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Qui sont les Pères de l’Église ?

Qui sont les Pères de l’Église ? Grâce à la monumentale encyclopédie dirigée par Marie-Anne Vannier, les lecteurs francophones peuvent redécouvrir un trésor immense enfoui juste sous leurs pieds, dans l’héritage de la tradition latine et orientale de l’Église.

 

Qu’est-ce qu’un « Père » de l’Église ?

Le terme « abba » (père) employé par Jésus lui-même pour parler au Père, semble avoir été utilisé par les premiers chrétiens pour appeler leurs évêques. Ceux que l’on appelle « Pères » sont des responsables de communauté qui sont devenus des références pour leurs contemporains : certains – mais pas tous – furent évêques (voire papes), certains furent martyrs… L’historien Eusèbe de Césarée (IVe siècle) désigne ces écrivains et pasteurs de renom par le terme « Père ». Marie-Anne Vannier dégage ainsi quatre critères permettant de les distinguer : l’orthodoxie, la sainteté de vie, la reconnaissance par l’Église et l’antiquité.

Les premiers Pères de l’Église sont en effet les successeurs immédiats des apôtres. La fin de l’époque patristique est plus difficile à fixer : elle est ordinairement située côté oriental avec saint Jean Damascène (mort vers 750) et le deuxième concile de Nicée (787), en Occident avec la chute de Rome (476) ou plus tardivement avec saint Isidore de Séville (+ 636).

On distingue les « Pères » des « Docteurs » de l’Église, qui interviennent en général plus tardivement (et jusque récemment : sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus) dans l’histoire de l’Église, qui n’avaient pas nécessairement de charge pastorale et dont l’apport est plus souvent doctrinal. La liste des Docteurs de l’Église est en quelque sorte officiellement définie par le magistère, puisqu’ils constituent une catégorie particulière parmi les saints fêtés par la liturgie, et sont ainsi reconnus dans le Missel (on en compte 37 depuis 2022). Il n’existe pas en revanche de liste exhaustive ou institutionnelle des Pères. Les deux ensembles se recoupent, puisque certains Pères sont célébrés comme des Docteurs : saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint Athanase d’Alexandrie, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostome, saint Irénée de Lyon…

L’apport des Pères

Souvent des convertis, les Pères de l’Église sont des hommes qui ont été saisis par le Christ : pour eux l’Évangile était une parole vivante et transformante. Premiers successeurs des apôtres, ils ont participé à l’élaboration de la pensée théologique des débuts de l’Église. Lecteurs assidus, commentateurs et prédicateurs de l’Écriture (en tant que pasteurs), ils ont peu à peu constitué son complément indispensable : la Tradition vivante. Dans son Commonitorium, saint Vincent de Lérins souligne ainsi le lien indissoluble des deux sources de la Révélation divine : alors que le dépôt révélé est clôt avec la mort du dernier apôtre, les Pères prennent immédiatement le relais en déployant les différents sens de l’Écriture, en explicitant ses implications christologiques, trinitaires, sotériologiques[1]« sotériologique » : qui se rapporte au salut.. Apport incontournable de la Tradition : les Pères sont ceux qui ont permis la définition du canon des Écritures[2]l’ensemble des livres reconnus comme révélés, dont la première liste se trouve dans le fameux fragment de Muratori (fin IIe siècle), reprise deux siècles plus tard par le pape Damase.. Ils prennent souvent la parole ou la plume pour servir la communauté dont ils ont la charge, souvent aussi pour protéger la foi de leurs contemporains contre la menace des hérésies.

Leurs œuvres sont aussi diverses et riches que leurs personnalités sont variées, elles pourraient être regroupées dans les catégories suivantes :

– sermons et recueils de prédication : saint Jean Chrysostome (« bouche d’or »), saint Léon le Grand…

– lettres : saint Augustin, saint Jérôme…

– œuvres apologétiques et philosophiques : Dialogue avec Tryphon de Justin de Naplouse, Stromates de Clément d’Alexandrie…

– commentaires de l’Écriture : saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire le Grand…

– réfutations des hérésies : Contre les Hérésies d’Irénée de Lyon, Contre Pélage d’Augustin…

– œuvres théologiques : De Sacrementis d’Ambroise de Milan, Sur le Saint-Esprit de Basile de Césarée…

– vies de saint : Athanase d’Alexandrie (Vie de saint Antoine), Grégoire de Nysse (Vie de sainte Macrine)…

– règles de communautés religieuses : saint Augustin, saint Basile, saint Jean Cassien, saint Benoît de Nursie…

Le monde des Pères

Vivant à la croisée de sphères variées et au tournant de plusieurs époques, les Pères ont participé à construire l’apport universel du christianisme. Ils ont participé à engager avec la culture gréco-romaine un dialogue fécond, alors même que la légitimité du christianisme était loin d’être reconnue. Ils ont également vécu les années délicates qui ont vu la séparation définitive d’avec le judaïsme rabbinique.

