Tout commence au XVIIe siècle, à Paray-le-Monial. Entre 1673 et 1675, sainte Marguerite-Marie Alacoque reçoit plusieurs apparitions du Christ, qui lui montre son Cœur « passionné d’amour pour les hommes », et lui confie ce grand désir : régner dans les familles. Il réclame une dévotion réparatrice — notamment à travers la communion des premiers vendredis du mois — mais aussi une consécration des foyers à son Cœur.
Dans une des apparitions, Jésus dit clairement :
Je régnerai malgré mes ennemis, et tous ceux qui se mettront sous cette divine dévotion seront bénis de ma main.
Deux siècles plus tard, ce désir prend forme par l’œuvre du Père Mateo Crawley-Boevey.
1. Le Père Mateo Crawley-Boevey, apôtre du Sacré-Cœur pour les familles
L’intronisation du Sacré-Cœur dans les foyers est indissociablement liée à une figure sacerdotale marquante du XXe siècle : le Père Mateo Crawley-Boevey (1875-1960), prêtre de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (aussi appelés Picpusiens). Né au Pérou d’un père anglais et d’une mère péruvienne, il se forma au Chili, puis à Paris. Très vite, il s’investit dans une œuvre de réforme sociale chrétienne, fondant notamment une université populaire pour ouvriers.
Mais c’est en 1907, à la suite d’une grave maladie, qu’il vécut une expérience fondatrice. Durant sa convalescence à Paray-le-Monial – haut lieu des apparitions du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie – il eut l’intuition que le moyen le plus efficace de renouveler la société chrétienne passait par la sanctification de la cellule familiale. Il raconte avoir reçu une mission intérieure claire : faire régner le Cœur de Jésus dans les foyers. Le Christ, disait-il, lui avait confié cette œuvre de gagner pour lui la bataille de la famille.
Bientôt, son projet d’« intronisation du Sacré-Cœur dans les familles » reçoit la bénédiction du pape Pie X. À partir de là, le Père Mateo parcourt le monde pendant plus de cinquante ans, visitant une cinquantaine de pays, prêchant des retraites, fondant des “ligues du Sacré-Coeur”, écrivant de nombreux ouvrages de piété pour encourager les familles à accueillir le Christ dans leur maison. Il y insiste sur la centralité du foyer chrétien : « Le foyer est le premier autel de la société. Il faut donc que Jésus y règne en roi. »
2. L’origine et le sens de l’intronisation
Le mot intronisation signifie littéralement faire monter sur un trône. L’idée du Père Mateo est de donner au Sacré-Cœur de Jésus la première place dans le foyer, en lui rendant un culte public et officiel, au sein même de la vie familiale. Cette démarche s’appuie sur les promesses faites par le Christ à sainte Marguerite-Marie, en particulier la paix promise aux familles qui L’honoreront et se confieront à Lui.
L’intronisation n’est pas une simple bénédiction du domicile, ni un acte privé de dévotion. Elle est une proclamation solennelle du Christ comme roi d’amour dans le cadre domestique. Par elle, les membres de la famille se consacrent ensemble au Cœur de Jésus, et s’engagent à vivre selon ses enseignements. Il ne s’agit pas d’un simple geste extérieur, mais d’un changement de vie. Introniser Jésus, c’est le placer à la tête de notre maison, de nos décisions, de nos relations. L’intronisation est donc un acte de foi publique, une réponse d’amour au Christ qui a tant aimé les hommes, et une prière incarnée pour la sanctification de la famille et, par elle, de la société entière.
3. Comment vivre l’intronisation
La force de cette dévotion tient à la fois à sa simplicité et à sa profondeur. Pour le Père Mateo, l’intronisation est le point de départ d’une vie familiale renouvelée dans la foi. Elle ne doit pas rester un acte ponctuel, mais être suivie par un engagement quotidien. Il propose ainsi quatre attitudes fondamentales :
Prier chaque jour en famille, de préférence devant l’image du Sacré-Cœur, consacrée et intronisée, en reprenant une courte formule d’offrande ou de consécration au Sacré-Coeur.
Se consacrer personnellement et ensemble au Cœur de Jésus, en renouvelant cette offrande dans les épreuves comme dans les joies.
Participer fréquemment à l’Eucharistie et vivre une vie sacramentelle régulière (confession et communion, en particulier si possible à l’occasion des premiers vendredis du mois).
Rayonner dans son entourage et voisinage, en invitant d’autres familles à découvrir cette dévotion.
Dans ses conférences, le Père Mateo parlait avec ferveur d’un véritable apostolat familial : pour sauver les nations, il appelait à commencer par faire régner Jésus dans les foyers. Il ne s’agit pas d’un acte réservé aux familles dites “idéales”, mais d’une ouverture de cœur à Celui qui veut habiter toute maison, fût-elle blessée ou fragilisée.
4. Un rituel simple et profond
Le rituel de l’intronisation, disponible dans le livret gratuit proposé par la Fraternité Saint-Pierre (ou dans le Missel de l’abbaye du Barroux), accessible en ligne (sur Salve Regina), est accompli si possible avec le prêtre. Il peut se vivre un jour de fête, comme le vendredi du Sacré-Cœur, ou à une date choisie par la famille.
Voici les étapes principales :
Préparation spirituelle en amont : confession, prière commune, choix d’une belle image ou statue, récitation si possible quotidienne d’un petit acte de consécration.
Le jour choisi : accueil et bénédiction de l’image du Sacré-Cœur dans la pièce principale.
Récitation du Credo et allocution du prêtre.
Acte de consécration récité par toute la famille.
Prière pour les défunts et absents de la famille.
Acte de consécration au coeur de Marie.
- Signature de l’acte d’intronisation, pouvant être encadré près de l’image.
Conclusion par des chants et un moment convivial.
L’image ou statue devient un point focal de la prière quotidienne, un rappel visible de l’engagement pris. Il est bon de fleurir et d’honorer cette image, comme on le ferait pour un autel domestique. Le foyer devient ainsi un “sanctuaire du Cœur de Jésus”.
5. Une actualité brûlante
Dans un monde marqué par l’instabilité, les crises familiales et la perte du sens du sacré, l’intronisation du Sacré-Cœur apparaît comme une réponse prophétique. Elle est un acte d’espérance : « Jésus, nous te faisons roi de notre maison, malgré nos pauvretés. Règne en nous, guéris, console, convertis, unifie. »
L’intronisation du Sacré-Cœur, loin d’être une dévotion du passé, est une démarche profondément actuelle. Elle touche le cœur même de la vie chrétienne : reconnaître Jésus comme Roi d’amour, Lui ouvrir les portes de notre quotidien, et vivre sous son regard miséricordieux. Que chaque foyer devienne ainsi un sanctuaire, une flamme dans la nuit, un lieu où le Cœur de Jésus peut vraiment régner.