ou rien ; il n’y a guère de nuances possibles. Notre Seigneur eut fort à faire pour apprendre à ses apôtres la saine modération du jugement, et malgré ces leçons données par le meilleur des maîtres, saint Thomas prit du temps pour y parvenir. Les Évangiles nous le montrent impétueux, entêté par instants, ne comprenant pas ce que dit le Christ ni ce qu’il est vraiment, jusqu’à son magnifique acte de foi après la résurrection. Preuve que pour suivre le Christ, il n’y a pas besoin d’être parfait au départ, mais de bien vouloir progresser de jour en jour ! Les Évangiles nous rapportent quatre occasions où l’apôtre s’est singularisé, quatre moments riches d’enseignements pour notre vie chrétienne d’aujourd’hui.

Suivre le Christ jusqu’à la mort ? (Jn 11, 16).

Le premier événement survint lors de la maladie de Lazare. Lazare, ami de Jésus, est malade ; et ses deux sœurs Marthe et Marie envoient prévenir le Seigneur pour qu’Il vienne à son chevet, que sa puissance miraculeuse vienne à leur secours. Mais Béthanie est en pleine Judée, territoire où les pharisiens et scribes conspirent contre la vie du Christ. La réaction première de Notre Seigneur est de rester là où il est, puis après quelques jours il annonce à ses disciples se rendre à Béthanie. Si certains tentent de retenir le maître, saint Thomas n’est pas de ceux-là. Voyant que sa décision est prise, il encourage les autres disciples : « allons-y, et mourons avec lui ! » Preuve de son attachement à Jésus ! Pourtant, cette phrase relève peut-être plus du panache à la Cyrano que de l’abandon de tout attache à soi-même : au moment de la Passion, Thomas, comme les autres, fuira… Il était trop tôt pour donner sa vie, ce n’est que bien plus tard que l’apôtre subira le martyre. Inutile de chercher à anticiper tout ce que Dieu nous demandera : ce qu’il faut, c’est le suivre avec confiance, sans résignation ni témérité, en recherchant d’abord le royaume de Dieu et sa justice : et tout le reste nous sera donné par surcroît.

Par quel chemin ? Suivre la Voie (Jn 14, 4-6)

La seconde action de saint Thomas dans les Évangiles eut lieu lors du jeudi saint, pendant le discours après la Cène. Saint Jean rapporte les paroles énigmatiques du Christ, qui annonce partir pour la maison du Père. Saint Thomas demande alors : « Seigneur, nous ne savons où vous allez; comment donc en saurions-nous le chemin? ». Et grâce à cette demande, saint Thomas nous a obtenu une précision capitale : « Je suis la voie, la vérité et la vie, lui répondit Jésus, nul ne va au Père que par moi ». Le Christ est le chemin par lequel nous pouvons aller à Dieu, car il est Dieu fait homme, Dieu qui se fait proche, visible, audible, connaissable par tous. C’est le grand mystère de l’Incarnation, que nous méditerons à Noël. Il est la vérité qui nous guide et nous éloigne de l’erreur, enfin il est la vie, la vie éternelle, sans lui notre vie n’a pas de sens mais avec lui elle est parfaite, et atteint même une dimension surhumaine et surnaturelle : notre vie mortelle est surélevée par la vie divine, par la vie de la grâce en nous !

Incrédule ou croyant ? (Jn 20, 24-29)

La troisième intervention de saint Thomas est sans doute aussi la plus connue : il s’agit du fameux passage des apparitions après la résurrection. Le jour de Pâques, le Christ apparut aux apôtres réunis au Cénacle, mais saint Thomas manquait à l’appel. Et bien que le témoignage de ses compagnons soit unanime, « nous avons vu le Seigneur », saint Thomas refusa de donner son assentiment à une proposition aussi irrationnelle : « si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point. » Nous comprenons fort bien les difficultés de saint Thomas : tous les apôtres savent que Jésus est mort crucifié, mis au tombeau il y a à peine deux jours : comment pourrait-il être en vie ? Saint Thomas n’accorde pas sa confiance au témoignage de ses amis, il accorde trop de poids à son propre jugement, à son propre point de vue. D’où sa réponse du moment, qui pourrait être la nôtre : je ne croirai que si je vois un miracle, que si j’ai une preuve, que si Dieu se manifeste directement à moi. Et s’il se manifeste à d’autres, aurons-nous l’humilité de les croire ? Or Dieu s’est manifesté à saint Thomas lui-même.

