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« Se blottir dans les bras du Père » 1/2

Récemment paru aux Éditions de l’Emmanuel, l’ouvrage de l’abbé Benoît de Giacomoni « La prière chrétienne : Se blottir dans les bras du Père » est une petite mine d’or et de conseils avisés et accessibles pour toute âme désireuse de répondre à son aspiration à la prière.
Malgré l’abondance d’ouvrages publiés sur le sujet, il ne semble en effet ni inutile ni présomptueux de parler de la prière, dont on ne peut avoir une vue et une connaissance exhaustives. La prière n’est pas une question dont on pourrait « faire le tour » définitivement : elle est une réalité avant tout spirituelle, nécessaire, quotidiennement reçue du Christ.

 

Apprendre à prier à l’école du Christ

L’abbé Benoît de Giacomoni fait remarquer dès le départ un paradoxe : les Évangiles et le Nouveau Testament contiennent beaucoup de recommandations concernant la prière (« il faut prier sans cesse… » cf. Lc 18, 1 ; 1Th 1, 15…) mais peu d’enseignements sur la prière elle-même. Il y a en fait un seul lieu, après l’énoncé des huit béatitudes, où le Christ apprend à prier : le Notre Père. Contenant l’essence de ce qu’est la prière, le Notre Père en est la meilleure explication et le modèle parfait, c’est pourquoi il est récité au cœur de chaque messe.

Pour apprendre à prier, à l’école du Christ, il faut se rappeler que la prière est une grâce, non pas une technique ou une méthode. La conception de la prière ne peut se limiter à l’oraison vocale : « ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Is 29, 13 ; Mt 15, 8) car la prière est une disposition intérieure, une réalité du cœur.

 

Faut-il parler de la prière ?

Parmi les principaux obstacles contemporains à la prière, l’abbé de Giacomoni relève notre rapport pathologique au temps, poussant à rechercher en tout une efficacité quantifiable, une « surefficacité », et conduisant à appliquer même à la prière les schémas d’efficience du monde actuel. Or la prière est une grâce, une réalité vivante déposée en nous par Dieu et que notre libre collaboration contribue à laisser croître. L’attitude intérieure propre à favoriser en nous le déploiement de la prière est recommandée par Jésus dans le même sermon sur la montagne à travers la « parabole de la chambre » (Mt 6, 6-8), qui insiste sur la nécessité du silence.

Il importe enfin de rappeler que la prière n’est pas une fin en soi mais un moyen, au service de la sainteté, qui est avant tout l’union à Dieu, dans la charité. La prière est cette voie nécessaire mais non suffisante qui dispose, avec le travail des vertus chrétiennes, à unir notre cœur à celui du Christ. Le démon, qui a perçu cette nécessité, déploie des artifices nombreux pour nous éloigner de la prière et de toute vie intérieure : outre les obstacles déjà mentionnés (dispersion, recherche d’efficacité), il y a encore celui – majeur – du découragement.

Il est donc vital de parler de la prière : devant la nécessité sans cesse renouvelée de convertir nos existences, il est bon de réfléchir à frais nouveaux sur notre conception de la prière et notre manière de prier, de nous remettre à l’école du Christ, source première de toute doctrine et de toute grâce.

Les qualités de la prière

C’est ce à quoi s’emploie la suite de l’ouvrage, en prenant appui sur la simplicité du Notre Père.

Les premiers mots de l’oraison dominicale sont déjà une prière : en disant « Notre Père », nous osons affirmer la paternité de Dieu. Cette intuition fondamentale de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus la conduisit à redécouvrir sa « petite voie », souvent occultée par une atmosphère janséniste qui confinait la dévotion dans un cadre individualiste et privé. Si nous appelons Dieu « Père », c’est que nous sommes ses enfants : saint Augustin rappelle qu’aucun précepte de la loi ancienne ne conduisait à appeler ainsi le Seigneur ; c’est le peuple chrétien qui a reçu cet esprit d’adoption criant en nous « Abba, Père » (Rm 8, 15), avec l’espérance d’obtenir de lui ce que nous demandons.

L’abbé Benoît de Giacomoni rappelle les quatre qualités classiques de la prière : humilité, confiance, persévérance, attention, en notant qu’elles correspondent à l’attitude d’un enfant, qui se maintient dans l’humilité vis à vis de son père, qui demande avec une confiance spontanée et totale dans la bonté de ses parents, qui leur demande avec persévérance ce qui est son vrai bien, et qui aime à demeurer dans leur intimité. La prière conduit ainsi à vivre habituellement notre condition d’enfant de Dieu, nécessaire à l’accomplissement de sa volonté.

Dans la « parabole de la chambre » (Mt 6, 6-8), le Christ use justement du mot « Père », et insiste sur la nécessité du silence comme préalable au vrai recueillement : faire taire ce qui encombre l’esprit, les sollicitations du monde moderne, les vaines curiosités, pour entrer en notre âme, « fermer la porte » et laisser le Seigneur œuvrer.

La prière chrétienne est ainsi ce blotissement d’espérance et d’amour de l’enfant dans les bras de son Père : pour prier, il ne faut pas quitter les bras du Père, l’aimer même sans sentir sa présence, car Dieu n’est pas sensible. Ce sont en effet les vertus théologales (foi, espérance et charité) qui sont à l’œuvre dans la prière, et à travers lesquelles le Seigneur vient à notre rencontre.

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