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Deux guérisons…

Le Pr. John Bergsma, ancien pasteur protestant, converti au catholicisme, docteur en Écriture Sainte de l’Université Notre-Dame (Indiana), professeur de théologie à la Franciscan University de Steubenville (Ohio), auteur de nombreux ouvrages, nous fait l’honneur et l’amitié d’une série d’articles sur l’Évangile de saint Jean. Il nous montre aujourd’hui comment les deuxième et troisième signes de Jésus dans le quatrième évangile (guérison du fils de l’officier royal et du paralytique de la Piscine probatique) annoncent l’institution des deux sacrements de la guérison (de l’âme). 

La guérison du fils de l’officier royal (Jn 4)

À la fin du chapitre 4 de l’Évangile selon saint Jean, nous trouvons le récit du deuxième signe accompli par Jésus. Une fois encore, ce signe se déroule à Cana, ville située sur les rives de la mer de Galilée. Un officier royal s’y trouve, qui quitte la ville pour aller trouver Jésus et le supplier de guérir son fils mourant.

Jésus lui dit : « Va, ton fils vivra. » L’officier retourne chez lui et découvre que son fils a été guéri à l’instant même où Jésus avait prononcé cette parole de guérison. Ainsi, « il crut, lui et toute sa maison. Tel fut le deuxième signe que Jésus accomplit après être revenu de Judée en Galilée. »

Nous voyons ici un lien avec le sacrement de l’onction des malades. Il était autrefois appelé les « Derniers Sacrements » ou l’« Extrême-Onction » (du latin ultima unctio, « dernière onction »). Cependant il convient de le recevoir chaque fois qu’une personne est gravement malade, car ce sacrement ne guérit pas seulement l’âme en vue de la vie éternelle, mais peut aussi apporter une guérison corporelle.

Un signe qui annonce l’onction des malades

Remarquons les parallèles entre ce deuxième signe et le sacrement de l’onction des malades. Le fils de l’officier est gravement malade. Son père dit à Jésus : « Descends avant que mon enfant ne meure. » C’est précisément la situation habituelle lorsqu’une personne demande à recevoir l’onction des malades. Ensuite, c’est la parole de Jésus qui lui rend la santé.

Ce que nous voyons ici, c’est la puissance de Jésus, capable de rendre la vie à ceux qui s’approchent de la mort. C’est là le lien fondamental avec le sacrement de l’onction des malades, puisque ce sacrement a pour but de communiquer cette même puissance du Christ afin d’apporter la guérison de l’âme et du corps.

La comparaison n’est pas parfaite, car le sacrement comporte une onction d’huile, tandis que Jésus n’utilise pas d’huile dans ce miracle. Mais notre propos n’est pas de dire que chacun des signes de Jésus dans l’évangile de saint Jean soit l’exacte institution de l’essence (matière et forme) de chaque sacrement. Il s’agit plutôt de montrer que sa puissance salvifique manifestée dans ces sept signes se prolonge ensuite dans les sacrements.

La matière et la forme précises du sacrement de l’onction des malades se sont développées très tôt dans l’histoire de l’Église. Saint Jacques décrit la manière dont la première communauté chrétienne mettait en œuvre la puissance de guérison du Christ :

L’un de vous est-il malade ? Qu’il appelle les anciens de l’Église ; qu’ils prient sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le malade, le Seigneur le relèvera ; et, s’il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés (Jc 5, 14-16). 

L’onction des malades est donc une pratique profondément biblique : lorsque nous faisons venir le prêtre (mot dérivé du grec presbyteros, « ancien »), celui-ci prie, donne l’onction et annonce le pardon des péchés. C’est ainsi que l’Église a continué à transmettre la puissance de guérison du Christ à ceux qui sont gravement malades ou proches de la mort, cette même puissance que nous contemplons dans le deuxième signe rapporté au chapitre 4 de saint Jean.

La guérison de la piscine de Bethesda (Jn 5)

Le troisième signe suit immédiatement au chapitre 5 de saint Jean. Il s’agit de la guérison du paralytique à la piscine de Bethesda (ou Bethzatha).

Ces piscines étaient réputées posséder des vertus curatives ; c’est pourquoi de nombreux malades et infirmes s’y rassemblaient. On croyait qu’un ange agitait les eaux et que la première personne qui y entrait ensuite était guérie.

