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Les Nombres (L’intelligence des Écritures – épisode 07)

Ecouter : Episode 07 – L’intelligence des Écritures

Le Livre des Nombres est composé de passages législatifs qui le font ressembler au Lévitique, mais aussi d’un certain nombre de récits dramatiques au sujet des rébellions d’Israël durant les années d’errance au désert.​ Son nom dérive des manuscrits grecs de la Septante et se prend des énumérations des noms des première et deuxième générations du désert, deux recensions qui encadrent le contenu du livre, qui se déroule intégralement au désert. Dans les Bibles hébraïques, le rouleau est appelé Bamidbar : “au désert”. Cette appellation désigne bien sû​r​ le lieu géographique de l’action, mais aussi son lieu spirituel. Les Nombres, qui voient le peuple passer du désert aux plaines de Moab pour y recevoir le don d’une nouvelle version de l’alliance, présentent une structure assez parallèle à celle de l’Exode, qui commence en Egypte puis décrit le voyage vers le désert et se termine au Sinaï, lieu de la première conclusion de l’alliance. Par rapport aux ensembles de loi de pureté et de sainteté du Lévitique, les Nombres semblent représenter plutôt une série d’amendements à la constitution d’Israël, ainsi que le récit des circonstances de leur application effective. Les Nombres posent ainsi le cadre du Deutéronome, établissant les conditions géographiques et morales du peuple à son arrivée dans les plaines de Moab, au terme des pérégrinations dans le désert. 

On a souvent considéré le livre des Nombres comme l’un des plus désorganisés du Pentateuque et de la Bible, en raison de cette juxtaposition de récits des rébellions successives du peuple d’Israël entrecoupés de sections législatives. Cet enchaînement a cependant un profond enracinement théologique, que confirme la structure littéraire de l’ensemble. On remarque en effet que le livre des Nombres est structuré par les deux recensements qui l’encadrent : le premier intervient au Sinaï, un an après l’exode, le second concerne leurs enfants, près de quarante ans plus tard, juste avant l’entrée dans la Terre. Ces deux recensements concernent deux générations qui se partagent les trois parties du livre, la première se prépare à quitter le Sinaï dans les chapitres 1 à 10, mais la préparation est avortée car cette génération se distingue ensuite par ses nombreux désordres et rébellions au désert, où elle finira par mourir (chapitres 11 à 25), et c’est finalement la seconde génération qui pourra quitter l’errance et se préparer à entrer en Terre Promise dans les chapitres 26 à 36. C’est la narration des rébellions de la première génération qui fait donc le centre des Nombres. Ces récits sont interrompus par deux séries de lois ajoutées par Dieu comme des amendements à l’alliance à la suite de ces fautes, illustrant le principe de saint Paul selon lequel la loi ancienne fut imposée au peuple à cause des transgressions. 

Auteur et date

Le livre se présente lui-même comme la parole du Seigneur adressée à Israël par le biais de Moïse : il n’y est pas nommé cependant, sinon en Nb 33, 2, où l’on rapporte qu’il tient à jour la liste des campements au désert, jalonnant tout le récit. Le livre ne mentionne aucun autre auteur, bien qu’il fasse référence à des sources externes telles que le “Livre des guerres du Seigneur” (Nb 21, 14-15) ou à un chant des Amorites de Transjordanie (Nb 21, 27-30). La tradition considère donc Moïse comme l’auteur unique de ce livre, puisqu’il en apparaît comme le principal récipiendaire, puisqu’il est la seule personne à qui l’on attribue ce que le livre rapporte, et puisqu’il est présenté ailleurs dans l’Ecriture comme l’auteur de certaines parties du Pentateuque. Dans cette perspective, le livre des Nombres aurait donc été rédigé entre le XVème et le XIIIème siècle avant Jésus-Christ. 

Les auteurs contemporains sont cependant arrivés à diverses conclusions au sujet de la composition des Nombres et du Pentateuque, découpant le livre entre plusieurs sources datées de différentes époques de l’histoire d’Israël. Selon l’hypothèse documentaire, dominante depuis la fin du XIXème siècle et jusqu’à la fin du XXème, le livre des Nombres incorpore des éléments de trois sources : la base du récit serait tirée du Yahviste (J) et de l’Elohiste (E) – les sources épiques les plus anciennes -, tandis que les matériaux légaux, liturgiques et statistiques sont attribués au rédacteur sacerdotal (P), également considéré comme l’auteur du Lévitique. Dans cette perspective, le texte des Nombres n’aurait été finalisé dans sa forme actuelle qu’à l’époque post-exilique, probablement au temps d’Esdras, vers 450 avant Jésus-Christ.

