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« Se blottir dans les bras du Père » 2/2

La parution de « La prière chrétienne : Se blottir dans les bras du Père », ouvrage de l’abbé Benoît de Giacomoni, prêtre de la Fraternité Saint-Pierre, est l’occasion de renouveler notre désir d’intimité divine.

Différentes formes de prière

Dans une troisième partie, l’abbé Benoît de Giacomoni rappelle quelles sont les différentes formes de prière et traite avec simplicité de l’épineuse question des distractions. Le Christ rappelle que « prier » n’est pas « dire des prières » et qu’il s’agit avant tout d’un élan confiant. La forme de la prière n’a donc de valeur qu’en fonction de ce qui nous en est révélé par le Seigneur. Elle revêt cependant classiquement une double modalité : prière vocale (exprimée oralement) ou mentale (oraison, cœur à cœur filial et présence). Ces deux formes sont valables et complémentaires, tant qu’elles procèdent d’une attitude intérieure de dévotion véritable : toute prière chrétienne est une prière d’enfant, confiante et abandonnée.

Le démon cherche au contraire à rendre la prière inaccessible, en en donnant une image déformée et inquiète. Or Dieu est simple : prier avec simplicité peut impliquer de passer spontanément de l’une à l’autre forme, sans les opposer, mais en les ramenant à leur essence profonde, au service de la relation filiale à Dieu.

Lorsqu’il encourage à « prier sans cesse » (Lc 18, 1, voir aussi Mt 26, 41), le Christ utilise deux paraboles illustrant la nécessité de la prière, suivies d’un résumé pratique : il faut prier avec persévérance (comme la veuve face au juge inique) et confiance (comme les enfants demandant à leur père ce dont ils ont besoin). Pour « prier sans cesse », l’abbé de Giacomoni donne un certain nombre de conseils pratiques : être fidèle à des moments privilégiés de contact avec Dieu (matin, soir, dans la joie, la peine, le danger), conserver la spontanéité d’une relation d’enfant, se tenir autant que possible en présence de Dieu (faire fréquemment l’exercice de se mettre en sa présence et se replonger en lui aussi souvent que possible). Saint Benoît conseille ainsi à ses frères de « se livrer fréquemment à la prière et, en tout lieu, tenir pour certain que Dieu nous voit » (Règle, IV).

Ne pas se laisser distraire par… les distractions

L’ouvrage aborde ensuite avec finesse et simplicité le sujet des distractions : aucun chrétien n’en est privé, pas même les consacrés ou les saints. Une bonne prière n’est pas une prière sans distraction, car la prière ne se mesure qu’à la persévérance fidèle. Les seules distractions sources de difficulté sont les distractions volontaires. Pour le faire comprendre, l’abbé de Giacomoni rappelle une distinction efficace entre attention actuelle et attention virtuelle. Nous demeurons unis à Dieu même lorsque notre attention n’est que virtuelle, car notre intention de prier et de lui consacrer du temps demeure sans avoir été révoquée. Quand on prend conscience que notre attention (à Dieu) n’est plus actuelle, on peut choisir de rester dans la prière (en renouvelant notre intention de prière et réactualisant notre intention) ou se laisser aller à accepter volontairement la distraction (délaissant alors le Christ). Cette explication évite de culpabiliser tous ceux qui s’essaient à prier régulièrement et luttent contre les distractions : « un enfant qui dort dans les bras de son père n’est pas moins aimé que celui qui joue devant lui » disait ainsi sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

Souvenons-nous que le démon va essayer de se servir de nos distractions pour nous éloigner de la prière et nous en décourager : or tant qu’elles ne sont pas acceptées, elles ne peuvent nous empêcher de demeurer en prière. Si nous avons combattu un quart d’heure, nous avons lutté pour rester dans les bras du Père… la prière ne se mesure pas à notre ressenti mais à notre fidélité.

L’abbé de Giacomoni ajoute que si les distractions ne sont un obstacle que lorsqu’elles sont volontaires, elles peuvent être parfois indirectement voulues ou acceptées, lorsque nous vivons au quotidien dans un état de dissipation qui rend ensuite quasi-impossible de maintenir dans la prière un vrai degré d’attention. Les nombreuses sources de distraction qui nous entourent aujourd’hui enlèvent autant de facilité pour revenir vers les bras du Père. Il en va de même de tout ce qui nous empêche de vivre une vie pleinement chrétienne : la prière devient alors de plus en plus difficile, car aimer Dieu implique d’aimer tous ses vouloirs, sans exception.  