Jésus s’y rend et rencontre un homme qui attendait depuis trente-huit ans au bord de la piscine dans l’espoir d’être guéri.

« Veux-tu être guéri ? » lui demande Jésus.

L’homme ne répond pas directement : « Je n’ai personne pour me plonger dans la piscine lorsque l’eau est agitée », dit-il.

Alors Jésus lui ordonne : « Lève-toi, prends ton grabat et marche. »

L’homme obéit et est immédiatement guéri.

Plus tard, Jésus le retrouve et lui dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire. »

Veux-tu être guéri ?

Jésus pose à cet homme une question d’une profondeur remarquable : « Veux-tu être guéri ? »

À première vue, nous nous disons : « La réponse est évidente ! Pourquoi cet homme attendrait-il depuis si longtemps au bord de cette piscine miraculeuse, sinon parce qu’il veut être guéri ? Bien sûr qu’il le veut ! »

Mais, en y réfléchissant davantage, une autre question nous vient : « Comment se fait-il qu’il soit là depuis trente-huit ans sans avoir jamais réussi à entrer le premier dans l’eau ? Y a-t-il un problème plus profond ? Un manque de volonté ? »

Car, après tout, on peut finir par s’habituer à vivre avec ses infirmités. Et je ne parle pas seulement des maladies physiques : cela est également vrai sur le plan psychologique et spirituel.

La maladie de cet homme est le signe de notre péché. Nous ressemblons à ces aveugles, ces boiteux et ces paralysés étendus autour de la piscine. Nos péchés nous aveuglent, nous rendent boiteux et nous paralysent spirituellement. Plus encore, nous finissons par nous habituer à nos péchés et à nos dysfonctionnements, au point de ne plus vraiment désirer changer.

Il nous arrive ainsi de revenir sans cesse au sacrement de pénitence, confessant toujours les mêmes fautes. Le problème n’est pas que le sacrement manque de puissance. Il peut arriver que le problème soit en nous : nous ne désirons pas réellement être guéris.

Lorsque Jésus demande à cet homme : « Veux-tu être guéri ? », il pose donc une véritable question.

Peut-être cet homme s’était-il accommodé de sa situation : il passait ses journées au soleil près de la piscine ; les passants avaient pitié de lui et déposaient quelques pièces dans sa coupe ; il n’avait pas à travailler. Peut-être s’était-il habitué à cette existence.

Il en va souvent de même pour nous. Nous nous habituons à nos désordres intérieurs ; nous finissons par les trouver confortables. Nous nous disons : « Je suis comme cela. Je ne veux pas changer. Je ne cherche pas une sainteté radicale. Je ne veux pas devenir un saint. La sainteté est exigeante ; les saints ont tant souffert pour le Christ ! Cela fait peur. Laissez-moi simplement vivre avec mes péchés et mes faiblesses. »

Pourtant Jésus nous adresse aujourd’hui encore cette même question : « Veux-tu être guéri ? »

Le signe de la pénitence

Le signe accompli ici par Jésus évoque le sacrement de pénitence.

Remarquons quelques parallèles.

Tout d’abord, il n’est pas nécessaire que cet homme entre de nouveau dans l’eau, comme ce serait le cas pour un baptême. C’est uniquement la parole de Jésus qui le guérit. De même, le sacrement de pénitence, que les Pères de l’Église appelaient un « second baptême », ne nous fait pas retourner dans l’eau du baptême ; c’est la parole du Christ, transmise par son ministre, qui nous relève.

Ensuite, à la fin du récit, Jésus lui dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire. » Cette parole laisse entendre que le péché était à la racine de son mal et que ses fautes lui ont été pardonnées.

Bien entendu, le péché n’est pas habituellement la cause directe de la maladie (cf. Jn 9, 2-3), même s’il peut parfois y avoir un lien (cf. Jn 5, 14).

Dans le confessionnal, le prêtre agit au nom du Christ. Il pardonne les péchés et nous invite à « aller désormais sans pécher ». Nous confessons nos fautes ; il nous donne des conseils pour éviter de retomber dans le péché. Nous exprimons notre acte de contrition ; il prononce l’absolution ; puis nous ressortons relevés, guéris et réconciliés.

La même puissance du Christ qui a guéri ce paralytique continue aujourd’hui encore d’agir dans le sacrement de pénitence.

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