Retrouvez la chronique mensuelle des prêtres de Claves, en partenariat avec France Catholique.

La venue du Pape en France est un événement rare, et sans doute aussi une occasion pour beaucoup de catholiques de témoigner auprès de leurs collègues, parents, amis et connaissances, de leur attachement à une institution qui dérange et interroge : la papauté.

Le Christ a-t-il voulu la papauté ?

La première question – soulevée depuis des siècles par le schisme d’Orient ou la Réforme protestante – est celle de l’institution : le Christ a-t-il vraiment voulu la papauté ? Il faut l’affirmer, sans l’ombre d’un doute, car la volonté de Jésus est explicite, dans des textes dont l’authenticité est reconnue par tous. « Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux »(Mt 16, 18-19) ; « affermis tes frères » (Lc 22, 32) ; « Sois le berger de mes brebis » (Jn 21, 15-17). Il faut l’affirmer encore parce que l’autorité de Pierre, manifestée par son attitude dans le groupe des Apôtres dans les évangiles, est acceptée par tous dans les Actes des Apôtres. Il faut l’affirmer enfin car leurs premiers héritiers – les Pères de l’Église dès le IIe siècle – ont unanimement écouté et parfois sollicité la voix du successeur de Pierre.

La primauté dans l’histoire

Cette primauté – c’est le terme consacré – du Pape est depuis lors la pratique ininterrompue de l’Église. Elle a été constamment réaffirmée, en pratique et dans la doctrine, notamment en 1870 par la définition solennelle de l’infaillibilité du Pape, en tant que chef de l’Église, dans l’enseignement de la foi et de la morale, en vertu de la promesse du Christ. Dans toute son histoire, l’Église a eu recours à la papauté, facteur majeur d’unité du peuple chrétien et de fidélité à l’enseignement de Jésus. Face aux grandes crises doctrinales par exemple (des grandes hérésies christologiques des IVeet Ve siècles au protestantisme), la papauté a joué un rôle décisif et nécessaire. Face aux crises internes de l’Église, face aux menaces venant de l’extérieur, cette institution s’est encore montrée déterminante : les grandes réformes (de Grégoire VII au concile de Trente) ont été menées sous l’impulsion des papes, tout comme les affirmations de la souveraineté de l’Église face au pouvoir politique… À l’inverse, l’absence d’autorité unifiante à la tête des Églises orthodoxes peut être rendue responsable de leur dispersion, de leurs divisions, comme également de leur relative inféodation aux pouvoirs politiques.

La primauté de Pierre et de ses successeurs est donc une constante qui fait corps avec l’histoire même de l’Église, incarnée par la liste ininterrompue des 268 pontifes qui se sont succédé sur le siège romain et dont les portraits ornent la frise de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. Cette continuité bimillénaire fait de la papauté une institution unique en son genre, dont la longévité est en elle-même un signe de son origine surnaturelle.

Une triple unification de l’Église

Cette nécessité de la papauté s’enracine dans la triple unification de l’Église qui se réalise en Pierre :

– L’unité de doctrine de l’Église, garantie par le Saint-Siège comme instance d’arbitrage et de préservation, à laquelle le dépôt de la foi a été confié pour être transmis et explicité. Sans cette autorité du Pape, la foi catholique aurait presque certainement connu l’éclatement doctrinal des communautés issues de la réforme protestante. Cette unité d’enseignement est autant géographique que temporelle : ce sont les mêmes vérités révélées par Dieu en Jésus qui sont crues depuis l’origine par tous les fidèles du monde, par la mission donnée à Pierre et à ses successeurs d’« affermir leurs frères ».

– L’unité de gouvernement de l’Église comme société humaine et divine, qui ancre dans le rôle du Pape sa pérennité historique exceptionnelle et la permanence de sa structure hiérarchique. Sans pasteur, le troupeau ne pourrait demeurer uni ni marcher en sécurité vers les verts pâturages du Ciel. Nomination des évêques, érection des diocèses, approbation des ordres religieux, arbitrage des conflits de juridiction… La papauté est ce principe unique qui garantit l’unité de gouvernement de l’Église.

– Son unité de discipline enfin, puisque l’autorité du Pape permet de conserver dans toute l’Église un même droit – le droit « canon » – légitimement adapté cependant aux cas particuliers, une unité de culte : sacrements, liturgie, prière, chant… C’est grâce au Saint-Siège que l’Église peut être vraiment « catholique » – c’est-à-dire universelle : que tous les fidèles du monde peuvent s’y sentir partout « à la maison ».

Un nouveau rôle pour la papauté aujourd’hui ?

Depuis plus d’un siècle cependant, les attentes et les manifestations des fonctions du Pape semblent prendre une orientation nouvelle. La perte du pouvoir temporel avec la fin des États pontificaux en 1870 coïncide assez exactement avec l’affirmation d’une autorité morale et spirituelle sans précédent : chef de l’Église, le Pape est progressivement devenu une figure mondiale. Loin de signifier une perte d’influence, la fin du règne « politique » du vicaire du Christ a peut-être donné à sa voix un écho nouveau, y compris dans le domaine social, voire économique et géopolitique. Cette bascule s’est accélérée avec les médias de masse, qui amplifient largement le retentissement des prises de parole pontificales, dont la tendance, ces dernières années, est de ne pas se limiter aux seules matières de foi et de mœurs.

Cette mutation correspond-elle à la mission reçue du Christ ? Représente-
t-elle pour l’Église une nouvelle opportunité missionnaire ? Ce phénomène peut légitimement interroger, au moment où la visite du Saint-Père en France oriente à nouveau les projecteurs médiatiques vers le catholicisme, à travers le prisme de la papauté.