Rechercher
Rechercher
Rechercher
Rechercher

Du pain pour 5000…

Giovanni Lanfranco, La multiplication des pains (1620-1625)

Le Pr. John Bergsma, ancien pasteur protestant, converti au catholicisme, docteur en Écriture Sainte de l’Université Notre-Dame (Indiana), professeur de théologie à la Franciscan University de Steubenville (Ohio), auteur de nombreux ouvrages, nous fait l’honneur et l’amitié d’une série d’articles sur l’Évangile de saint Jean. Il continue sa lecture avec le quatrième “signe” : la multiplication des pains.

 

Le quatrième signe : la multiplication des pains pour les cinq mille (Jn 6)

Après avoir guéri l’homme à Jérusalem, Jésus retourna vers le nord, sur les rives de la mer de Galilée, où des foules vinrent l’entendre enseigner. C’est alors qu’eut lieu un autre « signe ».

Tous ceux qui s’étaient rassemblés sur le flanc de la montagne pour écouter Jésus semblaient avoir faim. Jésus posa alors une question à l’apôtre Philippe :

« Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? »

Philippe répondit :

« Deux cents deniers ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive seulement un petit morceau. »

Un denier représentait environ le salaire d’une journée de travail. Si l’on transpose cela aujourd’hui, cela correspondrait peut-être à une soixantaine de dollars, soit le salaire journalier d’un ouvrier peu qualifié. Deux cents deniers représenteraient donc environ 12 000 dollars : il s’agit donc d’une somme considérable, destinée à nourrir une foule immense.

L’un de ses disciples, André, le frère de Simon Pierre, lui dit :

« Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons. Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? »

Jésus répondit :

« Faites asseoir les gens. »

Or il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Les hommes s’assirent donc ; ils étaient environ cinq mille.

Jésus prit alors les pains ; après avoir rendu grâce, il les distribua à ceux qui étaient assis. Il fit de même avec les poissons, autant qu’ils en voulurent.

Lorsqu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples :

« Ramassez les morceaux qui restent, afin que rien ne se perde. »

Ils les ramassèrent et remplirent douze paniers des morceaux provenant des cinq pains d’orge, restés en surplus après que tous eurent mangé.

À la vue du signe qu’il avait accompli, les gens dirent :

« Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde ! »

J’ai légèrement adapté la traduction habituelle afin de restituer davantage la vivacité du texte original.

“Banquet à volonté” : Jésus veut l’abondance

Devant une telle foule à nourrir lors d’un repas en plein air, on s’attendrait à ce que Jésus et les apôtres appliquent ce que, dans le secteur de la restauration, on appelle le « contrôle des portions ». On ferait avancer tout le monde en file indienne, chacun recevant une assiette compartimentée : un morceau de poisson, un petit pain, deux cuillerées de salade de chou et un petit gobelet de boisson. Puis chacun repartirait. Cela suffirait à calmer un peu leur faim jusqu’à leur retour chez eux.

Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. Comme lors des noces de Cana, où Jésus avait fourni près de 680 litres d’un excellent vin, ici encore il agit avec une abondance extraordinaire.

C’est un véritable banquet de poisson « à volonté » pour cinq mille personnes — et probablement davantage si l’on compte les femmes et les enfants. Les gens passent devant les apôtres, qui remplissent généreusement leurs assiettes de filets de poisson et de pains, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place.

Jésus leur donne « autant qu’ils en veulent », jusqu’à ce qu’ils soient « rassasiés ».

On peut presque imaginer ces cinq mille hommes étendus dans l’herbe, regardant le ciel et soupirant : « Je ne peux plus avaler une seule bouchée ! Je ne veux même plus voir un morceau de poisson avant une semaine ! Je ne peux plus bouger… Laissez-moi simplement faire une sieste. »

Et même après avoir nourri plus de cinq mille personnes à satiété, les disciples parcourent la foule pour ramasser les restes. Ils ne remplissent pas douze petites boîtes, mais douze grands paniers débordant de pain et de poisson.

L’idée essentielle est celle-ci :

« Je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10,10).

Jésus n’est pas venu pour que nous menions une existence médiocre, en espérant tout juste entrer au purgatoire à la fin de notre vie.

Non : Jésus veut l’abondance.

Il désire des vies remplies de joie, d’espérance, d’amour, de grâce, de familles nombreuses, de générosité débordante, des vies qui attirent les autres et les invitent à entrer dans la fête. La vie catholique devrait être une fête — une vie nourrie par les sacrements. Nous sommes un peuple qui célèbre : c’est pourquoi nous célébrons la messe et, presque chaque semaine, nous célébrons également la fête d’un saint.

Le lien avec l’eucharistie

L’apôtre Jean raconte ce miracle d’une manière telle que tout chrétien des premiers siècles faisait immédiatement le lien avec la Dernière Cène, rapportée par Matthieu, Marc et Luc, où Jésus institua l’Eucharistie.

Les spécialistes soulignent que Jean emploie cinq mots ou expressions grecques qui apparaissent également dans les récits de la Dernière Cène : « prendre », « pains », « rendre grâce », « rompre » et « distribuer », ainsi que la mention des convives « couchés » à table.

Lors de la Dernière Cène, Jésus prend le pain, rend grâce, le rompt et le distribue aux disciples qui sont attablés.

Dans Jean 6, Jésus prend les pains, rend grâce, distribue les pains et les poissons à la foule installée sur l’herbe, puis fait ramasser les « morceaux rompus » (les fragments) qui restent.

Imaginez les premiers chrétiens réunis en secret, un dimanche matin, dans une grotte ou une forêt, peut-être vers l’an 95 après Jésus-Christ. Ils viennent tout juste de recevoir une copie des derniers souvenirs de l’apôtre Jean, récemment décédé.

Celui qui préside l’assemblée — l’épiskopos (l’évêque) — commence à lire le récit à haute voix. Il arrive au passage où Jésus multiplie les pains.

Tous les fidèles entendent ces mots :

« prendre »,
« pains »,
« rendre grâce »,
« morceaux rompus »,
« distribuer à ceux qui étaient assis ».

À quoi vont-ils penser ?

Ils vont immédiatement se dire :

« C’est exactement ce que nous faisons chaque semaine. C’est ce que nous accomplissons avec le pain et le vin de l’Eucharistie. Jésus avait déjà posé les fondements de cette pratique pendant son ministère. »

Il est pratiquement impossible que les premiers chrétiens n’aient pas fait le lien entre ce miracle et l’Eucharistie qu’ils célébraient chaque semaine.

Nous verrons dans un prochain article ce que Jésus a voulu dire par ce miracle.

Retour en haut

Abonnez-vous à notre newsletter,
et soyez informés des derniers articles parus.