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Introduction à la lecture de la Bible (L’intelligence des Écritures – épisode 01)

Ecouter : Episode 01 – L’intelligence des Écritures

 

Introduire à l’“intelligence des Ecritures” notre podcast de découverte de la Bible, est une véritable gageure : comment présenter de manière exhaustive un trésor tel que celui de la Parole divine révélée et transmise dans les livres saints ? Il ne s’agit donc ici que d’une porte d’entrée, pour présenter et clarifier quelques notions, et surtout pour donner envie d’aller plus en profondeur. Nous nous aiderons pour cela de la méditation d’un grand amoureux de l’Écriture Sainte : le pape Benoît XVI, dans l’exhortation apostolique Verbum Domini du​ 30 septembre 2010. 

L’Ecriture Sainte : révélation de l’amour de Dieu

« La parole du Seigneur demeure pour toujours » (1P 1, 25 ; Is 40, 8) : le mystère de Dieu se communique à nous par sa parole, entrée dans le temps en Jésus, prononcée de façon humaine dans le Verbe qui se fait chair. Notre vocation est de participer à la vie de ce Dieu Trinité, plénitude de joie, qui se révèle à nous. Ne considérons pas comme allant de soi le fait que Dieu nous parle et réponde à nos demandes : entrons dans l’intelligence des Ecritures par l’émerveillement devant la grandeur et la condescendance de Dieu, qui se manifeste tout entier dans cette Parole. L’existence même d’une Ecriture sainte, d’une Révélation divine, n’est pas un dû ni un acqui​s mais une grâce, entièrement imméritée et gratuite.​ Le prologue de saint Jean communique ainsi le fondement de notre recherche et de notre vie : “et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous” – la parole éternelle, sagesse de Dieu, s’est incarnée pour venir à notre rencontre. 

« Dieu invisible dans l’immensité de sa charité, s’adresse aux hommes comme à des amis, et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion »[1]Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, n°2. : la révélation du Verbe de Dieu nous invite en outre à participer au mystère éternel d’amour des personnes divines et nous éclaire d’une lumière qui nous permet finalement de mieux nous comprendre et nous aimer nous-mêmes.​​ Ainsi comprise, l’Ecriture n’est rien d’autre qu’une porte d’entrée dans la vie divine, dans la Trinité même. 

La Parole de Dieu : un chant à plusieurs voix

La parole de Dieu peut en effet être comparé​e à un chant à plusieurs voix, en lequel s’exprime le Logos éternel, le Verbe fait chair en Jésus. Cette voix de Dieu communiquée dans l’histoire du salut par les prophètes se manifeste en plénitude dans la vie du Christ, dont la parole est prêchée par les apôtres puis transmise dans la Tradition vivante de l’Eglise.​

Insistons en effet sur un premier point important : le christianisme n’est pas une religion du livre mais de la Parole de Dieu, religion du “Verbe incarné et vivant” (saint Bernard), par qui tout a été fait, sans qui rien n’a été fait, “premier né de toute créature”, dont la création toute entière porte la marque. La connaissance de cette parole donne donc la signification de toute créature, le fondement de toute connaissance. L’Ecriture, la Parole, le Verbe, ne sont qu’une seule et même chose, ce que nos faibles concepts séparent, est tout un en Dieu. 

