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Les anges existent-ils ?

(Castres) Le Christ servi par les anges dans le désert - Francisco Pacheco - Musée Goya
Les différentes religions et cultures croient en l’existence d’esprits, djinns… Leur présence fut une évidence pour d’innombrables générations humaines, dont les coutumes et les us se sont imprégnés de la certitude de leur existence et de leur influence dans leurs vies. La révélation chrétienne, la Bible et le Catéchisme de l’Église Catholique affirment également l’existence d’un univers invisible de créatures spirituelles, appelées « anges ».
Que peut-on dire des anges ?

 

Notre monde a cependant bien changé depuis celui des théologiens du moyen-âge, que la légende noire représente débattant du sexe des anges. Nous vivons dans un monde désenchanté : notre rapport à l’univers, et en particulier l’univers invisible a changé, ce dernier ayant considérablement perdu en évidence. La familiarité de nos anciens avec les êtres spirituels était en cohérence avec leur vision globale du monde, tandis que la tendance générale des sciences qui dominent aujourd’hui est à la négation de tout ce qui ne rentre pas dans son champ d’investigation.

Peut-on démontrer l’existence des anges ?

Depuis la naissance de la pensée grecque, beaucoup ont considéré que l’intelligence humaine peut arriver par elle-même, à partir de l’observation du monde et de l’homme, à connaître avec certitude l’existence de Dieu. Peut-on en dire autant des anges ?

Avec Platon et Aristote, les grecs avançaient aussi des raisons naturelles à l’appui de l’existence d’un ordre de substances séparées, spirituelles, nécessaires pour rendre raison de l’intelligibilité du cosmos, leur conviction profonde étant que le monde visible ne suffit pas à sa propre explication.

Saint Thomas d’Aquin pense que l’on ne peut démontrer avec certitude l’existence des anges à partir de leur action dans le monde. En remontant des effets à la cause, on peut affirmer ultimement l’existence d’une Cause première : c’est le ressort des preuves métaphysique de l’existence de Dieu ; mais les créatures spirituelles – si elle existent – ne sont que des causes secondes, non nécessaires.

Saint Thomas d’Aquin affirme cependant que leur existence est hautement convenable. Proposons cette image à partir de son argumentation : Supposant que l’on tombe par hasard sur un article dactylographié, datant des années 2000, on peut en déduire l’existence d’un auteur intelligent, d’une personne qui a tapé le texte, et l’existence d’une machine/d’un ordinateur avec lequel ce texte a été tapé. Vous ne pourriez en revanche pas affirmer avec certitude que la personne qui a tapé le texte est la même que celle qui l’a composé – son auteur. Si vous savez en revanche que cet auteur disposait à l’époque des services d’une secrétaire, vous pouvez en conclure avec une forte convenance que ce texte a été rédigé par l’auteur mais tapé par sa secrétaire[1]On reprend ici largement l’exposé très clair du RP. Bonino dans Les Anges et les Démons..

Si l’on reprend cette argumentation en y posant à nouveau les principes thomistes : pour le Docteur angélique, la connaissance naturelle et surnaturelle de Dieu montre que le Créateur aime associer ses créatures au gouvernement du monde, pour promouvoir leur dignité de causes secondes ; il observe en outre que cette participation s’exerce selon une structure de médiation hiérarchique (les choses inférieures sont conduites à Dieu par les supérieures, les particulières par les plus universelles).

Que dirait la science moderne de l’existence des anges ? Ils ne sont visibles ni au microscope, ni au télescope, mais on ne peut trouver de raisons absolues pour nier leur existence. L’homme est loin de parvenir à expliquer la totalité du monde, duquel on ne peut donc pas exclure l’intervention – ordinaire ou non – de créatures spirituelles libres.

Saint Thomas d’Aquin ajoute encore un moyen paradoxal de démonstration, à partir du cas des démons. Dieu ne peut en effet être la cause d’un effet mauvais – phénomène sensible préternaturel ou mal moral : or certains faits qui transcendent les capacités de la nature pointent vers une cause spirituelle supra-humaine. Ces « preuves » expérimentales de l’existence de créatures spirituelles libres, mauvaises par choix, témoignent en négatif pour celle d’une nature angélique bonne. Ce raisonnement se heurte toutefois aujourd’hui à deux difficultés : la réalité de ces phénomènes qui repose souvent sur des témoignages d’expériences contingentes et faillibles, le difficile discernement de ce qui relève d’une causalité supposément démoniaque ou de l’inconscient humain. Quant au mal moral, tout péché commis par l’homme n’implique pas une action démoniaque, car saint Thomas enseigne que tout péché ne procède pas nécessairement et directement une tentation du diable : le libre arbitre humain et la corruption de notre nature peuvent suffire à l’expliquer[2]voir Somme Théologique, I-IIae, q. 114, a. 3.

Si l’existence des anges ne peut être considérée comme parfaitement démontrable, elle est cependant une vérité de foi, présente dans la Révélation et enseignée par le Magistère.

Les anges dans la Révélation

La première figure d’ange qui apparaît dans la Bible est celle du mystérieux « ange de YHWH », dont l’identité est parfois difficile à préciser : pour certains exégètes l’expression désigne Dieu d’une manière qui cherche à éviter de présenter trop familièrement sa présence parmi les hommes, ou encore une forme visible de son action dans le monde créé.