Malgré la popularité de cette théorie, la recherche contemporaine peut avancer plusieurs arguments importants militant pour une datation plus ancienne du livre des Nombres et de ses traditions. D’abord, et c’est un argument majeur, on a trouvé en 1979 à Jérusalem deux lamelles d’argent, roulées pour être portées en pendentif : datées d’environ 650 avant JC, elles reprennent en abrégé la bénédiction sacerdotale de Nb 6,24-25. Ensuite, comme pour le Lévitique, relevons que le contenu des Nombres consonne mieux avec l’environnement culturel et cultuel du IIème millénaire avant Jésus-Christ : ainsi la préoccupation liée au transport de l’Arche d’alliance n’a de sens qu’avant l’exil (puisqu’elle disparaît ensuite), et même plutôt à l’époque de l’errance au désert. De même, les Nombres prescrivent aux Lévites non-prêtres de prendre en charge le déplacement du Tabernacle, ce qui n’aura plus lieu d’être une fois le peuple installé en Terre Promise, à plus forte raison quand le Temple aura été construit : à l’époque post-exilique, les Lévites rempliront d’autres fonctions cultuelles (chantres, musiciens…) qui ne sont pas mentionnées dans le livre. En outre la proportion de Lévites et prêtres dans le peuple au moment de la rédaction des Nombres, connue grâce au commandement de la dîme (les tribus réservent une dîme aux Lévites, qui en versent à leur tour un dixième aux prêtres), semble avoir été inversée après l’exil (d’après les recensements du livre d’Esdras). On relève encore dans la terminologie cultuelle en usage dans les Nombres de nombreux archaïsmes hors d’usage à l’époque de l’exil babylonien (à comparer avec le vocabulaire des livres des Chroniques, d’Esdras ou de Néhémie). Les descriptions des Nombres trouvent leurs parallèles les plus frappants dans des artefacts ou écrits Egyptiens des IIème et IIIème millénaire avant Jésus-Christ (structure de la tente, description du camp des Hébreux, instruments de musique…). Ces éléments ne constituent bien sûr par une preuve positive et certaine de l’autorité Mosaïque directe du livre des Nombres, mais ils permettent a minima de nuancer la datation tardive que semble imposer l’hypothèse documentaire, montrant qu’il ne manque pas de raisons historiques et littéraires sérieuses pour dater le livre des Nombres d’une période ancestrale de l’histoire d’Israël, jusqu’au temps de Moïse lui-même. 

Les thèmes du livre des Nombres

Le livre des Nombres couvre donc la période de 38 ans séparant le départ du Sinaï, après le don de la loi et la construction de l’arche et de sa tente, de l’arrivée à la frontière de la Terre Promise, dans les plaines de Moab. Les Nombres rapportent donc plusieurs éléments et événements cruciaux de l’histoire d’Israël, qui auront une importante spéciale par la suite, tant cette période fondatrice représenta un marqueur incontournable pour le peuple élu. 

Le livre des Nombres semble présenter la période d’errance au désert comme une lutte continuelle entre le Seigneur et Israël. Après la sérénité du Sinaï (mis à part l’épisode du veau d’or), la marche du peuple est émaillée par de nombreuses rébellions ouvertes, et la discipline du camp bien ordonné que décrit l’ouverture du livre laisse la place au chaos pour la suite de la traversée. Le Seigneur continue cependant de guider son peuple par la colonne de nuée, de le nourrir par la manne et de l’abreuver par les eaux jaillies du rocher, de le protéger de ses ennemis… Mais malgré ces bénédictions, avant-goût de la surabondance promise en Canaan, les Israélites se plaignent sans cesse, récriminent, réclament et jalousent, allant jusqu’à douter du bienfait de leur libération de l’esclavage d’Egypte. 

