Enraciné par le P. Pascal Ide dans une anthropologie chrétienne exigeante, l’ennéagramme devient un levier de conversion intérieure. Il permet de prendre conscience de ses mécanismes blessés, non pour s’y résigner, mais pour les dépasser, en s’appuyant sur la grâce de Dieu. Les derniers chapitres de l’ouvrage (chapitre 5 et 6) envisagent ainsi les moyens d’évolution et les perspectives spirituelles ouverts par l’ennéagramme.
Les moyens d’évolution offerts par l’ennéagramme
Puisque « savoir quelle est sa maladie n’a jamais permis d’en guérir », le P. Ide propose dans un dernier temps d’envisager les moyens d’évolutions que permet l’ennéagramme, qui est pour lui une véritable méthode de transformation de soi et de reconstruction. On distingue ainsi souvent les types à l’état régressif, voire pathologique, de leur état évolué, parlant parfois d’intégration ou désintégration du type. On les associe parfois aussi à une vertu, qui ne nie pas le type blessé mais l’assume en vérité, l’oriente et l’ouvre vers le vrai bonheur en venant lui offrir un moyen de corriger et redresser, guérir la blessure. Une personne est en effet d’avantage appelée à développer une vertu qu’une autre. Le P. Ide propose ainsi pour chaque type une vertu principale et une vertu secondaire (correspondant aux péchés énumérés plus haut) ouvrant une perspective d’évolution : l’humilité et la douceur pour le perfectionniste, la chaste charité et l’humilité pour l’indispensable, l’humilité ou détachement et la vérité pour l’arriviste, l’humilité et la chaste charité pour l’individualiste, la générosité et l’humilité pour le cérébral, le courage ou la confiance et la douceur pour le légaliste, la tempérance et l’amour pour le jouisseur, l’humilité et la tempérance ou douceur pour le petit chef, le courage et l’amour pour le temporisateur. Au plan éthique, l’évolution positive de l’ennéagramme repose donc sur une connaissance de son type, première étape de la transformation du moi, puis sur une acceptation volontaire (décision intérieure) et enfin sur le changement, qui consiste à vivre son type de manière ouverte (libre et paisible, en quittant ses durcissements et compulsions) et en s’ouvrant aux qualités des autres types (intégration d’un type dans un autre – évolution vers les pôles les plus contraires de l’ennéagramme).
Dans un chapitre ultérieur (chapitre 6), le P. Ide détaille pour chaque type des moyens d’évolution concret. On y trouvera des conseils avisés dans les divers domaines qui avaient permis au chapitre 2 de décrire les neuf types : estime de soi, affectivité, relation aux autres, amitié, éducation, relation au temps, travail, relation à Dieu, imitation du Christ, ouverture aux autres types, péchés capitaux et vertus, et propose même une manière d’apporter à chacun une aide de l’extérieur.
Une méthode compatible avec la foi chrétienne ?
C’est l’un des points les plus délicats. L’ennéagramme est souvent critiqué pour ses origines obscures ou son usage dans des contextes ésotériques. Pascal Ide répond avec prudence mais clarté : ce n’est pas l’origine qui importe, mais l’usage. Si un outil est au service de la vérité de la personne, s’il respecte sa liberté et son unicité, il peut être intégré dans une démarche chrétienne.
Pour cela, l’ennéagramme doit être purifié de deux risques : celui de l’orgueil (je me connais, donc je suis supérieur), et celui de la fixation (je suis comme cela, donc je ne peux pas changer). Or, bien utilisé, il invite à l’humilité et à la conversion.
Lorsqu’il aborde les moyens d’évolution fournis par l’ennéagramme, le P. Ide mentionne même les « moyens surnaturels », puisque le but de la vie chrétienne est la sainteté, non pas une perfection terrestre mais l’union à Dieu. L’ennéagramme offre d’après lui une grande richesse dans la perspective de l’évolution spirituelle, puisqu’il nomme nos aliénations premières et propose ainsi un premier discernement négatif, aidant à délimiter ce que n’est pas notre chemin de sainteté. Il aide en outre à prendre conscience, à travers la reconnaissance de nos compulsions, que Dieu seul est le médecin capable de nous guérir vraiment. Dieu seul est encore la finalité capable de combler notre désir d’absolu : la connaissance de son type n’aboutit pas à une destruction ou une négation de soi mais à une orientation nouvelle – « il ne s’agit pas de détruire une passion mais de tourner son énergie vers Dieu. » Dieu est notre finalité, mais encore notre chemin et le secours sur la route, à travers sa grâce, et offre en Jésus le modèle par excellence. Les spécialistes de l’ennéagramme constatent en effet que le Christ est pleinement ouvert à tous les types : il en déploie les qualités et en évite les défauts et compulsions, présentant une âme dont les neuf portes sont harmonieusement ouvertes.
Le véritable discernement consiste à faire la vérité en soi, à la lumière de Dieu. L’ennéagramme peut y aider, s’il reste un outil au service de la liberté spirituelle.
Le mérite du livre du P. Ide est donc double. D’une part, il présente et clarifie un outil souvent mal compris ou mal utilisé. D’autre part, il l’inscrit dans une vision intégrale de la personne, ouverte à la transcendance. On est loin des clichés psychologisants ou des caricatures New Age : il s’agit ici de sanctification, non d’auto-perfectionnement. Dans Les neuf portes de l’âme, le travail sur soi est ordonné à une finalité plus haute : aimer Dieu et son prochain en vérité.