Tout au long de l’Ancien Testament déjà – temps de la polyphonie divine -, Dieu communique sa parole par des paroles et des actions, donnant au peuple élu une intelligence toujours plus profonde et claire de sa Révélation et de son amour. Cette complaisance est manifestée de manière indépassable au moment de l’Incarnation, instant où la parole éternelle exprimée dans la création devient un homme, dont l’histoire unique et singulière est la parole définitive que Dieu dit à l’humanité. En Jésus “le Verbe s’est abrégé”, la parole éternelle s’est faite petite, si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire, pour devenir saisissable. Le Verbe divin incarné accomplit la volonté du Père et réalise la parole qu’il communique, de manière suréminente dans le mystère pascal, dans le langage de la croix où par son silence, le Christ révèle l’amour le plus grand. En Jésus la parole éternelle de Dieu prend une voix, un visage : il est la partition “solo” en laquelle se résument toutes les harmonies de la terre, du ciel, de la création et du Créateur, de la chair et de l’Esprit. Toutes les promesses de Dieu deviennent “oui” en Jésus, qui porte à sa pleine réalisation la divinisation de l’homme. Cette parole est définitive, donnant tout son sens à l’histoire et à l’univers, l’alliance qui ne passe pas. « Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule parole et il n’a plus rien à dire »[2]Saint Jean de la Croix, Montée du Carmel, II, 22.

Révélation du Père dans le Fils qui s’incarne, la Parole de Dieu est encore une œuvre de l’Esprit-Saint, sans lequel aucune compréhension authentique n’est possible. La communication que le Père fait de lui-même implique la relation entre le Fils et l’Esprit. Dans le grand discours après la Cène, Jésus met en relation le don de sa vie avec l’envoi de l’Esprit, répandu sur les disciples après la résurrection et qui leur enseignera toutes choses en tant qu’Esprit de vérité. Les missions du Fils et du Saint-Esprit sont inséparables dans l’unique économie du salut : l’Esprit qui agit à l’Incarnation, parle par les prophètes, anime l’Eglise, est celui qui inspire l’Écriture sainte et nous en donne l’interprétation authentique. « Il a lui-même créé les paroles des Saints Testaments, c’est lui-même qui les ouvre »[3]Saint Grégoire le Grand, Lecture sur Ezéchiel, I, VII, 17. La transmission et la prédication de cette parole en fait une réalité vivante, la Tradition, qui progresse dans l’Eglise sous assistance du Saint-Esprit, à travers l’explicitation des dogmes contenus dans la Révélation. Écriture et Tradition constituent ensemble le dépôt de l’Eglise, la règle suprême de la foi. Inspirée par l’Esprit, son auteur principal et premier, l’Écriture enseigne “fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les saintes Lettres en vue de notre salut[4]Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum n°11 ; cf. 2Tm 3, 16-17 .

Inspiration et inerrance de l’Ecriture

À ce stade il nous faut préciser deux notions primordiales dans une compréhension catholique de l’Ecriture Sainte et de son interprétation : l’inspiration et l’inerrance

– Les livres sacrés sont premièrement dits inspirés : c’est à dire qu’au-delà ou en-deça des multiples auteurs humains qui ont contribué à leur composition et à leur rédaction se tient un seul auteur divin, le Saint-Esprit, auquel on approprie ce mouvement intérieur qui pousse, oriente et dirige ceux que Dieu choisit comme instruments de sa Révélation. On peut ainsi dire en vérité que “Dieu est l’auteur de l’Ecriture Sainte[5]Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°105.. Les papes des siècles derniers ont eu à réaffirmer cette doctrine face aux remises en causes de l’exégèse libérale et rationaliste : c’est notamment le cas de Léon XIII dans l’encyclique Providentissimus Deus en 1893. Il y reprend les affirmations des conciles de Trente et de Vatican I et les explicite en une formule qui résume l’ampleur de l’intervention de Dieu dans le processus d’inspiration des auteurs sacrés : “lui-même les a, par sa vertu, excités à écrire, lui-même les a assistés tandis qu’ils écrivaient, de telle sorte qu’ils concevaient exactement, qu’ils voulaient rapporter fidèlement et qu’ils exprimaient avec une vérité infaillible tout ce qu’il leur ordonnait et seulement ce qu’il leur ordonnait d’écrire.” Le concile de Vatican II pourra reprendre cette affirmation selon laquelle : “En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement[6]Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, n°11..” Précisons avec Vatican I et Léon XIII que cette inspiration s’étend à la totalité des livres contenus dans la Bible catholique : “Les livres entiers de l’Ancien et du Nouveau Testament, dans toutes leurs parties, tels qu’ils sont énumérés par le décret du même Concile de Trente, et tels qu’ils sont contenus dans l’ancienne édition vulgate en latin, doivent être regardés comme sacrés et canoniques.”

