Le Pr. John Bergsma, ancien pasteur protestant, converti au catholicisme, docteur en Écriture Sainte de l’Université Notre-Dame (Indiana), professeur de théologie à la Franciscan University de Steubenville (Ohio), auteur de nombreux ouvrages, nous fait l’honneur et l’amitié d’une série d’articles sur l’Évangile de saint Jean.
La purification du Temple, annonce du dernier signe
L’histoire suivante que nous allons examiner n’est pas un signe, mais nous voulons l’étudier rapidement, car elle va nous préparer au septième signe de l’évangile selon saint Jean. Après les noces de Cana, Jésus monte à Jérusalem et purifie le Temple :
Or la Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le temple les marchands de bœufs, de brebis, et de colombes, et les changeurs assis. Et ayant fait un petit fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, avec les brebis et les bœufs ; il jeta par terre l’argent des changeurs, et renversa leurs tables. Et il dit aux vendeurs de colombes : « Enlevez cela d’ici ; ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Les disciples se ressouvinrent alors qu’il est écrit : « Le zèle de votre maison me dévore. » Les Juifs prenant la parole lui dirent : « Quel signe nous montrez-vous, pour agir de la sorte ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. » Les Juifs repartirent : « C’est en quarante-six ans que ce temple a été bâti…»
En réalité, les Juifs n’avaient pas encore terminé la construction du Temple, car cette conversation se déroule vers les années 27–28 apr. J.-C. Ils y travaillaient depuis 46 ans, et il leur faudrait encore 38 ou 39 ans pour l’achever, soit vers l’an 66. Il ne resta debout que pendant quatre ans, jusqu’à ce que les Romains le réduisent en cendres en l’an 70.
Mais Jésus ne parlait pas du Temple de pierre : « Il parlait du temple de son corps » (Jn 2,21). Ainsi, le signe que Jésus leur donnera pour manifester l’autorité par laquelle il purifie le Temple sera le relèvement du temple de son corps, après qu’ils l’auront détruit. Dès le début de l’Évangile selon Jean, nous avons ici déjà une annonce de ce que sera son septième et dernier signe : la mort et la résurrection de Jésus.
L’Évangile nous prépare à y reconnaître le dernier signe : c’est important, car lorsque nous arrivons à la fin de l’Évangile de Jean, aucun verset des chapitres 19 ou 21 ne qualifie explicitement la mort et la résurrection de « signe ». Or à ce moment-là nous n’avons plus besoin qu’on nous le précise, puisque nous avons déjà été avertis dès le début de nous attendre à ce que ce soit le dernier signe.
Jésus, le véritable époux
Le thème de Jésus comme époux, que nous avons vu aux noces de Cana, se poursuit au chapitre 3, où Jésus explique à Nicodème qu’un homme doit « naître de nouveau » par « l’eau et l’Esprit » afin « d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3-5). Ce dialogue s’inscrit comme une suite des noces de Cana. Comment le Nouvel Adam et la Nouvelle Ève, que nous avons vus au mariage, donneront-ils naissance à des enfants ? Pas de manière naturelle, mais « par l’eau et l’Esprit », c’est-à-dire par le baptême. Pourtant Nicodème ne peut pas encore le comprendre.
Jésus part ensuite parcourir la Judée, prêchant et laissant ses disciples baptiser. Jean-Baptiste entend parler du ministère de Jésus, qui attire désormais plus de disciples que le sien. Mais Jean n’est pas jaloux : il appelle Jésus « l’époux » et se compare lui-même à un garçon d’honneur. Le garçon d’honneur se réjouit pour l’époux et est prêt à s’effacer.
La rencontre de la Samaritaine
Les thèmes nuptiaux se poursuivent dans le chapitre suivant, où Jésus rencontre une femme de Samarie. En traversant cette région, il s’assoit près d’un puits. Dès qu’il le fait, nous savons qu’une femme va apparaître, car c’est ce qui semble toujours arriver dans l’Ancien Testament : Isaac, Jacob et Moïse ont tous rencontré leur future épouse près d’un puits ! (voir Gn 24, 29 ; Ex 2). Et effectivement, une femme arrive.