D’autres figures apparaissent dans l’Ancien Testament à côté de cet « ange du Seigneur » : selon les auteurs on les considère parfois comme des divinités païennes recyclées dans les textes sacrés hébreux, ou comme des entités spirituelles distinctes et jouant un rôle subordonné de messager. Le mot qui les désigne : en hébreu Malakh, en grec Angelon, signifie proprement cette mission de médiation (particulièrement visible avec le récit de l’échelle de Jacob, en Gn 28, 12). Cette charge se présente de manière multiforme : missions de combat contre les forces démoniaques (Josué rencontre le « chef de l’armée du Seigneur »), de justice, de protection des communautés (Michel est celui qui protège Israël en Dn 12, 1) ou les individus (Raphaël et Tobie, Elie vers l’Horeb), de transmission et d’interprétation de la révélation prophétique (Gabriel auprès de Daniel en Dn 9, 21-22), d’intercession (« je suis celui qui présente ta prière devant Dieu »). Leur fonction semble aussi de constituer la cour de Dieu, des « saints » irradiés par la sainteté divine et dont la présence et la louange rehaussent la grandeur de Dieu, comme une assemblée de type liturgique.

La présence des créatures spirituelles dans l’Ancien Testament est aussi celle du monde démoniaque, bien attestée dans la foi et la Révélation d’Israël, quoique le peuple élu se soit distingué au milieu des cultures du Moyen-Orient par sa réticence envers toute pratique qui se rapprocherait de la superstition ou de la magie (Lv 19, 31). Le monde démoniaque apparaît cependant à travers la mention de nécromanciens (1S 28), de démons nommément désignés (Azaël en Lv 16, 10, Asmodée, Lilith, Léviathan, Rahab). Satan lui-même apparaît en plusieurs lieux (en 1Ch 21, 1 il incite David à transgresser un commandement de Dieu, en Sg 2, 24).

Dans le Nouveau Testament la présence angélique se manifeste encore de multiples manières. Bien qu’ils s’effacent dans les Évangiles pour laisser la place au Verbe incarné, les esprits bons sont présents à ses côtés : l’ange Gabriel à l’Annonciation ou auprès de Zacharie et de saint Joseph, l’ange de Gethsémani, les anges du tombeau vide ou de l’Ascension… Les esprits mauvais, eux, ne sont pas en reste, et l’on peut réellement dire que les démons sont omniprésents dans le Nouveau Testament, dont l’univers est comme saturé de présence démoniaque, marquant la profonde aliénation de l’homme soumis à l’esclavage du péché. Cette tension montre que l’homme est placé entre deux monde, deux esprits entre lesquels il doit choisir. La tyrannie de Satan, la misère de l’homme sans Dieu, sera vaincue par la victoire de la croix. Dès les débuts de sa vie publique, Jésus montre en expulsant de nombreux esprits que sa mission est un « gigantesque et salutaire exorcisme »[3]Serge-Thomas Bonino, Les anges et les démons, 2è ed., p. 51.. La victoire finale ne sera pas obtenue sans combat : Satan va jusqu’à tenter le Christ lui-même, directement ou à travers ses disciples (Judas qualifié de « diable » par saint Jean[4]Jn 6, 70, et même Pierre[5]Mt 16, 23).

Le triomphe eschatologique sera finalement annoncé dans l’Apocalypse, mettant en scène le dernier combat des anges, ralliés autour de saint Michel, et du démon.

Les anges dans l’enseignement de l’Église et le catéchisme

À partir de ces innombrables lieux de l’Écriture, l’Église, assistée par le Christ, reçoit l’existence des anges comme révélée par Dieu, bien qu’elle n’ait pas fait l’objet d’une définition solennelle. Le Symbole de Nicée (325) proclame déjà que Dieu est créateur des choses invisibles, renvoyant aux anges. Cette affirmation est précisée le concile de Latran IV, aux termes duquel Dieu a créé la créature spirituelle et corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde matériel.

Pour ce qui est du magistère récent, le pape Pie XII dénonçait en 1950[6]Pie XII, Humani Generis, 1950 la mise en question du caractère personnel des anges, dont Paul VI réaffirma ensuite l’existence dans sa profession de foi[7]Paul VI, Profession de foi, 1968. Le Catéchisme de l’Église Catholique l’enseigne sans équivoque :

L’existence des êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement les anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition[8]Catéchisme de l’Église Catholique, n°328.

Aux enseignements explicites du Magistère, on peut ajouter l’attestation majeure que représente la pratique liturgique : le rituel des exorcismes, les nombreuses pratiques de dévotions et fêtes célébrées en l’honneur des anges (Saint Michel le 8 mai et le 29 septembre, saint Gabriel le 24 mars, saint Raphaël le 24 octobre, les saints anges gardiens le 2 octobre…).

 

 

Références

Références
1 On reprend ici largement l’exposé très clair du RP. Bonino dans Les Anges et les Démons.
2 voir Somme Théologique, I-IIae, q. 114, a. 3
3 Serge-Thomas Bonino, Les anges et les démons, 2è ed., p. 51.
4 Jn 6, 70
5 Mt 16, 23
6 Pie XII, Humani Generis, 1950
7 Paul VI, Profession de foi, 1968
8 Catéchisme de l’Église Catholique, n°328.
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