Qu’est-ce que la Chrétienté ? Pourquoi peut-on souhaiter l’établissement d’une société chrétienne ? Le Fr. Antoine-Marie de Araujo, FSVF nous propose une réflexion simple et pleine d’espérance.
Dans nos sociétés pluralistes marquées par les divisions politiques, religieuses et culturelles, il est intéressant de noter que certains événements sportifs, par exemple une victoire de l’équipe de France au Tournoi des Six Nations, parviennent encore à rassembler. Dans ces moments de communion spontanée, les barrières tombent, les différences s’effacent. Nous sentons alors combien les sociétés humaines aspirent à une unité profonde et durable. C’est un des motifs pour lesquels nous, catholiques du XXIe siècle, pouvons désirer l’émergence d’une société imbibée et structurée par la foi chrétienne – autrement dit, d’une Chrétienté. Citons quatre raisons qui rendent la chrétienté si utile et si souhaitable.
1. Favoriser le salut des âmes
La première raison est d’ordre spirituel : la Chrétienté favorise le Salut des âmes. Si la grâce et les sacrements sont essentiels à la vie chrétienne, les conditions socio-culturelles jouent un rôle second mais déterminant. Famille, école, arts, institutions : toutes ces structures peuvent soit soutenir, soit entraver la sanctification des individus. Comme le rappelait Pie XII, « de la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend le bien ou le mal des âmes ». La Chrétienté, c’est aussi une culture : celle des cathédrales, d’un Bossuet, d’un saint Vincent de Paul et de tant d’œuvres d’éducation ou de charité. À l’inverse, le laïcisme moderne, en excluant Dieu de l’éducation et de la vie publique, prive les masses déchristianisées de repères moraux et d’un accès facile à la Révélation.
2. Une exigence de justice envers Dieu
La deuxième raison est une question de justice: la société, comme l’individu, doit rendre un culte à Dieu. L’homme n’est pas son propre créateur. Il reçoit tout de Dieu – l’existence, l’air qu’il respire, l’eau qu’il boit, le monde qu’il habite. En justice, il doit reconnaître cette dépendance. Il reconnaît la souveraineté du Créateur en lui offrant l’adoration et le sacrifice. Et cette reconnaissance ne peut être seulement individuelle : elle doit aussi être collective. L’autorité publique ne peut donc se montrer neutre en matière de religion.
3. Une nécessité anthropologique : partager la vérité
L’homme est un être rationnel et social. Il cherche la vérité, et il désire la partager. Contrairement aux biens matériels, les biens spirituels – vérité, vertu, foi – peuvent être possédés par tous sans se diviser. Mieux encore, ils s’enrichissent lorsqu’ils sont partagés. Comme l’écrivait le père Garrigou-Lagrange, « nous ne possédons pleinement une vérité que si nous l’enseignons aux autres. […] Si les biens matériels divisent les hommes d’autant plus qu’on les recherche pour eux-mêmes, les biens spirituels unissent les hommes d’autant plus profondément qu’on les aime davantage ».
Ce grand principe fait sentir la nécessité de la vie intérieure pour l’individu et la vie sociale. La Chrétienté apparaît ainsi non seulement possible, mais désirable : elle résulte de la communion dans la vérité, condition d’une société vraiment humaine.
4. Une exigence politique : communier à des principes communs
Aucune société ne peut exister sans un socle de principes partagés. Qu’il s’agisse des règles d’un jeu, des objectifs d’une entreprise ou des lois d’un État, une certaine vérité commune est nécessaire. Il faut donc choisir. Si la société n’est pas fondée sur le Christ, elle le sera sur d’autres principes : Mahomet, Marx, la race, la République, ou même Satan.
On voit par là que la Chrétienté ne consiste pas à mettre un vernis religieux sur les mœurs : elle place le Christ au cœur de la société. Elle repose sur une foi commune en Jésus-Christ, « Chemin, Vérité et Vie ».
Répondre à l’objection du subjectivisme
Certains objectent que les convictions religieuses, étant subjectives, ne peuvent unir les hommes. Cette vision, héritée de Descartes et de Kant, enferme chacun dans sa subjectivité. Elle conduit au relativisme : « à chacun sa vérité ». Mais l’Église affirme que l’intelligence humaine peut atteindre une connaissance objective, y compris en matière religieuse. Il existe une loi naturelle, accessible à toute intelligence, et une loi révélée, accessible par la foi. Ces normes sont objectives, universelles, et donc partageables. Le catholicisme, fondé sur des preuves accessibles à tous, est objectivement crédible.
Une société pleinement humaine
La Chrétienté – une société où la foi catholique est partagée individuellement et collectivement – n’est donc pas un modèle désuet. Elle se présente comme l’idéal (à adapter selon les conditions de chaque époque) d’une société pleinement humaine, où l’homme peut s’épanouir en tant qu’être rationnel, social, et enfant de Dieu.