À cet égard, on peut identifier deux périodes contextuellement différentes dans l’histoire patristique globale : avant 313 et l’édit de Milan (par lequel Constantin fit du christianisme une religio licita), les chrétiens étaient encore un épiphénomène mineur, qui aurait pu passer inaperçu au milieu de l’immense diversité religieuse de l’Empire : ils se singularisaient cependant par leur refus de rendre un culte à l’empereur, qui leur valut plusieurs dures persécutions jusqu’aux débuts du IVe siècle. Avec le règne de Constantin, le christianisme devient peu à peu la forme de l’Empire, jusqu’à en être la religion officielle : cette sortie au grand jour permit à l’Église de prendre un nouvel essor et fut l’occasion d’un grand développement de la théologie ; elle engendra paradoxalement aussi la naissance de nouvelles hérésies.

Les différentes époques patristiques

On distingue ordinairement plusieurs époques ou générations de Pères :

– la transition entre les temps apostoliques et ceux de la primitive Église fut réalisée par les « Pères Apostoliques », parmi lesquels se distinguent des figures comme Ignace d’Antioche (martyrisé vers 110, disciple de saint Jean), Polycarpe de Smyrne (martyrisé vers 170, disciple d’Ignace) ou Clément de Rome (martyrisé vers 97, disciple de Pierre, 3e pape). Ils furent des transmetteurs et des bâtisseurs, posant les premiers jalons de la structure visible et hiérarchique de l’Église.

– l’époque suivante vit apparaître la nécessité de défendre le christianisme émergent contre les attaques et critiques venues de l’extérieur : ce fut la tâche des « Pères Apologistes » parmi lesquels Justin de Naplouse (martyrisé vers 165, philosophe palestinien, converti, auteur de célèbres controverses avec le juif Tryphon). S’il n’est pas considéré comme un Père (notamment en raison de positions hétérodoxes – montanistes – prises à la fin de sa vie), le grand écrivain latin Tertullien illustre particulièrement cette période.

– la période de charnière qui suivit fut illustrée par la nécessité de répondre aux premières hérésies (notamment gnostiques) : ce fut la grande œuvre d’Irénée de Lyon (martyrisé vers 200, auteur de l’immense Adversus Haereses – « Contre les hérésies »).

– les débuts du IIIe siècle furent marqués par de grandes figures d’Afrique du Nord (une chrétienté alors particulièrement vivace) : Clément d’Alexandrie (mort vers 215, instaurant un brillant dialogue avec les catégories philosophiques et culturelles grecques et posant les jalons de la théologie spéculative), Cyprien de Carthage (martyrisé en 258). Une figure éminente (qui n’est cependant pas compté parmi les Pères) de ce temps est Origène (185-253), immense érudit et commentateur de l’Écriture. À la même époque, Hippolyte de Rome (exilé et martyrisé vers 235) développait les linéaments du droit de l’Église, précisait le rituel des ordinations.

– la floraison de la patristique intervient cependant seulement au IVe siècle, lorsque l’Église sort enfin des catacombes. C’est l’époque des grands conciles et des géants que furent les Cappadociens (Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome), Athanase ou Cyrille d’Alexandrie en Orient, ou encore Léon le Grand, Hilaire de Poitiers, Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon, l’immense saint Augustin… Autant de figures qui méritent une étude particulière et approfondie, tant leur apport pour l’Église fut déterminant et encore vivant jusqu’à aujourd’hui.

– la dernière époque fut celle qui s’ouvrit à partir du Ve siècle, en laquelle s’illustrèrent des figures plus isolées mais non moins éminentes, souvent providentiellement suscitées pour répondre aux défis du temps : Maxime le Confesseur (580-662) face à l’hérésie monothélite, Jean Damascène dans l’ouragan des débuts de l’Islam (675-749).

Références

Références
1 « sotériologique » : qui se rapporte au salut.
2 l’ensemble des livres reconnus comme révélés, dont la première liste se trouve dans le fameux fragment de Muratori (fin IIe siècle), reprise deux siècles plus tard par le pape Damase.
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