Les fils d’Israël doivent donc recevoir une leçon progressive à travers plusieurs peines, allant jusqu’au cœur du livre, où la première génération est déshéritée, dépossédée par avance de la Terre Promise, en raison de son refus d’y entrer avec Dieu. Le voyage qui aurait dû durer une grosse année se prolongera donc près de quarante ans, afin que la deuxième génération seulement puisse voir les promesses divines accomplies. 

Mais la conduite divine n’est pas seulement faite de justes corrections et réprimandes : le Seigneur répond aux rébellions de son peuple en lui donnant de nouvelles lois, étendant encore l’ensemble des préceptes donnés dans l’Exode et le Lévitique, alourdissant ainsi le joug de la Torah à chaque transgression. Comme nous le verrons bientôt dans notre aperçu global, ces lois sont des réponses patientes mais justes aux fautes du peuple, afin de l’amender et de le conserver dans la fidélité à l’alliance. L’enchaînement de récits et de lois qui constitue le livre des Nombres, encadré par les deux recensements, est donc loin d’apparaître comme une collection hasardeuse d’épisodes rapportés par diverses sources, il constitue un ensemble ordonné et très cohérent, qui laisse voir la profonde patience du divin pédagogue à l’encontre de son peuple rebelle. 

Enjeux historiques du livre des Nombres

Par son fort contenu narratif, le livre des Nombres ne manque pas de soulever un certain nombre d’enjeux historiques importants. 

Comme l’indique son nom : le livre est organisé autour des deux recensements, qui posent la question de la plausibilité du chiffre de 600000 hommes capables de prendre les armes, ce qui représenterait pour la totalité du peuple un effectif allant de 2 à 4 millions. À titre de comparaison, la population de l’Egypte à cette époque est estimée autour de 3,5 millions d’habitants, l’effectif de l’armée égyptienne de 20000 à 25000 soldats : on a du mal à comprendre comment Pharaon aurait représenté une menace pour un peuple si nombreux lors de la traversé de la Mer, ou pourquoi les Hébreux auraient craint d’entrer en Canaan, ou encore comment cette masse immense aurait pu marcher à travers le désert. 

Pour la plupart des auteurs contemporains, ce chiffre est largement trop élevé pour être crédible et constituerait une extrême exagération, un simple procédé littéraire. 

Une solution possible à cette question se trouve cependant dans la traduction et l’interprétation du mot hébreu “eleph” qui peut aussi bien signifier le nombre “mille” que désigner une unité militaire, un clan ou un chef de clan ou de section. Dans cette lecture, la tribu de Ruben (par exemple) n’aurait pas compté 46500 hommes mais 46 unités combattantes, représentant 500 hommes. Sur la base de cette interprétation, les auteurs ont proposé une réévaluation de l’effectif du peuple autour de 5000 à 20000 personnes, un chiffre nettement plus raisonnable, comparable à celui des populations et armées du Proche-Orient à l’époque.

Parmi les autres enjeux historiques on peut mentionner la plausibilité du récit de la traversée du désert, dans le contexte historique et géographique décrit par les Nombres et connu par ailleurs. Toutes les étapes mentionnées dans le récapitulatif du chapitre 33 ne peuvent pas être identifiées avec certitude, et pour diverses raisons liées notamment au climat et à la géologie, l’archéologie sinaïtique n’a pas permis de détecter de traces d’une présence nomade des Israélites il y a plus de 3000 ans. Les récits des Nombres semblent cependant s’intégrer de manière cohérente dans l’environnement biologique et géographique du Sinaï, bien plus que s’ils avaient été rédigés en Judée ou en Samarie. Ainsi par exemple du phénomène des cailles, de la plaie de la terre s’ouvrant pour engloutir les hébreux rebelles, des sources jaillissant de rochers… qui peuvent être rapprochés de certaines curiosités naturelles du Sinaï. Quant à l’itinéraire suivi, il semble compatible avec certaines routes égyptiennes antiques. Des traces de certains artefacts analogues à ceux qui entouraient la tente et l’arche d’alliance, notamment les trompettes liturgiques, ont été retrouvés dans des dessins ou des tombes égyptiennes de l’époque du Nouvel Empire. Pour l’archéologue américain James K. Hoffmeier, l’hypothèse la plus plausible est bien celle d’une première composition du livre des Nombres dans le contexte du Sinaï, plutôt que d’imaginer qu’il aurait pu être rédigé de manière crédible a posteriori dans un environnement totalement différent.

