Après avoir présenté dans les deux articles précédents l’histoire, la doctrine (article 1), les comportements de type sectaire et les méthodes de prosélytisme (article 2) des Témoins de Jéhovah, nous allons dans cet article-ci répondre à la question : comment évangéliser les Témoins de Jéhovah ?
Retrouvez nos articles précédents :
Pourquoi les évangéliser ?
Avant de donner des pistes de réponse sur la manière (« comment ») d’évangéliser, répondons brièvement à la question de la nécessité de témoigner auprès des Témoins de Jéhovah de l’Évangile, tel qu’il est transmis dans sa plénitude dans l’Église Catholique.
Il ne faut pas perdre de vue que si les Témoins de Jéhovah sont membres d’un mouvement religieux erroné, ils ont le droit de connaître la vérité qui rend libre (cf. Jn 8, 32). En effet, « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Tm 2, 3-4).
Ensuite, il faut nous rappeler que c’est l’ensemble de l’Église qui a un devoir missionnaire. Tous les fidèles (et donc, pas seulement le clergé ou les religieux) doivent participer à la mission d’évangélisation de l’Église. Et cela est d’autant plus vrai « lorsque ce n’est que par [les fidèles laïcs] que les hommes peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ »[1]Code de droit canonique, c. 225, §1..
Si donc l’occasion se présente, et que nous sommes suffisamment préparés, nous pouvons tenter de proposer aux Témoins de Jéhovah que nous rencontrons la vérité sur le Christ, son Évangile, ainsi que de les faire réfléchir sur la fausseté des doctrines auxquelles ils adhèrent.
Comment les évangéliser ?
Ayant rappelé les raisons de la nécessité d’évangéliser les Témoins de Jéhovah, voyons maintenant ce qui peut être fait[2]Dans cette partie de l’article, nous suivrons principalement l’ouvrage du Chanoine H. Verrier, L’Église devant les Témoins de Jéhovah, Raismes, Éditions Polyglottes, 1957, ainsi que … Continue reading. Notre but n’est pas de donner ici une « recette » infaillible à tous les coups, mais plutôt des orientations et des pistes d’actions, à adapter aux situations concrètes et aux interlocuteurs auxquels nous nous adressons.
L’attitude à adopter
Dans son livre, le Chanoine Verrier met en garde contre deux attitudes face aux mouvements sectaires en général : « l’ironie ou le pieux silence »[3]Verrier, p. 222.. Le « pieux silence » pourrait être comparé à une forme de passivité ou d’inaction. L’ironie, c’est une attitude moqueuse, mais qui ne va pas chercher à tirer les gens de l’erreur.
Dans cet ordre d’idées, l’apologète catholique Trent Horn fait remarquer qu’il est important d’être respectueux et de ne pas manquer de charité dans notre manière de parler. S’il faut être ferme pour défendre la vérité, cela ne doit jamais se faire d’une manière non charitable ou irrespectueuse. « Cela devrait aller de soi », dit-il, « mais n’utilisez que des mots que vous accepteriez que d’autres utilisent pour vous désigner ».
Des témoignages d’anciens Témoins de Jéhovah montrent qu’à côté d’arguments déterminants (que nous aborderons plus loin), l’attitude respectueuse et pleine de bonté de leurs interlocuteurs joue également pour beaucoup dans leur processus de sortie de l’Organisation.
Voilà pour l’attitude pendant la conversation. Le Chanoine Verrier rappelle quelle doit être l’attitude avant : vivre une foi éclairée, c’est-à-dire nourrie par la prière, les sacrements, et la fréquentation de la Parole de Dieu[4]Cf. idem, p. 222-223..
Ce qu’il faut éviter
Il faut éviter de débattre « verset contre verset » avec les Témoins de Jéhovah. Comme l’observe Trent Horn :
En raison de l’importance qu’ils accordent à l’étude, les Témoins sont habiles à utiliser des dizaines de versets bibliques mémorisés pour défendre leurs croyances. Même si vous répondez à ces versets par vos propres arguments bibliques solides, les Témoins peuvent toujours rejeter votre argument en disant : “Ce n’est que votre interprétation (erronée)”.
En outre, les TJ citent souvent des versets hors de leur contexte, et en les interprétant selon la ligne de leur Organisation. Ce n’est donc pas nécessairement en recourant à des versets bibliques que nous pourrons « convaincre » les TJ. Cependant, évoquer un verset biblique peut être une « accroche »[5]C’est pourquoi, dans un futur article, nous montrerons comment prouver, par exemple, la divinité du Christ à partir de la traduction de la Bible utilisée par les TJ. pour ensuite aborder les arguments plus déterminants, à savoir : le canon des Écritures et la question de l’autorité.
Répondre aux Témoins de Jéhovah
Le canon des Écritures
Le chanoine Verrier donne la recommandation suivante :
Avant que votre interlocuteur se mette à discourir sur les versets de la Bible, suivant les règles édictées par Brooklyn, demandez-lui fermement de vous fournir la preuve de l’autorité et de la vérité des Écritures. Il s’en montrera incapable (…) Votre interlocuteur ne manquera pas de vous objecter tout un flux de paroles. Mais comme il ne reconnaît pas l’Église Catholique, il se verra dans l’obligation de trouver d’autres moyens pour prouver l’authenticité et la véracité de la Bible. Or ces moyens, il ne les trouvera pas. S’il accepte la Bible, il doit reconnaître — et il reconnaît implicitement — l’autorité de l’Église Catholique[6]Verrier, p. 224..
