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Le cœur dans la Bible

Le Sacré-Cœur, une dévotion récente, doloriste et déjà passée de mode ? Loin de là : elle puise ses racines dans les textes les plus antiques de l’Ancien Testament et s’y enrichit d’une signification profonde, car le cœur est le lieu de l’alliance, et le Sacré-Cœur celui de l’alliance nouvelle, scellée et renouvelée dans le sang de Jésus.

 

Qu’est-ce que le cœur pour les anciens hébreux ?

Dans l’Ancien Testament, le mot « cœur » (lev) est bien plus souvent employé au sens métaphorique qu’au sens propre : ne pensons pas que les hébreux anciens aient ignoré jusqu’aux rudiments de l’anatomie humaine. Bien au contraire, ils avaient tellement compris la place centrale jouée par le myocarde dans notre corps qu’ils en ont fait le symbole de notre âme.

En effet pour les juifs comme pour beaucoup de peuples sémites, le sang est le véhicule de la vie (Lv 17, 11). C’est pourquoi ils refusent de manger une viande avant de l’avoir vidée de son sang (on comprend ainsi le sens des rituels d’abattage kasher et halal). Si le sang est le véhicule de la vie, alors le cœur en est la source.

Le cœur est donc presque au sens propre pour la Bible le siège non seulement de la vie du corps mais de la vie de l’âme, psychique et surnaturelle. On est bien au-delà de la métaphore, classique en poésie grecque. Pour la Bible le cœur est l’organe auquel Dieu s’adresse, celui qui peut entrer en contact avec le spirituel et le divin.

Le lieu intérieur de l’homme, siège de l’intelligence et de la volonté

Le cœur est ainsi le lieu intérieur de l’homme, opposé à ce qui lui est périphérique : la « chair » (Ps 73, 26), la « langue » (Ps 28, 3), le « visage »… Le cœur est le siège de l’activité intellectuelle : lieu de la pensée, du doute, de la foi, de la compréhension, de la mémoire, il peut être appesanti, ralenti, endurci comme celui de Pharaon.

Le cœur est également bien sûr le lieu de l’affect, il est tour à tour triste, joyeux, craintif, courageux, ému, rempli de désirs, de passion, de colère. Comme siège de la volonté, il délibère et décide, forme des projets. Il est ainsi le lieu de la conscience morale, à la rencontre de l’intelligence et de la volonté.

Le cœur est donc le lieu source du véritable culte de Dieu, de la confiance en lui, de la fidélité comme de l’apostasie et du péché. Dieu vient l’éprouver et le trouve « circoncis » ou non (Lv 26, 41). En tant que lieu de l’amour de Dieu et du prochain, le cœur deviendra dans le Nouveau Testament le temple du Saint-Esprit.

Le cœur de l’homme : le lieu de l’alliance dans l’Ancien Testament

L’exégèse américaine récente a redécouvert avec beaucoup de fruit la centralité de la notion d’alliance : elle est la clé à partir de laquelle on peut comprendre en profondeur le sens de l’histoire d’amour et de salut de Dieu avec le peuple d’Israël[1]Voir par exemple les ouvrages de Scott Hahn, John Bergsma, Brant Pitre….

Or si l’alliance prend forme dans des rituels matériels, se conclut par des sacrifices effectués à des endroits bien identifiés, Dieu révèle toutefois au fur et à mesure des siècles que le vrai lieu de l’alliance qu’il entend conclure avec l’humanité est le cœur.