Aperçu du livre des Nombres

Premier recensement et organisation d’Israël

La première section du livre (chapitres 1 à 4) est dominée par un certain optimisme, le renouvellement d’alliance au Sinaï semblant avoir effacé et répar​é les dégâts de la transgression du veau d’or. Le recensement qui ouvre le livre des Nombres présente une nation très nombreuse, dont l’effectif s’élève à plus de six-cent-trois mille individus : cette multitude incarne bien sûr l’abondance de bénédiction divine, l’accomplissement de la mission des origines (“fructifiez, multipliez” en Gn 1, 28) et des promesses faites aux Patriarches.

D’ailleurs l’ordonnancement du peuple n’est pas laissé au hasard : les auteurs remarquent que sa structure est typique d’un campement militaire ancien, semblable à ce que l’on connait des bivouacs militaires de Ramsès II. En son centre se trouve cependant le Tabernacle du Seigneur, et non pas la tente du Pharaon, entouré de quatre groupes de trois tribus chacuns, disposés aux quatre points cardinaux. Le rôle de la tribu de Lévi (qui n’est pas comptée parmi ces douze groupes militaires, parmi lesquels les fils de Joseph – Ephraïm et Manassé – représentent deux demi-tribus) est relevé dans le cadre de l’alliance et des commandements du Lévitique, accentuant les médiations et la distance entre Dieu et Israël, qui doit être réorienté vers Dieu malgré son inclination au péché. Le troisième chapitre du livre insiste sur le recensement à part des Lévites et sur la substitution des premiers-nés, acquis par Dieu en les préservant de la dernière plaie, que la consécration des fils de Lévi venait racheter : les onze autres tribus sont donc laïcisées et leurs​​ premiers-nés perdent leur droit à participer au culte et au sacerdoce.

Le premier ensemble de lois, qui suit cette députation des Lévites, rappelle l’indignité d’Israël face à Dieu. Il prévoit l’expulsion des personnes impures, la pénitence et la restitution des offenses morales, l’épreuve des adultères qui rappelle la punition imposée par Moïs​e aux transgresseurs après l’épisode du veau d’or. ​On y trouve aussi l’institution du naziréat : une forme de consécration au Seigneur par voeu, avec abstention de tout contact avec l’impureté, de toute boisson forte, et le rasage des poils et des cheveux… Ce code de lois prévoit encore que les prêtres bénissent le peuple de la part du Seigneur en leur communiquant son “nom”, soit quelque chose de sa présence et de sa sainteté.

Premiers préparatifs de départ

Le reste de la première partie narrative rapporte les préparatifs du départ, notamment ce qui concerne le transport du Tabernacle, et énumère les dons apportés au Seigneur par chacun des princes des douze tribus, au cours d’une cérémonie de douze jours, qui se termine par la rencontre théophanique de Moïse et du Seigneur à l’intérieur de la tente. 

Les Lévites sont ensuite mis en ordre et installés dans leur charge, afin de préparer et transporter le Tabernacle. Le départ est marqué par la célébration de la Pâque, de la même manière que la première Pâque avait marqué le départ d’Egypte. Dieu lui-même donne le signal du départ lorsque la nuée s’élève de dessus la tente. Les trompettes d’argent des prêtres enjoignent alors à tout Israël de se mettre en ordre de bataille pour entamer la marche vers la Terre Promise. 

Trois premières rébellions

Dès les débuts de l’errance au désert, l’optimisme de départ est remplacé par un esprit de murmure qui rappelle les premières étapes après la traversée de la Mer. On retrouve plusieurs éléments communs à la marche vers et depuis le Sinaï : la manne, l’eau tirée du rocher, l’incapacité de Moïse à diriger à lui seul le peuple. 

Une première rébellion est sanctionnée à Taberah (Nb 11, 1-3) par la plaie du feu. Les Israélites se plaignent ensuite de la monotonie de leur régime alimentaire, méprisant le don divin de la manne, ce qui conduit Moïse à regretter devant Dieu son incapacité à diriger le peuple. Le Seigneur répond en envoyant les cailles, qui se transforment en plaie. Puis il députe soixante-dix (ou soixante-douze) hommes inspirés par l’Esprit pour entourer Moïse. 