Comme tous les mouvements affirmant prendre la Bible comme unique (ou principale) autorité, les Témoins de Jéhovah doivent faire face à cette difficulté du canon des Écritures[7]Nous renvoyons à notre série d’articles sur « Sola Scriptura », publiée sur Claves, et en particulier au troisième article : « Un principe qui ne permet pas de déterminer la liste des … Continue reading, et ils tentent bien de la résoudre[8]Par exemple, dans le texte en ligne sur leur site officiel jw.org, intitulé : Étude numéro 4 : La Bible et son canon. Nous répondrons peut-être à cette tentative dans un article ultérieur..
La question de l’autorité
Comme nous y invite Trent Horn, il faut demander aux TJ la preuve que leur Collège central est investi d’une autorité par Dieu, ainsi qu’ils le prétendent (cf. notre article 1).
Les Témoins de Jéhovah ne se fondent pas sur une quelconque intervention miraculeuse de Dieu pour prouver que la Watchtower détient l’autorité divine. En réalité, bon nombre de leurs publications ne fournissent aucun argument ni aucune preuve à l’appui de cette affirmation ; celle-ci est simplement présumée[9]Horn, op. cit..
Dans cet ordre d’idée, il faut mettre en évidence les nombreuses fausses prophéties qui ont été faites par Russell, ses successeurs et la Watchtower. Trent Horn en mentionne quelques-unes :
- La fin du monde en 1914, puis en 1915 ;
- La résurrection d’Abraham, Isaac et Jacob, et la fin du monde en 1925 ;
- La fin du monde en 1975.
Et on peut ainsi poser la question suivante : « si dans votre Bible[10]Il s’agit de la version de la « Traduction du Monde Nouveau », qui est sur bien des points falsifiée., il est dit : “Si le prophète parle au nom de Jéhovah et que la parole ne se réalise pas, si elle reste sans effet, c’est que Jéhovah n’a pas dit cette parole. Le prophète l’a dite présomptueusement. Tu ne devras pas avoir peur de lui “ (Dt 18, 22), pourquoi faites-vous confiance à l’enseignement de Russell et de ses successeurs, qui ont fait plusieurs prophéties qui ne se sont pas réalisées ? ».
A cela, les Témoins de Jéhovah objecteront peut-être que Charles Russell ou la Watchtower ne sont pas des prophètes. Il faut alors leur demander pourquoi dans le magazine Watchtower (1er juin 1917, p. 6091), version anglaise) il a été écrit (à propos de Russell, alors décédé depuis peu) que « vraiment, a vécu parmi nous en ces derniers jours un prophète du Seigneur » ; et pourquoi dans le magazine d’avril 1972, p. 197-198, il est affirmé que le groupe des Témoins de Jéhovah est un prophète ?[11]Les Témoins de Jéhovah diront que le mot « prophète » veut dire « porte-parole de Dieu » et non pas celui qui fait des prophéties. Le problème est que dans le Watchtower de 1972, le texte … Continue reading
Les Témoins de Jéhovah répondront que leur Organisation est « toujours en apprentissage ». Mais, ainsi que le fait remarquer Trent Horn,
Cela soulève un problème simple mais insoluble : si la Watchtower est “encore en phase d’apprentissage”, pourquoi croire ce qu’elle enseigne aujourd’hui ? Si Dieu guidait réellement la Watchtower, pourquoi permettrait-il à son organisation “guidée par l’Esprit” d’induire tant de gens en erreur au sujet de la fin du monde ? La réponse la plus simple à ces questions est que ce sont des hommes, et non Dieu, qui dirigent la Watchtower ; on ne devrait donc pas lui confier notre salut éternel[12]Horn, op. cit..
Références[+]
| ↑1 | Code de droit canonique, c. 225, §1. |
|---|---|
| ↑2 | Dans cette partie de l’article, nous suivrons principalement l’ouvrage du Chanoine H. Verrier, L’Église devant les Témoins de Jéhovah, Raismes, Éditions Polyglottes, 1957, ainsi que l’article de Trent Horn, Evangelizing Jehovah’s Witnesses, en ligne sur Catholic Answers (06/05/2014). |
| ↑3 | Verrier, p. 222. |
| ↑4 | Cf. idem, p. 222-223. |
| ↑5 | C’est pourquoi, dans un futur article, nous montrerons comment prouver, par exemple, la divinité du Christ à partir de la traduction de la Bible utilisée par les TJ. |
| ↑6 | Verrier, p. 224. |
| ↑7 | Nous renvoyons à notre série d’articles sur « Sola Scriptura », publiée sur Claves, et en particulier au troisième article : « Un principe qui ne permet pas de déterminer la liste des Écritures ». |
| ↑8 | Par exemple, dans le texte en ligne sur leur site officiel jw.org, intitulé : Étude numéro 4 : La Bible et son canon. Nous répondrons peut-être à cette tentative dans un article ultérieur. |
| ↑9 | Horn, op. cit. |
| ↑10 | Il s’agit de la version de la « Traduction du Monde Nouveau », qui est sur bien des points falsifiée. |
| ↑11 | Les Témoins de Jéhovah diront que le mot « prophète » veut dire « porte-parole de Dieu » et non pas celui qui fait des prophéties. Le problème est que dans le Watchtower de 1972, le texte demande : « Alors, Jéhovah a-t-il un prophète pour les aider, les avertir des dangers et leur annoncer les choses à venir ? ». |
| ↑12 | Horn, op. cit. |