En effet, dès la révélation du désert, Dieu parle au « cœur » d’Israël et lui demande de l’aimer de tout son cœur et d’y graver ses paroles (Dt 6, 4-6) – paroles qu’il vient de graver lui-même dans la pierre des tables de la loi. Ce précepte d’aimer Dieu de tout son cœur est au centre de toute la loi, Jésus le confirme et en fera le premier commandement (Mc 12, 30). Seulement l’alliance conclue avec Adam, puis Noé, puis Moïse… est invariablement rompue par l’incurie des hommes. Et cela continuera avec les Juges, Saül, David, Salomon et les rois… Au moment où Israël semble tombé au plus profond de la fosse, Dieu parle par les prophètes et annonce qu’il donnera une nouvelle alliance, une alliance spirituelle et qui durera pour toujours. Elle est prophétisée en particulier dans deux oracles célèbres, où la notion centrale est justement celle… du cœur ! Par la voix de Jérémie (Jr 31, 33) Dieu annonce qu’il mettra sa loi au-dedans des hommes et l’écrira sur leur cœur, qui devient ainsi le lieu de l’alliance nouvelle, comparable aux tables de pierre sur lesquelles le Seigneur avait d’abord inscrit le décalogue. Par la voix d’Ezéchiel, quelques années plus tard, Dieu promet de donner aux hommes un cœur nouveau, où il fera habiter un esprit nouveau, remplaçant leur cœur de pierre par un cœur de chair (Ez 36, 26). Ce cœur, siège de la nouvelle alliance sera unique, lieu d’union collective à Dieu de l’humanité renouvelée (Ez 11, 19). La nouvelle alliance annoncée par les prophètes, qui sera réalisée en Jésus, a donc un lieu nouveau et unique : le cœur de l’homme.

Le Sacré-Cœur, lieu de l’alliance nouvelle

À la lumière de cette caractérisation du cœur dans l’Ancien Testament, on comprend mieux la profondeur de la dévotion catholique au Sacré-Cœur de Jésus. Il ne s’agit assurément pas d’une déviation doloriste ou dix-neuviémiste. Le cœur dans l’Ancien Testament est le lieu de l’engagement de toute la personne, le lieu de l’intelligence et de l’amour, le lieu privilégié du contact avec Dieu, et surtout le lieu de l’alliance. Le Sacré-Cœur est en fait ainsi le siège de cette alliance renouvelée, puisqu’il est le cœur de l’homme nouveau, du nouvel Adam. En effet cette alliance nouvelle et éternelle est scellée dans le sang du Christ, librement versé pour l’humanité, elle s’épanche ainsi du cœur ouvert de Jésus en croix. Le Sacré-Cœur est à la fois sa source toujours jaillissante, son siège pour l’éternité.

 Le cœur était le véritable lieu de l’alliance dans l’Ancien Testament – le Sacré-Cœur est le lieu de l’alliance renouvelée en Jésus dans le Nouveau Testament.

Le mot « coeur » est employé par la Bible tant pour désigner le cœur de l’homme que le cœur de Dieu. Ce double emploi éclaire les richesses de la dévotion au Sacré-Cœur : Jésus étant homme et Dieu, on peut attribuer à son cœur sacré tant les propriétés du cœur divin que celles d’un cœur humain. Le Sacré-Cœur est donc un organe physique bien réel, un muscle qui bat aujourd’hui encore et qui est le principe vital de l’humanité de Notre Seigneur, l’instrument indispensable de notre salut et le lieu de l’alliance nouvelle et éternelle. C’est donc à bon droit, en raison de l’union hypostatique, que l’on parle de « Sacré-Cœur ». Mais à la lumière de ces éclairages bibliques, le Sacré-Cœur est aussi le symbole de l’amour infini et insondable de Dieu pour nous, amour manifesté dans une alliance sans cesse renouvelée avec l’humanité, jusqu’au don total de Jésus pour nous.

Le Sacré-Cœur, symbole de l’amour infini de Dieu

Cet amour infini du cœur de Dieu est enfin manifesté dans toute sa tendresse par la prophétie d’Osée : « Quand Israël était enfant, je l’aimai, et dès l’Égypte, j’ai adressé des appels à mon fils. » (Os 11, 1) ; « Je guérirai leur infidélité, je les aimerai de bon cœur ; car ma colère s’est retirée d’eux. » (Os 14, 5). On retrouve ces accents de tendresse immense dans le célèbre oracle d’Isaïe : « Une femme oubliera-t-elle son nourrisson, n’aura-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand même les mères oublieraient, moi, je ne t’oublierai point ! » (Is 49, 15).

Références

Références
1 Voir par exemple les ouvrages de Scott Hahn, John Bergsma, Brant Pitre…
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