L’attitude de récrimination se répand cependant (au chapitre 12) jusque parmi les chefs du peuple, qui reprochent à Moïse son statut particulier de vicaire ou lieutenant de Dieu : même sa propre soeur, Miriam, entraîne son frère Aaron à participer à cette rébellion contre son autorité, apparemment sur fond de désaccord familial causé par l’épouse de Moïse. Le Seigneur punit Miriam en l’affligeant d’une lèpre dont elle n’est délivrée après une semaine que par l’intercession de Moïse.

Le retour des espions

Le passage central des Nombres – le nœud de l’intrigue – intervient au chapitres 13 et 14, au moment où Israël atteint Qadesh, dans le désert qui se trouve au sud de la Terre Promise. À l’approche de la fin de la traversée, Moïse choisit douze espions – un par tribu – qu’il envoie reconnaître le territoire de Canaan. Dix des douze envoyés font un rapport extrêmement pessimiste, encourageant le peuple à reprendre le chemin de l’Egypte en raison de l’extrême disproportion des forces de leurs adversaires, tandis que deux d’entre eux (Josué, d’Ephraïm, et Caleb, de Juda), recommandent de passer immédiatement à l’offensive avec l’aide de Dieu. Le peuple, suivant la majorité des espions, essaie de lapider Moïse et envisage de rebrousser chemin. 

Le Seigneur intervient alors d’une manière analogue à l’épisode du veau d’or, menaçant le peuple d’une punition exemplaire et proposant à Moïse de le faire devenir une “grande nation” à travers sa propre progéniture. Moïse intercède cependant pour Israël, employant à nouveau les arguments du Sinaï et faisant appel à la miséricorde du Seigneur, qui pardonne au peuple par égard pour son prophète, mais précise qu’aucun de ces hommes qui, ayant vu ses signes en Egypte et dans le désert, ont refusé d’écouter sa voix et par dix fois se sont rebellés, ne verrait la Terre Promise. 

Cette affirmation résume l’intrigue du livre des Nombres, qui raconte ensuite la mort de cette première génération au désert et son remplacement par la suivante, destinée à entrer dans la Terre. Les échos de l’épisode du veau d’or montrent que malgré une première leçon, cette génération de l’Exode est demeurée ingrate et infidèle. La miséricorde du Seigneur n’est cependant pas épuisée, puisque leurs enfants sont destinés à entrer à leur place dans la Terre. 

C’est la réponse de Dieu aux dix transgressions et rébellions qui émaillent les récits de l’Exode et des Nombres, depuis le mauvais accueil réservé à Moïse en Egypte jusqu’à l’incident du retour des espions, en passant par les murmures devant la Mer, les récriminations concernant la faim, la boisson, l’incident du veau d’or ou la révolte des chefs du peuple avec Miriam et Aaron. Le Seigneur s’y montre patient et miséricordieux, et la peine qu’il fait subir aux Israélites combine ironie, justice et pardon. À plusieurs reprises le Seigneur leur donne ce qu’ils demandent : les cailles bien sûr, dont la chair devient une plaie, mais même jusqu’à l’épisode des espions, où les murmures des Israélites préférant ne pas entrer dans la Terre seront paradoxalement exaucés par leur mort au désert. Dieu est à la fois patient, miséricordieux et juste, répondant aux complaintes concernant leur progéniture par la promesse de les faire entrer dans la Terre, après l’épreuve de quarante années supplémentaires au désert. 

Malgré ces prédictions très explicites, le peuple ne semble pas encore avoir appris l’obéissance, puisqu’il essaie finalement le lendemain d’envahir la Terre, sans la bénédiction de Dieu et malgré les avertissements de Moïse, aboutissant à un désastre militaire. 

Lois concernant les fautes graves

Le chapitre suivant (Nb 15) introduit un certain nombre de lois ajoutées à la suite de cet incident majeur, qui constitue le tournant du livre des Nombres et même du récit exodique. Le Seigneur commence par commander à Moïse de nouvelles exigences sacrificielles, faisant accompagner les offrandes classiques d’oblations de céréales ou de farine, mêlées de libations d’huile et de vin. 

