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Dieu, la science, les preuves

Le succès en librairie de Dieu, la science, les preuves par Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies a réveillé le débat apologétique – la défense de la foi – et en particulier sur la question de l’existence de Dieu. L’événement paraît providentiel, alors qu’un sondage de septembre 2021 affirmait pour la première fois qu’une majorité de français (51%) déclare ne pas croire en Dieu.

Lire aussi : notre compte-rendu de la réponse du P. François Euvé, sj. : La science, l’épreuve de Dieu.

Un livre qui réveille l’apologétique francophone

L’ouvrage, déjà plusieurs fois réimprimé, est un beau volume de 580 pages, fruit de plusieurs années de travail et publié sous un format agréablement présenté et illustré. Une première partie présente des avancées scientifiques récentes (XXème et XXIème siècle) qui conduiraient à revoir l’athéisme de principe de la communauté scientifique : la théorie de la mort thermique de l’univers, celle de sa formation par le Big Bang, le principe anthropique – le réglage minutieux des données permettant l’éclosion de la vie, et le saut qualitatif représenté par l’apparition du vivant. Après avoir recensé en outre l’opinion d’un certain nombre de savants célèbres, les auteurs présentent en sus des preuves « hors science » : des vérités difficiles à atteindre par l’homme et contenues dans la Bible, la concordance des prophéties, la question de la personne de Jésus, le destin du peuple juif, le miracle du soleil à Fatima. Après un retour conclusif sur les arguments matérialistes, les auteurs concluent à leur irrationalité et affirment la validité de leurs preuves de l’existence de Dieu.

Sa publication a suscité un certain engouement dans le monde catholique français, avec les congrès Mission de l’automne, on peut y voir un signe heureux que toute ambition missionnaire n’est pas abandonnée.

Une démarche qui suscite des réserves

Certaines critiques ont toutefois été apportées dans des revues sérieuses par des auteurs dont les réserves méritent d’être considérées.

  • Un premier bémol dénonce dans la volonté de prouver Dieu par la science une adhésion implicite au scientisme : on semble alors croire que la science a réponse à tout. En voulant prendre les armes de l’adversaire pour lui répondre plus efficacement, on s’empêche en effet de choisir le terrain de l’argumentation et l’on risque d’entrer trop profondément dans un système de pensée faussé
  • La deuxième critique voit dans cette entreprise une résurgence de concordisme – la volonté de justifier la Bible par la science, le supérieur par l’inférieur, qui revient à en fragiliser l’autorité, avec le risque que la remise en cause d’une théorie scientifique vienne saper les bases du dogme révélé. Or en argumentant sur le terrain des sciences expérimentales, on ne peut s’appuyer que sur des théories, toujours susceptibles par conséquent d’être dépassées.

La démarche semble ainsi négliger la place nécessaire de la philosophie comme intermédiaire entre la foi et les sciences expérimentales dans la hiérarchie des sciences de saint Thomas d’Aquin. Selon l’Aquinate en effet la philosophie seule – et précisément la métaphysique, la discipline qui étudie l’être en tant qu’être – peut atteindre à l’existence de Dieu. Dieu n’est pas sujet de cette science, mais il peut être connu en tant que principe de son sujet.

Alors faut-il tout abandonner et se restreindre à n’utiliser en toute démarche apologétique que des arguments métaphysiques, dont l’efficacité dans le contexte actuel semble limitée ? Nos contemporains paraissent souvent bien incapable de tels raisonnements, et sont au contraire souvent arc-boutés sur des objections scientifiques assez sommaires (« Dieu n’existe pas parce qu’il y a la théorie de l’évolution…, parce qu’il y a le Big Bang… »).

En quel sens la « science » peut-elle parvenir à Dieu ?

Certaines opinions plus nuancées ont été exprimées à propos de l’ouvrage de MM. Bolloré et Bonnassies. Il y a souvent malentendu sur le sens du mot « science » : au sens moderne, le terme désigne des disciplines expérimentales qui ne peuvent statuer sur l’origine ultime du monde dont elles cherchent à percer les lois. Les sciences dures ne trouveront jamais Dieu, ni dans leur micro, ni dans leur téléscope. Cependant les données apportées par ces sciences peuvent nourrir le raisonnement philosophique, apte en droit, lui, à démontrer l’existence de Dieu. Saint Thomas d’Aquin n’aurait probablement pas refusé une telle utilisation de conclusions expérimentales en métaphysique : c’est bien le mécanisme – l’induction – par lequel il initie ses fameuses preuves rationnelles de l’existence de Dieu, la première voie à partir de la constatation de l’existence du mouvement dans le monde, ou encore la cinquième à partir de l’observation de la finalité, dont on pourrait dire que le « principe anthropique » de MM. Bolloré et Bonnassies est comme le pendant, version XXIème siècle. À la suite d’Aristote, la démarche de saint Thomas est en effet profondément réaliste : or c’est justement les sciences dites « dures » qui sont le point de contact de la philosophie avec le réel, le tangible.

Il faut cependant rester humble en la matière, et conscient que l’utilisation dans un raisonnement philosophique de prémisses issues de sciences inférieures peut fragiliser sa conclusion. Fragilité du point de vue de la validité rationnelle de l’argument, certes, mais force de frappe démultipliée du point de vue de sa capacité à convaincre les esprits amétaphysiques de nos contemporains.

La foi est un don gratuit, mais sa crédibilité peut être soutenue par de bons arguments

C’est pourquoi, après l’agréable lecture de Dieu, la science, les preuves, on sera intéressé par les diverses nuances apportées, mais on voudrait ne pas perdre pour autant le bel enthousiasme qui anime l’ouvrage et qui se communique avec abondance à celui qui y trouve des motifs renouvelés de crédibilité pour sa foi, des arguments nouveaux et frappants dans le dialogue avec l’athéisme partout régnant, et même – pourquoi pas – des lumières contemplatives pour reconnaître dans l’ordre tellement admirable du créé la marque de la bonté infinie de Dieu et de son amour fou pour l’homme. Sans perdre de vue que la foi est don absolument gratuit, une grâce au sens fort du terme, qui ne peut être provoquée par nos propres efforts, on trouvera avec bonheur dans cet ouvrage et dans l’émulation intellectuelle suscitée par sa publication un souffle nouveau pour annoncer Dieu à notre monde qui en a tant besoin, et de nombreux arguments pour le lui rendre plus connaissable.

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