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Le Rosaire de la Vierge Marie

Développée au cours du IIe millénaire mais plongeant ses racines dans l’histoire du peuple élu, aimée et habitée par les saints, encouragée par les papes, la prière du rosaire est mariale et pourtant profondément christologique, même christocentrée. C’est la conviction du pape Jean-Paul II, qui adressa en octobre 2002 aux chrétiens sa lettre encyclique sur le « Rosaire de la Vierge Marie. »

Le rosaire : contemplation du Christ avec Marie

Contrairement aux objections de certains chrétiens séparés, le rosaire ne détourne pas du Christ, au contraire. Marie en effet, durant toute sa vie, ne fait que montrer Jésus : « faites tout ce qu’il vous dira » – elle est celle qui oriente les disciples vers lui. Et ainsi prier Marie – c’est le culte d’hyperdulie – ne revient pas à mépriser Dieu – honoré d’un culte de latrie – mais à lui rendre gloire à travers la plus belle de ses créatures. Le rosaire nous met à son école pour nous laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ et l’expérience de la profondeur de son amour. Ce visage, il appartient à Marie à un titre spécial, presque physique, elle qui l’a contemplé avec les yeux du cœur durant les neuf mois suivant l’Annonciation, puis avec ses yeux de chair dès la nativité. Nous portons avec elle sur Jésus le regard émerveillé ou interrogatif, pénétrant ou douloureux, radieux et ardent, de la mère du Fils de Dieu. Elle retient et médite dans son cœur les événements de la vie terrestre de Jésus, les conservant jusqu’en la Jérusalem céleste. Elle actualise ainsi en tout temps des événements dont la page n’est pas refermée, car leur influence est toujours actuelle.

Le rosaire est une dévotion qui se situe ainsi dans une perspective réellement chrétienne, c’est à dire christologique, pour qu’« à travers l’honneur rendu à sa Mère, le Fils soit connu, aimé, glorifié »[1]Concile Vatican II, Lumen Gentium, n°66.. Et en effet la vie chrétienne consiste à se conformer au Christ pour vivre de sa vie, en une unité qui doit toujours croître et faire nôtre la « logique » du Christ, jusqu’à respirer ses sentiments. Le rosaire est ce véritable processus de configuration au Christ, qui nous confie à l’action maternelle de Marie, sa mère, engendrant continuellement des fils, images du Fils, pour l’Église. En suivant pas à pas le mystère du Christ, le cœur du disciple est façonné à son image, le rosaire forme une véritable catéchèse vécue de la prière, il fait revivre les notes joyeuses de mystères de l’incarnation, lumineuses de la vie publique et de l’annonce du royaume, douloureuses de la Passion, et mène jusqu’à l’exultation de ceux qui contemplèrent la gloire du ressuscité.

Véritable chemin de contemplation et de conformation au Christ, le rosaire, bien compris et vécu en profondeur n’est ainsi pas pour Jean-Paul II un obstacle mais un atout pour l’œcuménisme. Il est cet hymne sublime qui fait « affleurer l’émerveillement de Dieu contemplant son œuvre. » 

Le rosaire : prière actuelle

Cette prière qui « s’écoule au rythme de la vie humaine » est aussi un instrument spirituel, efficace dans les joies comme dans les épreuves de notre vie et face aux maux de la société. Le rosaire est spécialement providentiel dans les circonstances historiques de notre temps, comme prière pour la paix et pour la famille. En contemplant les mystères de la vie du Christ on ne peut être indifférent aux enjeux de la défense de la vie naissante et finissante, de la famille, on y découvre le sens de la souffrance salvifique, qui ne s’illumine que dans le rayon de la gloire céleste.

Il a une efficacité particulière par l’intercession maternelle de Marie, dont l’Évangile montre l’efficacité et la nécessité lors des noces de Cana. Le rosaire allie ainsi étroitement méditation et supplication.

Le rosaire contre la crise de la prière

L’entrée dans le nouveau millénaire marque une véritable crise de la prière, malgré l’émergence d’une exigence nouvelle de spiritualité : la prière est amoindrie dans sa valeur, peu proposée ou carrément oubliée, concurrencée et occultée par les pratiques de nouvelles religiosités, qui répondent à une exigence renouvelée d’intériorité, mais dont Jean-Paul II rappelle qu’elles cachent souvent un soubassement idéologique peu acceptable.

Le rosaire quant à lui n’est pas une « méthode de contemplation, » il est une forme de prière qui ne vient pas remplacer ni concurrencer les actes traditionnels du culte chrétien. Le pape Paul VI soulignait ainsi qu’il ne diminue pas le caractère central de la liturgie dans la prière chrétienne mais en constitue au contraire un support et un écho, invitant à la vivre intérieurement, et à en récolter des fruits dans la vie quotidienne. Le rosaire engage les fidèles dans la contemplation, comme une « pédagogie de la sainteté, » aidant à acquérir par la répétition un « art de la prière, » qui répond justement à cette nouvelle exigence de spiritualité. Cette dévotion qui se situe dans la pure tradition chrétienne est comme le pendant latin de ce qu’est en Orient la prière du cœur, méditation christologique liée au rythme de la respiration, qui « assure presque une densité physique au désir que le Christ devienne la respiration, l’âme et le tout de la vie. »

Cette prière profondément humaine a une implication anthropologique radicale : celui qui se met à contempler le Christ découvre aussi en lui la vérité sur l’homme, récapitulée et dévoilée dans le mystère du Fils. En faisant expérimenter une proximité quasi physique avec le Verbe incarné et sa mère, le rosaire est ainsi un profond antidote à l’attrait faussé de religiosités empreintes de dualisme et qui prêchent un mépris du corps.

Comment prier le rosaire

On sent chez Jean-Paul II l’expérience et l’affection nées d’une pratique fréquente du rosaire. Il guide ainsi les chrétiens jusque dans les détails du concret. La prière peut en effet s’aider d’images intérieures, d’icônes ou de représentations qui guident l’imagination et l’esprit vers le mystère, user par exemple de la « composition de lieu » chère à saint Ignace… ces aides correspondent justement à la logique profonde de l’Incarnation. Il recommande que l’énoncé du mystère soit suivi de la proclamation du passage biblique correspondant, entendu avec la certitude de l’actualité de la parole divine, afin de « laisser parler Dieu » dans la méditation. Celle-ci se nourrit ensuite de silence, et le pape conseille de s’arrêter un instant, pour laisser au regard la primauté, avant d’entamer la prière vocale. Cette écoute et cette contemplation du mystère du Christ, à travers Marie, élèvent l’esprit vers le Père et conduisent dans le sein de la Trinité. C’est ce que vit le chrétien à travers chaque dizaine, du Notre Père au Gloria en passant par les Ave Maria, dont la salutation mariale souligne et met en relief le caractère christologique de la prière sans s’y opposer, faisant « participer à l’enchantement de Dieu. »

La Vierge mère elle-même est venue rappeler, soutenir et encourager à la prière du rosaire, à Lourdes et Fatima notamment, et le Seigneur a suscité de nombreux saints qui en ont vécu et y ont trouvé une puissante voie de sanctification : saint Louis-Marie Grignion de Montfort, le Padre Pio ou encore saint Bartolo Longo.

Références

Références
1 Concile Vatican II, Lumen Gentium, n°66.
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