Le texte introduit ensuite une distinction importante entre deux types de péchés graves, selon leur caractère délibéré ou non-délibéré. Les premiers doivent être expiés par des sacrifices pour le péché, tandis que les seconds ne peuvent être punis que par le retranchement du peuple, c’est à dire sans doute par l’application de la peine de mort. Le texte rapporte d’ailleurs immédiatement après cela le cas d’un homme lapidé à mort pour avoir ramassé du bois le jour du Sabbat. 

Une autre addition législative est introduite à ce moment comme un rappel destiné à éviter aux Israélites de telles transgressions, en leur commandant d’ajouter à leurs vêtements des franges permettant de se souvenir d’observer les commandements du Seigneur. Cette coutume ou ce rappel était encore en vigueur à l’époque du Christ et continue aujourd’hui d’être observée par les Juifs – ce sont les franges du vêtement de Jésus que la femme hémorroïsse touche pour être guérie de son flux de sang.​ 

La rébellion de Coré et ses conséquences

Moïse et Aaron font ensuite face à plusieurs défis jetés contre leur autorité par les membres des tribus de Ruben et Lévi (Nb 16). Ces derniers, menés par un lévite du nom de Coré, sont insatisfaits de leur statut subalterne par rapport aux prêtres, fils d’Aaron, dont ils convoitent la fonction. Ils tentent d’obtenir le soutien du peuple en mettant en avant la nécessité de partager le sacerdoce entre tous (un argument qui rappelle certaines revendications historiques du protestantisme)​​, arguant que tout le peuple est saint en lui-même. Coré s’assure le soutien de Dathan et Abiron, deux chefs de la tribu de Ruben, le premier-né d’Israël, dont la prétention de gouverner le peuple entier avait été déniée suite à l’inceste commis par leur ancêtre avec une concubine de son père. Ces derniers s’en prennent à l’autorité de Moïse sur le peuple, désirant obtenir une autorité politique. Cette double révolte entraîne une intervention surnaturelle et expéditive de Dieu, lorsque la terre s’ouvre pour avaler les rebelles et tous leurs séides, les aspirant vivants jusqu’au Shéol, le royaume des morts. Malgré cette réaction explicite du Seigneur, manifestant son soutien inconditionnel à Moïse et Aaron, le peuple reproche à ces derniers la rigueur du châtiment et se prépare à les lapider. Le rôle cultuel d’Aaron est confirmé le lendemain lorsque tous les chefs de tribu placent leurs bâtons devant Dieu au tabernacle, et que seule la verge d’Aaron bourgeonne et fleurit. Dieu souligne ainsi que le sacerdoce est bien réservé à sa seule famille, mais le peuple continue de murmurer, préparant la voie à de nouvelles rébellions. 

Législation concernant les Lévites, les prêtres et la pureté corporelle

L’ensemble de lois qui suivent cette révolte (chapitres 18 et 19) concerne justement les rôles respectifs des Lévites et des prêtre​s​, rétablissant clairement les distinctions que Coré avait entendu remettre en cause. 

Puisque les plaies déchaînées après cette insurrection avaient résulté en de nombreux cadavres, Dieu précise le rituel de composition et de consécration d’une eau sainte – ou eau lustrale – destinée à purifier les Israélites après tout contact corporel. Cette eau recevait sa vertu d’un mystérieux sacrifice d’une génisse rousse et sans défaut. Ses cendres étaient mêlées à l’ea​u​ avant qu’elle ne soit aspergée avec une branche d’hyssope sur le Tabernacle, les objets de culte et les personnes qui auraient pu ​contracter une impureté par contact avec un corps. 