– La conséquence de cette inspiration divine est deuxièmement le dogme de l’inerrance : puisqu’ils sont entièrement inspirés par Dieu, ces livres sont absolument exempts d’erreur. L’affirmation est claire chez Léon XIII : “Il suit de là – écrit-il dans Providentissimus Deusque ceux qui pensent que, dans les passages authentiques des Livres Saints, peut être renfermée quelque idée fausse, ceux-là assurément ou pervertissent la doctrine catholique, ou font de Dieu lui-même l’auteur d’une erreur. […] Les docteurs ont été unanimes à croire que ces Livres, et dans leur ensemble et dans leurs parties, sont également d’inspiration divine, que Dieu lui-même a parlé par les auteurs sacrés, et qu’il n’a rien pu énoncer d’opposé à la vérité.” Comment concevoir cette vérité fondamentale des Ecritures et la concilier avec les apparentes contradictions que les objecteurs ne manquent pas de pointer du doigt ? Il faut rappeler avec Vatican II que “puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées[7]Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, n°11.. C’est donc ce que Dieu a voulu nous enseigner en vue du salut, dans cette optique salutaire, celle de notre vocation surnaturelle, que doit être comprise et recherchée la vérité des Ecriture​s, qui n’est pas la vérité des sciences humaines mais celle de la science de Dieu. 

La Parole qui appelle une réponse

Ajoutons que cette Parole divine révélée dans l’Ecriture appelle une réponse de l’homme : chacun en est destinataire, rendu capable d’écouter, de répondre à cette Parole dans laquelle il est créé et en laquelle il vit. Nous ne pouvons nous comprendre pleinement que par l’ouverture à ce dialogue divin, qui contient la réponse aux interrogations profondes de notre coeur, qui porte à leur accomplissement ses désirs authentiques. « Dieu seul répond à la soif qui est dans le coeur de tout homme » écrit Benoît XVI. Il en attend cette obéissance de la foi qui est une profonde confiance dans la soumission de l’intelligence et de la volonté. Ce lien entre parole et foi s’accomplit dans la rencontre avec le Christ, la soustraction à ce dialogue d’alliance constitue le fondement du péché, qui est une fermeture, un refus d’écouter. Il est démasqué par l’obéissance de Jésus, qui accomplit la nouvelle alliance et ouvre une possibilité de réconciliation. 

Cette réciprocité de la parole et de la foi s’accomplit parfaitement dans le oui de Marie, qui réalise en plénitude la vocation divine de l’humanité, par sa totale disponibilité à la volonté de Dieu. Elle est la figure de l’Eglise, entièrement ouverte à l’écoute de la parole faite chair. Cette familiarité profonde resplendit dans son Magnificat, en lequel elle manifeste qu’elle parle, pense et agit à l’intérieur de la parole divine et montre comme cette dernière appelle notre liberté et nous transforme.

C’est donc la foi et la Tradition de l’Eglise qui ouvrent l’accès au texte sacré. Saint Thomas d’Aquin dit même qu​e la lettre de l’évangile tue, s’il manque à l’intérieur de l’homme la grâce de la foi. Le critère fondamental d’interprétation de la parole est donc la foi et la vie de l’Eglise. ​”La Bible est le livre de l’Eglise.” On ne peut donc jamais lire seul l’Écriture, écrite par et pour le peuple de Dieu, dans la foi duquel elle se donne à comprendre. Comme tout texte – même le plus sommaire, même le plus technique – le texte sacré doit être interprété. Cette interprétation est délicate et cruciale, elle ne peut être faite en dehors de l’Eglise