Huit jours après, le Christ apparut de nouveau aux disciples, et cette fois saint Thomas était présent. Devançant l’apôtre, le Christ lui dit : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois plus incrédule, mais croyant ». Ce qui entraîne la conversion totale de l’apôtre, et son acte de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Que voit-il donc ?  Le Christ. Il voit un homme, qui était mort, et qui se tient bien vivant devant lui. Il voit un homme vainqueur de la mort : cette évidence s’impose à lui. Son acte de foi consiste à reconnaître ce qui dépasse les apparences, ce qui les explique, ce qui rend possible le miracle : Jésus est Dieu !

L’incrédulité de saint Thomas est typique d’une pensée matérialiste qui refuse par principe tout surnaturel, toute action divine qui dépasserait les forces de la nature : c’est exactement le même type de pensée qui sous-tend la société moderne occidentale dans laquelle nous vivons… Le changement d’attitude de saint Thomas n’en est que plus précieux : il a été forcé par les faits ; faisons confiance à son témoignage ! Si nous étions sceptiques quant au fait de la résurrection ou de la divinité du Christ, voir cet autre sceptique renoncer à l’incrédulité pour affirmer sa foi est un grand soutien pour la nôtre aujourd’hui !

Témoin des bontés du Christ (Jn 21, 2-14)

Saint Jean précise encore que saint Thomas était présent lors d’une autre apparition du Christ, « la troisième depuis la résurrection », qui se déroule ainsi. Saint Pierre et quelques disciples partirent pêcher sur les bords du lac de Tibériade, parmi eux saint Jean et saint Thomas. Mais, une fois encore, aucun poisson ne vint garnir les filets des pécheurs. Ils s’apprêtaient à rentrer bredouilles quand, du rivage, un homme demanda : « ‘Enfants, n’avez-vous rien à manger?’ Non, répondirent-ils. Il leur dit: ‘Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez.’ Ils le jetèrent, et ils ne pouvaient plus le tirer à cause de la grande quantité de poissons ». À cet instant saint Jean reconnut le Christ, puis saint Pierre se jeta à l’eau pour gagner le rivage, tandis que saint Thomas et les autres disciples mettaient le cap tant bien que mal vers la terre pour rapporter le produit de cette nouvelle pêche miraculeuse. Arrivés à terre, ils retrouvèrent Jésus qui les attendait, avec un feu déjà prêt, des poissons déjà grillés, des pains déjà cuits : Notre Seigneur manifestait une fois de plus sa prévenance, son amour pour ses disciples. Ce nouveau témoignage de l’amour de Dieu pour les hommes dut les affermir dans leur foi, leur espérance et leur charité !

Témoin par l’évangélisation et le don de sa vie

Après l’Ascension et la Pentecôte, les apôtres partirent annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection aux nations, et saint Thomas partit plein est. Après avoir parcouru l’Arménie et la Mésopotamie, il œuvra principalement en Inde[1]Pour certains saint Thomas serait même à l’origine d’une première Église chinoise ; on rattache à cela la découverte de sépultures possiblement chrétiennes dans le KongWan Shan. Voir … Continue reading, où il fut martyrisé à cause de la jalousie des brahmanes : alors qu’il était en prière au pied d’une grande croix, il fut tué d’un coup de lance.

Saint Thomas n’a pas hésité à affirmer la vérité : cet homme Jésus, qu’il a vu vivant après sa mise à mort, c’est le vrai Dieu. Les apparences sont trompeuses, la foi seule permet de croire avec assurance, précisera un autre Thomas, saint Thomas d’Aquin, quelques siècles plus tard. Nous aussi, nous avons comme eux à faire un acte de foi : acte de foi en la présence réelle de Jésus au Saint Sacrement, acte de foi dans la divinité de l’enfant dont nous fêterons la naissance dans quelques jours. Remercions saint Thomas d’avoir posé tant de questions au Christ, d’avoir émis ces doutes, d’avoir obtenu pour nous tant de précisions de la part du divin Maître, d’avoir facilité notre foi : « heureux ceux qui ont cru sans avoir vu » !

Références

Références
1 Pour certains saint Thomas serait même à l’origine d’une première Église chinoise ; on rattache à cela la découverte de sépultures possiblement chrétiennes dans le KongWan Shan. Voir Perrier, P. Et Walter, X. Thomas fonde l’Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Jubilé, 2008.
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