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La vertu des vacances

Entre juillet et août, c’est le traditionnel week-end des grands départs en vacances, du chassé-croisé : mais peut-on partir chrétiennement en vacances ?

Il souffle, en ce début du mois d’août, comme un petit vent de liberté qui revient chaque année… « Juilletistes » et « aoûtiens » se croisent sur les autoroutes, pour le plus grand bonheur de notre bison futé national, qui retrouve chaque année au cœur de l’été le sens de son existence. Les coeurs sont légers, l’école terminée depuis longtemps, le travail laissé de côté pour quelques temps… Beaucoup prennent ou rejoignent la route des vacances.

La vertu des vacances

N’ayons pas de scrupules à prendre des vacances : les vacances, c’est chrétien, c’est même très vertueux. Saint Thomas d’Aquin, que l’on prend toujours pour quelqu’un de très sérieux, écrivait ainsi : « ceux qui refusent de se distraire, qui ne racontent jamais de plaisanteries et rebutent ceux qui en disent, ceux-là sont vicieux, pénibles et mal élevés ».[1]Somme théologique, IIa IIae, q. 168, a. 4

Ceux qui refusent de se distraire sont vicieux : autrement dit, l’art de la distraction, du repos, de la détente, cet art est une vertu. Et une vertu qui porte le doux nom d’eutrapélie !

Eutrapélie ! retenons bien ce mot. Pas simplement pour étaler notre science lors d’un dîner… de vacances. Mais aussi et surtout parce que c’est une vertu capitale, réaliste, essentielle : la vertu de la détente, la vertu des vacances.

Car nous ne sommes pas des purs esprits flottants dans les airs ; nous sommes incarnés, inscrits dans le temps, dans la durée, sujets à la fatigue, à la pression : nous avons besoin de détente. Saint Thomas prend ainsi l’image de l’arc : si l’on tire sans s’arrêter jamais, l’arc finira par casser : il continue ainsi :  « Le repos de l’esprit, c’est le plaisir. C’est pourquoi il faut remédier à la fatigue de l’esprit en s’accordant quelque plaisir. L’esprit de l’homme se briserait s’il ne se relâchait jamais de son application. Cela s’appelle divertissements ou récréations, le jeu, les plaisanteries. Il est donc nécessaire d’en user de temps à autre pour donner à l’esprit un certain repos. »

La détente est légitime. L’amusement, la légèreté, le rire, les activités simples et amusantes entre amis : tout cela est nécessaire, tout cela est vertueux, tout cela est chrétien. Le christianisme est une religion de la joie et de l’équilibre. Il faut savoir se distraire !!

« Le sommeil est l’ami de Dieu »

Précisons cependant une chose : toute vertu est un juste milieu, un sommet entre deux précipices. Le premier précipice, la première erreur, c’est l’absence d’eutrapélie, l’incapacité à lâcher prise, à se reposer quand on l’a mérité : c’est souvent le signe d’un orgueil : « les choses ne peuvent pas tourner sans moi, je suis indispensable » ; ou d’un manque de confiance. Charles Péguy parlait ainsi du courage de ne rien faire, de se détendre, de se reposer : « Je n’aime pas celui qui ne dort pas, dit Dieu. Le sommeil est l’ami de l’homme. Le sommeil est l’ami de Dieu. Et moi-même je me suis reposé le septième jour. Or on me dit qu’il y a des hommes qui travaillent bien et qui ne dorment pas. Ils ont le courage de travailler. Ils n’ont pas le courage de ne rien faire. De se détendre. De se reposer. De dormir. Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour. Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit. Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit… Comme si plus d’un, qui avait laissé ses affaires très mauvaises en se couchant, ne les avait pas trouvées très bonnes en se levant, parce que peut-être j’étais passé par là. »

Mais à consommer avec modération

L’autre précipice, c’est, évidemment, l’excès d’eutrapélie. Le mot vacances signifie : faire le vide, être vide ; quand un siège est vacant, c’est quand il est vide. Alors oui, il est bon de faire le vide de ses soucis, de ses activités professionnelles, du rythme quotidien : mais la nature a horreur du vide, et la paresse n’est jamais une bonne alliée. Si nous partons en vacances en nous disant : « je ne vais rien faire de mes journées, » farniente, soyez certains que le démon trouvera de quoi vous occuper, et ce ne sera pas joli. La détente se prépare, la détente s’organise, c’est pour cela d’ailleurs, que c’est une vertu ! Savoir se reposer sainement s’apprend. Qu’est-ce que j’ai prévu pour mes vacances ? Est-ce que je pars avec un objectif, un ou plusieurs livres à lire, un projet sympathique à achever, un défi à relever ?

Le signe de la vraie eutrapélie : la joie

Et puis le critère d’une bonne détente, c’est la joie. Or l’excès ne mène jamais à la joie. L’excitation, le « lâchage total », s’accompagne souvent d’un oubli de Dieu et de notre vie chrétienne. L’intempérance (excès de boissons, de soirées prolongées, manque de sommeil, vulgarité, relations ambiguës) n’a jamais comblé personne. Si tous les efforts que vous avez faits pendant l’année, si toutes les vertus que vous avez fait grandir en vous, si tout cela est balayé dès la première semaine sur la plage ou entre amis, quel dommage ! Car alors nous ne trouverez pas la joie de vacances, mais un vide profond.

Ma joie, c’est Dieu

De bonnes vacances sont des vacances cohérentes avec ma vie intérieure de chrétien. Si ce n’est pas que cas, c’est peut-être parce que je considère Dieu et les choses de Dieu comme des obligations, qui disparaissent donc allègrement avec la liberté estivale… Mais Dieu n’est pas une obligation : Dieu, c’est ma joie, et cette joie va partout où je vais. Dieu est l’ami : les vacances ne sont-elles pas justement l’occasion de retrouver nos amis ?

Si les vacances nous semblent si désirables, n’est-ce pas parce qu’elles sont comme un avant-goût du Ciel ? Nous œuvrons, sur la terre, nous œuvrons sur nous même, nous peinons et nous travaillons : mais tout cela est orienté vers les seuls vraies vacances qui nous comblerons vraiment ; ce « camp de repos et de joie »[2]Père Jacques Sevin, Prière des chefs, le lieu de la détente absolue, pour le corps et pour l’âme, ou notre être fatigué mais heureux, si heureux, pourra se reposer pour l’éternité : les vacances éternelles faites de joie et d’amitié, pour lesquelles, nous nous donnons rendez-vous dans la communion des saints.

Références

Références
1 Somme théologique, IIa IIae, q. 168, a. 4
2 Père Jacques Sevin, Prière des chefs
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