Principes d’interprétation de la Sainte Ecriture

La tradition de l’Eglise a dégagé de grands principes d’interprétation, pour nourrir un rapport fécond entre exégèse – étude biblique – et théologie. Les papes – en particulier depuis Léon XIII – ont affirmé la portée théologique du sens littéral, ainsi que la nécessité de déterminer le sens spirituel. Il faut donc premièrement chercher ce que les hagiographes ont réellement eu l’intention de dire et ce que Dieu a voulu faire savoir par leurs paroles. L’interprétation doit tenir compte de l’unité de l’ensemble de l’Écriture (on n’use pas un verset hors de son contexte), de la Tradition vivante de l’Eglise et respecter l’analogie de la foi. On distingue ainsi classiquement entre le sens littéral[8]Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°116 : “Le sens littéral. C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste … Continue reading et le sens spirituel[9]Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Le sens spirituel. Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements … Continue reading ou mystique, au sein duquel on retrouve trois dimensions[10]Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°115 : “Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux sens de l’Écriture : le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en … Continue reading : le sens allégorique[11]Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ ; ainsi, la traversée de … Continue reading – qui cherche des figures du Nouveau Testament dans l’Ancien, le sens tropologique[12]Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Le sens moral. Les événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites ” pour notre … Continue reading – qui interprète les récits bibliques comme des leçons applicables à notre propre vie morale, et le sens anagogique[13]Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Le sens anagogique. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec : anagoge) vers … Continue reading – qui y cherche une annonce des choses à venir, une prophétie des fins dernières. Un adage médiéval résumait la complémentarité des quatre sens : “Littera gesta docet, quid credas allegoria, Moralis quid agas, quo tendas anagogia” – le sens littéral enseigne les événements, le sens allégorique ce que tu dois croire, le sens moral ce que tu dois faire, le sens anagogique ce à quoi tu tends. 

En revanche, une interprétation catholique ne peut se résoudre à considérer le texte sacré seulement comme un matériau littéraire parmi d’autres, à ne l’étudier que par comparaison avec les mythes des civilisations anciennes, voire à l’aborder avec un a priori de soupçon jeté sur tout élément surnaturel. C’est malheureusement l’écueil dans lequel une large part de l’exégèse catholique est tombée au cours du XXème siècle, suivant en cela le mouvement initié par les écoles protestantes libérales allemandes au XIXème, sous influence du rationalisme philosophique du siècle précédent. Benoît XVI dénonce ainsi un​e herméneutique sécularisée qui veut exclure structurellement la possibilité d’une Révélation surnaturelle de Dieu. C’est également le thème de la magnifique préface qu’il a donné au premier tome de sa trilogie Jésus de Nazareth. Il invite au contraire à revenir à l’esprit des Pères de l’Eglise, qui permirent le développement de la théologie de l’Eglise sans jamais perdre son enracinement dans l’Ecriture sainte lue dans son intégralité. Ils nous apprennent que l’on n’est fidèle à l’intention des textes qu’en essayant d’y retrouver la réalité de foi qu’il expriment, reliée à l’expérience croyante de notre monde, car la parole de Dieu est vivante. 

Mais il faut aussi rejeter le fondamentalisme qui s’arrête au premier niveau et trahit autant le sens littéral que le sens spirituel, refusant de tenir compte du caractère historique de la Révélation. Ce littéralisme refuse de voir l’étroite imbrication de l’humain et du divin dans les rapports avec Dieu, traite le texte biblique comme s’il avait été dicté mot-à-mot par l’Esprit (une conception plus islamique que catholique), alors que le christianisme perçoit l’unique Parole dans la multiplicité des paroles et des réalités humaines. 

Le processus d’interprétation : lire l’Écriture dans son intégralité. 

