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L’Enfer est-il vide ?

Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité. Ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents[1]Mt 13, 41-42.

Réalité, avertissement, menace ? Quel est le sens des paroles du Christ au sujet de l’Enfer ? Retour sur une controverse théologique récente.

La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas[2]Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose ou Le spleen de Paris.

 L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’Enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’Enfer[3]Catéchisme de l’Église Catholique, n°1035..

Relecture moderne des annonces au sujet de l’enfer

L’influence d’Hans Urs von Balthasar et de sa relecture « parénétique » des paroles de l’Écriture relatives à l’Enfer (selon laquelle ces annonces auraient un caractère d’avertissement, voire de menace, et non d’affirmation) conduit beaucoup à penser aujourd’hui que l’existence d’âmes damnées ne serait pas contenue dans la Révélation.

Le théologien suisse reproche à la théologie de sur-interpréter les paroles du Christ, d’être passée d’elle-même « de la mise en garde au fait accompli »[4]Hans Urs von Balthasar, L’enfer, une question, p. 25.

Gustave Martelet ajoute ainsi :

Le sens des textes du Nouveau Testament sur l’Enfer n’est sûrement pas : « voici ce qui vous adviendra, » mais bien : « voici ce qui à aucun prix ne doit vous arriver »[5]G. Martelet, L’Au-delà retrouvé, p. 189-190.

Balthasar ajoute à cette première affirmation l’idée – étonnante à bien des égards – que Jésus-Christ aurait vraiment été en Enfer, à notre place, éprouvant lors de sa passion la peine du dam.

La réponse de la théologie traditionnelle

Apportons à ces idées une critique appuyée, fondée sur la tradition de l’Église et l’enseignement de saint Thomas d’Aquin. L’idée que les paroles du Christ et de l’Écriture au sujet de l’Enfer, si explicites, n’auraient qu’une valeur exhortative, sans que le danger dont il serait fait état soit une menace réellement existante, doit être rejetée.

– D’abord parce qu’une mise en garde sérieuse suppose la réalité effective du danger : Jésus ne crie pas « au loup » ni n’agite un épouvantail destiné à faire peur lorsqu’il mentionne les « pleurs et grincements de dents »[6]Mt 8, 12  ; 22, 13 ; 24, 51 ; 25, 30 ; Lc 13, 28, les « ténèbres du dehors »[7]Mt 8, 12 ; 22, 13 ; 25, 30 ou la « fournaise ardente »[8]Mt 13, 42. Un tel procédé ne serait guère digne de la Parole de vérité, dont pas un seul iota ne disparaîtra tant que tout ne sera pas accompli. La dimension exhortative suppose, pour être efficace, l’affirmation de l’enfer comme existant et n’étant pas vide[9]« C’est tronquer le texte évangélique et en subvertir le sens que d’affirmer que Jésus, interrogé précisément sur le (petit) nombre des sauvés, s’était contenté de répondre par une … Continue reading.

Dieu mentirait-il à ses propres enfants pour se faire obéir, comme le feraient des parents en mal d’inspiration (« Si tu n’es pas sage, on t’abandonne sur le bord de la route ») ? Voilà qui est bien indigne de la pédagogie aimante du Seigneur, mais surtout incompatible avec sa Vérité infinie.

– Le P. Guibert va plus loin en retournant le ressort de l’argument supposant une dimension seulement exhortative de la parole du Christ : « Si pour Dieu l’Enfer est entièrement virtuel, alors pourquoi ses promesses de bonheur ne le seraient-elles pas aussi ? » Il note que dès le VIe siècle saint Grégoire le Grand avait pointé la fausseté de l’argument : « Si Dieu a fait des menaces qu’il ne devait pas exécuter, quand nous voulons affirmer qu’il est miséricordieux, nous voilà contraints de le traiter de fallacieux, ce qui est une parole impie. »

– Quant à l’idée que le Christ aurait vraiment subi la peine du dam, ne serait-ce que pour un instant, elle est inacceptable et contradictoire, formellement opposée à tout l’enseignement du magistère[10]Catéchisme de l’Église Catholique, n°633 : « Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés ni pour détruire l’enfer de la damnation, mais pour libérer les justes qui … Continue reading.

Références

Références
1 Mt 13, 41-42
2 Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose ou Le spleen de Paris.
3 Catéchisme de l’Église Catholique, n°1035.
4 Hans Urs von Balthasar, L’enfer, une question, p. 25.
5 G. Martelet, L’Au-delà retrouvé, p. 189-190
6 Mt 8, 12  ; 22, 13 ; 24, 51 ; 25, 30 ; Lc 13, 28
7 Mt 8, 12 ; 22, 13 ; 25, 30
8 Mt 13, 42
9 « C’est tronquer le texte évangélique et en subvertir le sens que d’affirmer que Jésus, interrogé précisément sur le (petit) nombre des sauvés, s’était contenté de répondre par une exhortation morale à lutter ‘pour entrer par la porte étroite’, puisqu’il ajoute un énoncé prophétique (passage de l’impératif au futur) : ‘car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas » (Lc 13, 24) » écrit Mgr Kruijen (Peut-on espérer un salut universel, Parole et Silence, 2017).
10 Catéchisme de l’Église Catholique, n°633 : « Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés ni pour détruire l’enfer de la damnation, mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé. »
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