Le progrès dans la prière ne peut donc se départir du combat spirituel, qui regroupe tous les efforts que nous avons à mener en vue du Ciel. Grâce après grâce, nous obtenons par la prière la persévérance et la croissance de notre dignité d’enfants de Dieu.

La prière comme « notre pain quotidien »

En commentant la demande centrale du Notre Père : « donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien », l’abbé de Giacomoni revient sur la nécessité de la prière. Après un rappel sur la grâce, qui peut être habituelle (comme la sève vitale qui se propage du cep dans les sarments) ou actuelle (comme les secours multiples par lesquels le vigneron leur fait porter du fruit), il reprend l’image du pain, nourriture vitale pour le corps comme pour l’âme. En poussant la métaphore, il ajoute que la santé ne demande pas nécessairement de gros repas mais de manger régulièrement et de bonne qualité : ainsi nos journées sans prière sont moins bonnes, car manquant de l’énergie spirituelle indispensable pour faire le bien et éviter le mal. Comme la nourriture entraîne des mécanismes physiologiques internes et invisibles mais dont le bénéfice est constatable extérieurement, la prière a une action parfois insensible dans notre vie, mais dont les effets sont bien réels. La comparaison est poussée jusqu’à mettre en parallèle les différents temps de l’alimentation corporelle avec la nécessité de prier tout au long de la journée : petit-déjeuner (spirituel), en-cas du matin, déjeuner, goûter, dîner…

La prière est-elle (toujours) efficace ?

Répondant à une autre objection fréquente, l’abbé de Giacomoni rappelle l’efficacité certaine de la prière : acte de foi en un Dieu Père qui ne peut pas ne pas écouter ses enfants. Seulement un père sait souvent mieux que son enfant ce qui lui est nécessaire, et le fait parfois patienter, pour le faire grandir en vertu, en confiance… Ainsi Dieu donne toujours, et souvent mieux que ce que nous pouvions demander et imaginer, à condition que notre prière soit vraiment filiale, faite avec persévérance, attention, humilité, en ne considérant pas le Seigneur comme un « distributeur ». « Ceux-là seuls sont privés de la grâce qui posent en eux-mêmes un obstacle à la grâce » écrit saint Thomas d’Aquin.

En fait, au-delà de son exaucement, la prière elle-même est une grâce : elle nous unit à notre Père en nous conformant à sa volonté, et nous fait ainsi croître dans notre relation à Dieu.

Lorsque nous traversons la souffrance, la prière est à la fois une épreuve et une consolation : nos demandes s’y trouvent parfois face au mystère de la souffrance et du silence de Dieu. Commentant l’évangile de la résurrection de Lazare, l’abbé de Giacomoni rappelle que le Christ attend de Marie un acte de foi, demande une confiance totale, tout en montrant (en pleurant devant le tombeau) qu’il descend dans l’épreuve avec nous. Ainsi le Père du ciel nous prépare toujours un bien meilleur que ce que nous attendons. La maman d’Anne-Gabrielle Caron, qui préface l’ouvrage, témoigne ainsi que le Seigneur n’a pas été sourd à leurs prières et que le miracle demandé pour leur fille dépasse largement leurs attentes.

Un blotissement dans les bras du Père

La conclusion de l’ouvrage en rappelle le point central : la prière est un élan simple et confiant vers ce Dieu que nous appelons « Notre Père », elle est une proximité quotidienne avec Dieu à travers le cœur et l’âme du Christ, auquel nous ne pouvons être mieux conduits que par Marie. L’« Amen » que nous prononçons à la fin de nos prières traduit cette idée de confiance, d’acquiescement et de repos dans la vérité et la stabilité de Dieu.

La prière n’est pas un but en elle-même mais un moyen indispensable et excellent au service de l’union avec Dieu dans la charité : elle est notre réponse d’amour au Père du ciel, qui rend capable d’aimer en lui le prochain. Ainsi la prière véritable ne peut manquer de rayonner en une charité qui inspire tout, commande tout, anime tout et assure la persévérance en faisant converger nos actes vers notre fin dernière.

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