Les eaux de Mériba et les serpents brûlants

Le récit reprend au chapitre 20, où les fils d’Israël apparaissent encore bornés dans leur attitude de rébellion : ils recommencent à murmurer au sujet du manque d’eau. En réponse à leur plainte, Dieu commande à Moïse et Aaron de parler à un rocher afin qu’il donne de l’eau : désobéissant à l’ordre, Moïse frappe deux fois le rocher. L’eau jaillit mais Dieu relève cet apparent manque de confiance de Moïse et Aaron et leur apprend qu’ils n’entreront pas non plus dans la Terre Promise. Le texte n’explique pas directement quel aspect de la parole divine les deux frères auraient manqué d’observer, mais le contexte suggère de désigner ce manque de confiance en la puissance de la parole prophétique. On peut ajouter que ce n’est pas la première fois que Moïse semble appliquer à la légère certains commandements de Dieu, puisque le livre de Josué relèvera qu’à l’arrivée en Terre Promise bien peu d’Israélites avaient été circoncis. Il semble que l’esprit d’ingratitude et de rébellion du peuple ait même fini par atteindre ses guides : le jugement de Dieu n’est pas dû à cette seule anicroche, c’est l’état intérieur du coeur de Moïse qui semble éloigné de la volonté du Seigneur.

Ecarté par force d’Edom, le peuple repart de Qadesh en direction du mont Hor, où Aaron meurt, remplacé dans la fonction sacerdotale par son fils Eléazar. Les Israélites y élèvent une nouvelle plainte au sujet des conditions de vie au désert, et Dieu envoie une nouvelle plaie : les serpents brûlants, dont la désignation hébraïque entretient l’équivoque par une homophonie frappante avec le terme qui désigne les séraphins (littéralement les “brûlants”, car ils brûlent de charité devant le trône de Dieu), associé au mot nahash, le nom du serpent originel. 

Cette fois encore, Moïse se tient sur la brèche, intercédant pour le peuple : le Seigneur lui donne un étrange moyen d’échapper à la plaie. Il lui demande de forger une image de serpent brûlant, de l’élever sur un pieu de sorte que tout Israélite qui serait mordu puisse regarder vers lui et vivre. Dieu commande donc lui-même ce que le judaïsme ultérieur bannira absolument : la représentation imagée de figures spirituelles, en l’occurence ce serpent utilisé comme vecteur de salut, que l’on pourrait qualifier de sacramental selon les catégories de la théologie catholique. 

Après cet épisode cuisant mais mystérieux et très prophétique, auquel Jésus lui-même fera référence à plusieurs reprises dans l’évangile de saint Jean pour annoncer sa passion, deux signes positifs interviennent pour redonner confiance au peuple : le creusement d’un puits très abondant et un succès militaire. 

Le cycle de Balaam

Les chapitres suivants, 22 à 24, continuent de nourrir cette renaissance de l’espoir, alors que le roi de Madian, Balac, tente de louer les services d’un sorcier mésopotamien du nom de Balaam, afin de lui faire maudire le peuple d’Israël. Balaam se prête au jeu à quatre reprises, mais il est à chaque fois contraint de bénir Israël au lieu de le maudire. La scène la plus connue et typique est sans doute celle de l’ânesse : cet homme ne se contente pas d’être inspiré par Dieu, quoique païen, sa bête de somme elle-même reçoit des inspirations divine. C’est elle qui finit par ouvrir la bouche pour le prévenir de ce qu’il ne pouvait voir : la présence d’un ange du Seigneur qui lui barrait le chemin. Ce Balaam représente une figure riche et complexe, en qui on perçoit la tension entre l’influence de l’Esprit du vrai Dieu, dont la Torah montre ici contre toute attente qu’il peut œuvrer à l’extérieur du peuple élu, et le vil appât du gain. Cet épisode est comme l’accomplissement d’une importante promesse faite à Abraham : “je bénirai qui te bénira, je maudirai qui te maudira” (Gn 12, 3), qui continue de s’appliquer à Israël malgré ses infidélités répétées. 

L’oracle que prononce finalement Balaam à la quatrième tentative revêt une grande importance pour la suite, en tant que prophétie messianique : il voit “une étoile sortir de Jacob, un sceptre s’élever d’Israël, qui écrasera la tête de Moab et brisera tous les fils de Seth”. L’oracle païen annonce donc la prochaine émergence d’une lignée dynastique, déjà prophétise par Jacob dans sa dernière bénédiction à son fils Juda, et pointe même, à travers la mystérieuse mention de l’étoile, vers la naissance du Sauveur. 