Le passage de la lettre à l’esprit dans la lecture de la Parole est décisif, car elle n’est jamais réduite à sa littéralité : ainsi le processus d’interprétation est vital, et un tel dépassement doit être réalisé dans le cadre de toute l’Ecriture. Ce passage de la lettre à l’esprit est l’expérience libératrice de saint Paul (auparavant enfoncé dans le pharisaïsme), de saint Augustin (longtemps fourvoyé par les Manichéens)… Il fait saisir que toute l’Ecriture est une, qu’elle constitue un livre unique qui est le Christ, la personne qui donne son unité aux testaments et aux livres qui les composent. À sa lumière seulement apparaît l’unité profonde de des deux alliances. Le Nouveau Testament reconnaît en effet l’Ancien comme parole de Dieu, accueillant implicitement et explicitement son autorité, et le christianisme tire dans l’Ancien Testament une racine qui le nourrit toujours, tout en lui donnant son sens véritable et son parfait accomplissement, culminant dans la mort et la résurrection du Christ, dont le mystère est en continuité d’intention avec les dits et les gestes de l’Ancienne Alliance, mais se réalise différemment, atteignant une perfection nouvelle. Tout ce que fait Jésus accomplit et termine les prophéties, mais d’une manière souvent imprévisible, impliquant à la fois continuité et discontinuité. La lecture typologique, qui reconnaît dan​s les personnes et les événements de l’Ancien Testament des figures du Nouveau, révèle l’unité du plan divin entre les deux, révélant leur inépuisable contenu. La nécessité de cette lecture croisée est réciproque, car le Nouveau Testament doit être lu aussi à la lumière de l’Ancien : l’attention à la compréhension juive des Écritures, dans le contexte du Ier siècle, est primordiale pour aider les chrétiens à entrer dans l’intelligence des Ecritures. 

Pour faciliter la compréhension de certains passages particulièrement difficiles, notamment dans l’Ancien Testament, il faut encore rappeler que la révélation biblique est enracinée dans l’histoire, où le dessein de Dieu se manifeste progressivement et malgré les résistances des hommes. Ainsi, tout n’est pas exemplaire ou imitable dans les faits et gestes des personnages bibliques, même les plus fameux – à l’exception bien sûr du Christ. L’Ecriture rapporte aussi des faits frauduleux, obscurs, témoignages douloureux de la puissance destructrice du péché dans nos vies et dans l’œuvre du Créateur. 

Une interprétation catholique de l’Écriture ne peut finalement être complète qu’en se mettant à l’école des saints : viva lectio est vita bonorum – la vie des bienheureux est une vivante leçon. Les grandes familles spirituelles de l’Eglise sont toujours issues d’une référence explicite à la Bible, la sainteté de l’Eglise et dans l’Eglise est en elle-même une interprétation de l’Ecriture. 

Comment lire la Parole ? Comment entrer dans la Bible ? 

Soyons bien convaincu que notre lecture et notre écoute de la Parole ne peut être féconde hors du giron de l’Eglise, notre mère. Elle est la “maîtresse de l’écoute”, à l’image de Marie : elle se met à l’écoute de Dieu pour proclamer avec assurance son message. Benoît XVI définit l’Eglise comme une communauté qui écoute et qui annonce : faisant de sa méditation de la Parole la racine de la nécessaire évangélisation. 

Cette écoute et cette proclamation se réalisent en particulier dans la sainte liturgie, dont l’action est nourrie par les Ecritures : le Christ y parle lui-même, et la célébration rend efficace la Parole proclamée. La liturgie devient ainsi un point essentiel de l’interprétation, en particulier par l’ordonnancement des lectures bibliques au long de l’année. Puisqu’en Dieu tout est un : ce qu’il dit – sa Parole – et ce qu’il fait  – sa grâce communiquée par les sacrements – ne peuvent être séparés. Dans l’eucharistie en particulier, la Parole se fait chair : comme à Emmaüs, les rites de la messe unissent ces deux dimensions, lorsque les lectures et explications bibliques préparent et amènent au renouvellement du Saint Sacrifice. Benoît XVI peut ainsi dire que l’intelligence de l’Ecriture ne peut être complète sans la reconnaissance de la présence réelle. Pour saint Jérôme, l’évangile est le Corps du Christ : manger son corps, c’est écouter son enseignement, sans en laisser tomber une miette.