Jésus lui demande alors à boire. Cela nous rappelle l’épisode de Gn 24, où le serviteur d’Abraham demanda à Rébecca de lui donner à boire afin de savoir si Dieu la destinait à devenir l’épouse d’Isaac. La Samaritaine s’étonne que Jésus, un Juif, lui demande à boire, et une conversation s’engage entre eux.
À un moment donné, Jésus promet qu’il peut lui donner une « eau vive ». Il rappelle encore ainsi Jacob, qui avait abreuvé tout le troupeau de Rachel lorsqu’il l’avait rencontrée pour la première fois au puits. D’ailleurs, le puits où Jésus parlait avec cette femme était connu sous le nom de « puits de Jacob ».
Puis Jésus aborde explicitement le sujet du mariage en disant à la femme d’aller chercher son mari. Cela fait surgir le passé personnel — assez compliqué — de cette femme, et après un échange théologique, Jésus la stupéfie en affirmant être le Messie : « Je le suis, moi qui vous parle. » (Jn 4, 26) !
Bouleverée, elle retourne à la ville et invite les habitants à venir rencontrer cet étonnant prophète juif. Les gens viennent, écoutent l’enseignement de Jésus et, après deux jours, ils sont convaincus et en viennent à croire qu’il est véritablement le Messie ! (vv. 39-41).
Le sens de cette histoire dans Jn 4 n’est pas d’insinuer l’existence une relation ambigüe entre Jésus et la Samaritaine : cette femme était plutôt un symbole du peuple samaritain dans son ensemble. Les Samaritains étaient les derniers descendants survivants des dix tribus du nord d’Israël. Selon le prophète Osée, ces tribus étaient « l’épouse » de Dieu. Et bien qu’elles aient été infidèles à leur époux divin, Osée avait annoncé que Dieu reviendrait pour les « épouser » de nouveau (voir Osée 2, 4-23).
Or Jésus est justement Dieu, qui revient vers les derniers descendants d’Israël, les invitant à « se remarier » avec lui, à revenir à lui dans l’amour…
Lisez aussi : Introduction à la Genèse (L’intelligence des Ecritures, épisode 04)
Du Temple au puits
Le Pr. John Bergsma, ancien pasteur protestant, converti au catholicisme, docteur en Écriture Sainte de l’Université Notre-Dame (Indiana), professeur de théologie à la Franciscan University de Steubenville (Ohio), auteur de nombreux ouvrages, nous fait l’honneur et l’amitié d’une série d’articles sur l’Évangile de saint Jean.
La purification du Temple, annonce du dernier signe
L’histoire suivante que nous allons examiner n’est pas un signe, mais nous voulons l’étudier rapidement, car elle va nous préparer au septième signe de l’évangile selon saint Jean. Après les noces de Cana, Jésus monte à Jérusalem et purifie le Temple :
En réalité, les Juifs n’avaient pas encore terminé la construction du Temple, car cette conversation se déroule vers les années 27–28 apr. J.-C. Ils y travaillaient depuis 46 ans, et il leur faudrait encore 38 ou 39 ans pour l’achever, soit vers l’an 66. Il ne resta debout que pendant quatre ans, jusqu’à ce que les Romains le réduisent en cendres en l’an 70.
Mais Jésus ne parlait pas du Temple de pierre : « Il parlait du temple de son corps » (Jn 2,21). Ainsi, le signe que Jésus leur donnera pour manifester l’autorité par laquelle il purifie le Temple sera le relèvement du temple de son corps, après qu’ils l’auront détruit. Dès le début de l’Évangile selon Jean, nous avons ici déjà une annonce de ce que sera son septième et dernier signe : la mort et la résurrection de Jésus.
