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Exhortation à l’oraison fervente 3/3

Article précédent : les difficultés de l’oraison
L’oraison, c’est d’abord pour Dieu que nous la faisons. En consacrant entre dix et trente minutes par jour à Dieu dans le silence, nous voulons le servir, le louer, l’adorer, passer du temps, être avec lui, tout simplement comme deux amis qui aiment être ensemble.

À vrai dire, si nous ne sommes pas attirés plus que cela à l’oraison, c’est que nous n’avons pas encore assez soif… Soif de cette intimité, soif de Dieu, soif de cette amitié, bref notre cœur n’est pas encore assez “pris”, “conquis” c’est comme si deux fiancés n’étaient pas assez épris l’un de l’autre pour vouloir se marier. Dommage…! Mais, cher lecteur, tu ne pourras être épris que si tu fais cette rencontre que ton directeur spirituel te dit de mettre en place depuis longtemps ! Pratique, consomme, et tu verras ! Avance en eaux profondes, ne reste pas au bord du rivage comme un bébé qui ne lâche pas le bord de la piscine !

Une présence gratuite

Alors que va-t-on chercher à l’oraison ? Au risque de te décevoir, ou peut-être sera-ce une révélation pour toi, on ne va RIEN chercher à l’oraison ! Va-t-on voir un ami pour quelque affaire, demande ou que sais-je ? Ce serait bien vénal… La seule présence de l’ami n’est-elle pas suffisante et comblante ? Veux-tu bien laisser tranquille le Bon Dieu et seulement lui offrir ta présence gratuite et donc silencieuse ? Ah parlons-en de la gratuité à l’heure du tout économique et monétaire pour ne pas dire financier ! Nous ne savons plus ce que c’est ! Je te vois perturbé, cher lecteur, alors j’en viens à ce que l’on va chercher à l’oraison : c’est le cœur à cœur, l’amour, l’échange de regard, et ainsi la connaissance infuse de Dieu. Évidemment la fréquentation de cet ami ne va pas aller sans quelques merveilleuses mais exigentes conséquences chez moi… En effet, les fruits que l’on va en retirer outre un amour de Dieu toujours plus intense, et une connaissance de Dieu plus grande et intime, vont être de me retrouver dans une relation juste avec Dieu, et étant dans cette relation juste, je vais être dans une relation juste avec les autres et enfin, avec moi-même…

Relation juste avec Dieu

En effet, quand je donne ce temps gratuit à Dieu, je lui démontre, si tu me permets l’expression, qu’il est vraiment le “premier servi” ! Et cela est juste et bon ! Nous venons de Dieu et nous retournons à lui et notre vie n’est qu’un passage d’une rive à l’autre. Je me sais aimé de lui et je l’aime en retour. Mon bien aimé est à moi et je suis à lui. Personne ne peut me le ravir. Oui, à l’oraison, j’ai Jésus pour moi ! Et je suis à lui ! Il me montre, par ma sécheresse et les difficultés, qui je suis (un misérable aimé) et qui il est… en fait, sa grandeur et ma petitesse, mon impuissance et sa toute-puissance, bref l’immense fossé qui me sépare de lui et, puisqu’il vient à moi, son infinie miséricorde ! Il a jeté ses yeux sur son humble servante…

Relation juste avec les autres

Les autres vont être vus par moi avec les yeux de Dieu, c’est-à-dire comme Dieu les voit car Dieu a changé mon cœur… et mon regard ! Je vois l’autre au-delà de son humanité pécheresse, misérable et surtout souvent si pénible, pour voir Dieu en l’autre et voir l’autre comme un intermédiaire entre Dieu et moi, en somme, je vois Dieu qui me dit quelque chose à travers cette personne. Les autres sont vus non plus comme des obstacles pour aller vers Dieu mais comme les instruments que Dieu met sur ma route pour aller vers lui. Ces personnes sont donc dans le plan de Dieu en vue de ma sanctification. Elles sont donc nécessaires à mon salut, Dieu me les donne. Quelle révolution copernicienne dans le regard porté sur les autres en commençant par mon prochain !

Relation juste avec moi-même.

Nous avons commencé à le dire ci-dessus. Je découvre la grandeur de Dieu et ma bassesse, mais puisqu’il daigne s’abaisser à moi, quelle grandeur est la mienne ! Je découvre ce que cela veut dire de grandeur et de dignité que la filiation divine par le baptême. Dieu daigne faire sa demeure en ma misère…et ainsi m’élever au-dessus des anges ! Il veut faire en nous sa demeure et nous dit, dans l’Évangile, comment demeurer en lui (Jn 15). Qu’attendons-nous pour le comprendre et le vivre vraiment ? Pourquoi ne pas prendre enfin au sérieux l’Évangile qui nous invite de manière si évidente à l’intimité avec Dieu ?

J’ajouterais pour terminer que ces deux dernières relations, ne sont possibles que si la relation à Dieu est juste, ce qui veut dire le spi (relation à Dieu) avant le psy (relations aux autres et à soi-même)… le psy pouvant tourner en rond… jamais le spi !

Justitia et pax osculatæ sunt”

L’autre fruit qui découle de l’oraison, c’est la paix ! Et c’est parfaitement logique, puisqu’étant dans la justesse des relations, je ne peux qu’être en paix, avec Dieu, avec les autres et avec moi-même et comprendre au plus profond cette parole de saint Paul[1]Rm 8, 35 : Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Rien ni personne. Enfin, je serai capable de distinguer le profond du superficiel : la paix restera profonde même si la surface est parfois agitée par les contrariétés, mais celles-ci ne seront plus considérées comme des obstacles pour aller à Dieu et surtout on sait qu’au fond… tout va bien ! On comprend alors que les fruits de l’oraison sont vraiment immenses. Quel changement dans ces trois relations ! On peut dire que c’est toute la vie qui est transformée. Dieu a opéré à mon insu, comme un chirurgien qui opère sous anesthésie ! J’étais venu lui faire une petite visite en toute amitié et il m’a sauvé ! Une fois de plus est prouvé que la vie chrétienne c’est jouer à qui perd gagne… Veux-tu jouer ?

Allons, cessons de discourir plus avant, allons à l’oraison et tenons-nous-y !

Pour aller plus loin

Source : Louis Baudon de Mony, « Exhortation à l’oraison fervente », TEP XVI, p. 116-122.
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Références

Références
1 Rm 8, 35
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