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Enquête sur les reliques de la Passion bonus : La surprise du matin de Pâques

Nous terminons notre série sur les reliques de la Passion en ce matin de Pâques en accompagnant les saintes femmes et les Apôtres au tombeau vide.
« Levant les yeux, elles aperçurent que la pierre avait été roulée de côté ; elle était en effet fort grande. Entrant alors dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur » (Mc 16, 4-5).
 

Le Golgotha, le crâne et le tombeau

Une ancienne carrière de pierre, située à environ 45 mètres des murs de Jérusalem, avait été en activité du septième au premier siècle avant notre ère : on en avait extrait les moellons des murs de la ville. Le lieu, transformé en jardin à l’époque du Christ, gardait toutefois de son passé une étrange trace : un rocher aux formes étranges, ressemblant de loin à un crâne, dominait l’ensemble. D’où le nom donné à la colline par les locaux : Golgotha ou Gulgota, en araméen « lieu du crâne ».

38 mètres seulement séparent le Golgotha du tombeau supposé du Christ : une nécropole s’étendait en effet sur une partie de l’ancienne carrière. Les Juifs avaient en effet pour coutume de se faire enterrer le plus près possible des murs de la ville sainte, afin de se trouver aux premières loges lors de la venue du Messie, dont les pieds se poseront sur le Mont des Oliviers (Za 14, 4). Leurs tombeaux étaient des cavités taillées à même la roche. L’un de ceux qui occupaient le jardin situé à l’ouest de la porte d’Ephraïm, entourant le « crâne », était un tombeau neuf, appartenant à Joseph d’Arimathie. Ce dernier, pharisien et membre du Sanhédrin (le haut-conseil de la nation juive, réunissant des prêtres et dignitaires et traitant directement avec les Romains), suivait l’enseignement de Jésus en secret. On découvrit en 1884 une tombe du premier siècle près de la porte de Damas (nord de la vieille ville), qui donne une idée de ce à quoi pouvaient ressembler les sépultures de l’époque. Celui qui le découvrit, le britannique Charles Gordon, affirmait même qu’il s’agissait du tombeau du Christ ! Il se composait de deux salles en enfilade : le vestibule et la chambre funéraire. Les corps n’étaient alors pas ensevelis dans un cercueil mais couchés dans des alcôves creusées à même le rocher. Une fois leur décomposition achevée, les os étaient transférés dans un ossuaire, recueillis dans le linceul qui avait entouré le cadavre depuis son embaumement et son inhumation. Les tombeaux étaient ainsi utilisés et réutilisés successivement par un certain nombre de maccabées, à des années de distance.

Les premiers pèlerinages et les malheurs de la ville sainte

On peut imaginer que les lieux de la crucifixion et de l’ensevelissement de Jésus sont rapidement devenus des sites de mémoire et de pèlerinage dans les premiers temps de l’Église de Jérusalem.

Le paysage urbain de Jérusalem a notablement changé : le tracé des murs de la vieille ville s’est déplacé, l’itinéraire actuel de la Via dolorosa ne peut être celui qu’emprunta le Christ. En effet, les Romains réprimèrent la rébellion juive des années 66-70 dans un terrible bain de sang que décrit en détail Flavius Josèphe (qui compte jusqu’à un million de morts – chiffre certainement exagéré, tout comme celui de Tacite qui dénombre 600000 victimes). La ville fut l’objet d’un siège cruel et finit par tomber au printemps 70. Les légions de Titus la rasèrent totalement, y compris le magnifique temple bâti par Hérode. L’empereur Hadrien ordonna en 130 la reconstruction sur l’emplacement de la cité sainte des Juifs d’une ville nouvelle, sur le modèle hellénistique, appelée Aelia Capitolina en l’honneur de Jupiter Capitolin. Cet affront, très mal vécu par la population encore présente fut à l’origine d’une nouvelle révolte à partir de l’an 132, sous la direction d’un certain Simon bar Kokhba, en qui de nombreux Juifs crurent reconnaître le messie. Toutefois, comme en l’an 66, les Judéo-chrétiens refusèrent de prendre part à ces soulèvements. L’entreprise était sans espoir, et fut une nouvelle fois écrasée. La peine s’en trouva renforcée : dispersion des Juifs dans l’empire, interdiction de mettre le pied à Jérusalem sous peine de mort, établissement sur place d’une colonie romaine. Un nouvel édifice dédié à Jupiter fut érigé sur le mont du Temple, et un lieu de culte en l’honneur de Vénus recouvrit le Golgotha. Certains Juifs et Judéo-chrétiens demeurèrent toutefois à proximité de la cité, notamment sur le mont Sion (au sud des murs) ; les Pagano-chrétiens (d’origine non-juive) conservèrent quant à eux le droit d’habiter intra muros. Les lieux rattachés à la vie du Christ et à sa Passion demeurèrent dans la mémoire chrétienne. Lors de son passage sur place en 160, Méliton de Sardes rapporte qu’on lui fit visiter ces lieux saints, de même pour Origène vers 215-230.

L’exhumation du tombeau vide

À l’époque du concile de Nicée (325), on put donc affirmer à Constantin que les chrétiens étaient encore bien capables de localiser les principaux sites de la vie du Messie. L’empereur envoya donc sa mère – Hélène – fouiller et exhumer les lieux saints : sous l’emplacement du temple de Vénus on découvrit une nécropole du premier siècle, dont une seule tombe ne comportait aucun reste humain, qui semblait n’avoir été utilisée qu’une fois. On en conclut alors qu’elle avait dû avoir une importance particulière, puisqu’elle n’avait jamais été réutilisée. À la demande de Constantin, on fit alors construire une grande basilique à proximité du Golgotha et du tombeau, trois fois plus grande que l’église actuelle, au cœur de laquelle se trouvait un jardin où l’on pouvait encore voir le rocher du « crâne. » Un important sanctuaire avait été érigé au-dessus du tombeau, abrité sous un dôme dont les architectes s’étaient inspirés du Panthéon de Rome. Les pèlerins de la ville sainte aux IVe, Ve et VIe siècle (Égérie, pèlerine espagnole vers 380, le pèlerin anonyme de Bordeaux en 333) nous ont laissé des témoignages de leurs visites au Saint-Sépulcre. L’invasion perse de 614 entraîna malheureusement la destruction de tous les édifices chrétiens de la ville, y compris le splendide complexe basilical de Constantin. L’empereur Héraclius lança la reconstruction de l’édifice, peu après la reconquête byzantine mais sur une échelle plus modeste. Les musulmans qui prirent bientôt la ville (638) respectèrent longtemps la nouvelle église recouvrant le tombeau du Christ, jusqu’en 1009, année où le fanatique calife al-Hakim ordonna la destruction de tous les lieux de culte chrétiens. L’interdiction faite en 1072 par les Turcs Seldjoukides aux pèlerins d’entrer dans la ville sainte, et les persécutions qui s’ensuivirent, furent le feu mis aux poudres des croisades. Après la prise de Jérusalem par Godefroi de Bouillon, le 15 juillet 1099, on érigea la nouvelle église, qui subsiste encore sur le tombeau du Christ. Souvent menacée mais jamais détruite, fragilisée mais toujours consolidée, en dépit de la complexe répartition des chapelles qui la composent, cette basilique unique est aujourd’hui encore le cœur battant du christianisme, réunissant entre ses vieux murs les vestiges du double mystère de la Passion et de la Résurrection du Seigneur.

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