Concrètement, comment, quand, où lire la Parole divine ?

La lecture de la Parole ne peut être féconde au milieu du bruit, son accueil demande un enracinement dans le silence, à l’image de Marie : par lui le Verbe divin vient habiter réellement en nous. “Verbo crescente, verba deficiunt” – quand le Verbe croît, les mots font défaut, disait saint Augustin. La lecture de la Parole doit être fréquente et régulière autant que possible, comme une respiration, une réharmonisation : pour vivre au rythme des battements du coeur divin il nous faut reposer quotidiennement notre oreille sur la poitrine du Verbe, comme saint Jean. C’est ce que font moines, religieux et prêtres dans la pratique​ journalière de la lectio divina, la lecture méditée et priée de l’Ecriture, à laquelle tous les catholiques sont invités. 

On n’hésitera pas à recourir aux éclairages de la Tradition pour nourrir et féconder notre lecture. L’interprétation authentique et catholique de la Parole se trouve en particulier dans l’enseignement de l’Eglise, tel que résumé par son Catéchisme. On trouvera à la fin du Catéchisme de l’Eglise Catholique un utile index biblique : il peut être intéressant de s’y référer au sujet de tel ou tel passage difficile, afin que l’utilisation qui en est peut-être faite dans telle ou telle partie du Catéchisme ou texte du magistère fournisse un élément d’interprétation authentique et catholique. L’outil proposé en ligne par le Dicastère pour le Clergé​​​, appelé Bibliaclerus, permet en outre d’y ajouter de nombreuses sources magistérielles, des documents pontificaux et des oeuvres des Pères. Il est une mine d’or et une vraie aide pour une lecture catholique de l’Ecriture, c’est à dire pour une lecture accompagnée par l’Eglise. Les nombreuses publications de bons auteurs anciens et récents permettront d’entrer plus avant dans le sens de tel ou tel livre, de tel ou tel passage. Le but du podcast que nous commençons avec cet épisode est aussi de vous synthétiser de vous présenter ces éclairages. C’est pourquoi nous n’irons pas plus loin aujourd’hui, car il y aurait encore tant à dire, mais nous terminerons en invitant chacun et chacune à ouvrir l’Ecriture Sainte, non pas comme un livre mort mais comme une parole vivante, faite chair, un coeur battant qui désire se livrer à nous. 

Pour aller plus loin

Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, 30 septembre 2010.

Catéchisme de l’Eglise Catholique (édition 1992), Première partie, Première Section, Chapitre 2, Articles 2 et 3 (nn°74-141).

Site Bibliaclerus (Dicastère pour le Clergé)

Références

Références
1 Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, n°2.
2 Saint Jean de la Croix, Montée du Carmel, II, 22.
3 Saint Grégoire le Grand, Lecture sur Ezéchiel, I, VII, 17
4 Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum n°11 ; cf. 2Tm 3, 16-17 .
5 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°105.
6, 7 Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum, n°11.
8 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°116 : “Le sens littéral. C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation ” Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral ” (S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 10, ad 1).”
9 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Le sens spirituel. Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes.”
10 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°115 : “Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux sens de l’Écriture : le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans l’Église”.
11 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ ; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2)”.
12 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Le sens moral. Les événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites ” pour notre instruction ” (1 Co 10, 11 ; cf. He 3 – 4, 11).
13 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°117 : “Le sens anagogique. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec : anagoge) vers notre Patrie. Ainsi, l’Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 – 22, 5).
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