L’Évangile nous prépare à y reconnaître le dernier signe : c’est important, car lorsque nous arrivons à la fin de l’Évangile de Jean, aucun verset des chapitres 19 ou 21 ne qualifie explicitement la mort et la résurrection de « signe ». Or à ce moment-là nous n’avons plus besoin qu’on nous le précise, puisque nous avons déjà été avertis dès le début de nous attendre à ce que ce soit le dernier signe.
Jésus, le véritable époux
Le thème de Jésus comme époux, que nous avons vu aux noces de Cana, se poursuit au chapitre 3, où Jésus explique à Nicodème qu’un homme doit « naître de nouveau » par « l’eau et l’Esprit » afin « d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3-5). Ce dialogue s’inscrit comme une suite des noces de Cana. Comment le Nouvel Adam et la Nouvelle Ève, que nous avons vus au mariage, donneront-ils naissance à des enfants ? Pas de manière naturelle, mais « par l’eau et l’Esprit », c’est-à-dire par le baptême. Pourtant Nicodème ne peut pas encore le comprendre.
Jésus part ensuite parcourir la Judée, prêchant et laissant ses disciples baptiser. Jean-Baptiste entend parler du ministère de Jésus, qui attire désormais plus de disciples que le sien. Mais Jean n’est pas jaloux : il appelle Jésus « l’époux » et se compare lui-même à un garçon d’honneur. Le garçon d’honneur se réjouit pour l’époux et est prêt à s’effacer.
La rencontre de la Samaritaine
Les thèmes nuptiaux se poursuivent dans le chapitre suivant, où Jésus rencontre une femme de Samarie. En traversant cette région, il s’assoit près d’un puits. Dès qu’il le fait, nous savons qu’une femme va apparaître, car c’est ce qui semble toujours arriver dans l’Ancien Testament : Isaac, Jacob et Moïse ont tous rencontré leur future épouse près d’un puits ! (voir Gn 24, 29 ; Ex 2). Et effectivement, une femme arrive.
Jésus lui demande alors à boire. Cela nous rappelle l’épisode de Gn 24, où le serviteur d’Abraham demanda à Rébecca de lui donner à boire afin de savoir si Dieu la destinait à devenir l’épouse d’Isaac. La Samaritaine s’étonne que Jésus, un Juif, lui demande à boire, et une conversation s’engage entre eux.
À un moment donné, Jésus promet qu’il peut lui donner une « eau vive ». Il rappelle encore ainsi Jacob, qui avait abreuvé tout le troupeau de Rachel lorsqu’il l’avait rencontrée pour la première fois au puits. D’ailleurs, le puits où Jésus parlait avec cette femme était connu sous le nom de « puits de Jacob ».
Puis Jésus aborde explicitement le sujet du mariage en disant à la femme d’aller chercher son mari. Cela fait surgir le passé personnel — assez compliqué — de cette femme, et après un échange théologique, Jésus la stupéfie en affirmant être le Messie : « Je le suis, moi qui vous parle. » (Jn 4, 26) !
Bouleverée, elle retourne à la ville et invite les habitants à venir rencontrer cet étonnant prophète juif. Les gens viennent, écoutent l’enseignement de Jésus et, après deux jours, ils sont convaincus et en viennent à croire qu’il est véritablement le Messie ! (vv. 39-41).
Le sens de cette histoire dans Jn 4 n’est pas d’insinuer l’existence une relation ambigüe entre Jésus et la Samaritaine : cette femme était plutôt un symbole du peuple samaritain dans son ensemble. Les Samaritains étaient les derniers descendants survivants des dix tribus du nord d’Israël. Selon le prophète Osée, ces tribus étaient « l’épouse » de Dieu. Et bien qu’elles aient été infidèles à leur époux divin, Osée avait annoncé que Dieu reviendrait pour les « épouser » de nouveau (voir Osée 2, 4-23).
Or Jésus est justement Dieu, qui revient vers les derniers descendants d’Israël, les invitant à « se remarier » avec lui, à revenir à lui dans l’amour…
Lisez aussi : Introduction à la Genèse (L’intelligence des Ecritures, épisode 04)