L’apostasie de Beth-Péor

Mais Balaam va presque réussir par la séduction ce qu’il n’avait pu faire par sa magie : au chapitre 25 il conseille aux Madianites d’envoyer leurs filles séduire les hommes d’Israël pour les entraîner à participer à des rites de débauche en l’honneur des divinités locales, en particulier un certain dieu ou Baal de Péor, dont le sanctuaire était appelé Beth-Péor (“maison de Péor”). En cette triste circonstance, les israélites se rendent coupable d’un double adultère et une plaie terrible se déclenche contre eux, qui ne sera arrêtée que par l’action de Phinées, fils d’Aaron, qui exécute un des chefs de tribu pris en flagrant délit. 

Cet épisode est plus qu’un incident : Beth-Péor représente comme une récapitulation de la transgression du veau d’or, impliquant cette fois probablement la seconde génération, celle du désert, car déjà près de 40 ans ont passé. On y retrouve l’association terrible et pourtant fréquente de l’idolâtrie et de la débauche. Et encore une fois un lévite réagit pour arrêter la plaie, et obtient un rôle particulier pour les siens, puisque la lignée de Phinées deviendra celle des grands-prêtres. Beth-Péor est la dixième de ces rébellions au désert qui émaillent le livre des Nombres. C’est en ce même lieu que Dieu arrêtera le peuple avant de le faire entrer en Terre Promise pour lui donner un renforcement de la loi et de sévères exhortations, que nous découvrirons dans le livre du Deutéronome. 

La deuxième génération se prépare à entrer en Terre Promise

Après la plaie des plaines de Moab, Moïse et le grand prêtre Eléazar procèdent à un second recensement du peuple (chapitre 26), qui rend manifeste le fait qu’aucun des hommes de la première génération de l’Exode n’est encore vivant. On comprend ainsi que ce sont bien les hommes de la deuxième génération qui se sont rendus coupables du crime de Beth-Péor, ce qui rend plus significatif encore le parallèle avec l’épisode du veau d’or. 

Le livre se conclut donc sur une tonalité contrastée, entre espoir et crainte. Les derniers chapitres relatent les étapes de préparation matérielle pour la conquête et l’installation sur la Terre. Ce récit est comme enveloppé dans une inclusion ; un même épisode se déploie en deux parties : l’histoire de la descendance de Celophehad ou Salphaad, de la tribu de Manassé, qui meurt sans enfant mâle, et au sujet duquel Moïse établit que l’héritage devra se transmettre par ses cinq filles, à condition que ces dernières se marient au sein de la tribu, afin d’être conservé dans la lignée familiale. La réalisation de cette préconisation est rapportée en conclusion du livre et marque un signe supplémentaire de bénédiction divine : malgré les péchés et rébellions du peuple, le Seigneur continue de prendre soin de sa mémoire et de sa postérité. 

Entre ces deux mentions de la famille de Celophehad on trouve un bloc de lois (chapitres 28 à 30) constituant le passage de témoin de Moïse à Josué, précisant l’application du calendrier liturgique, les normes concernant les vœux, notamment pour les femmes, qui sont comme une réponse à celles édictées au début du livre au sujet du jugement des soupçons d’infidélité. Ces lois intensifiées peuvent sembler être une réponse aux transgressions d’alliance commises par Israël au désert. En fait dans cette dernière phase au désert c’est Moïse lui-même qui se montre défaillant, et qui se prépare donc à être remplacé par Josué. 

La fin du livre (chapitres 31 à 36) raconte encore la conquête des territoires situés immédiatement à la frontière de Canaan : Madian et la Transjordanie. Moïse s’y montre encore irrité par le peuple, qui ne semble toujours pas débarrassé de ses mauvaises habitudes : il reproche aux soldats israélites de ne pas appliquer rigoureusement l’anathème à l’encontre des ennemis et regrette la requête des tribus de Ruben, Gad et Manassé, qui demandent à s’installer en Transjordanie sans entrer en Terre Promise. Un compromis est finalement trouvé, aux termes duquel les tribus pourront conserver les territoires de Galaad, à l’est du Jourdain, mais après avoir participé à la conquête militaire de Canaan. Ces récits sont complétés par les instructions concernant la conquête elle-même et l’installation en Terre Promise, et par un récapitulatif des différentes étapes parcourues par le peuple au long des quarante années de l’Exode. 

Une lecture chrétienne des Nombres

Certains épisodes des Nombres ont été repris à plusieurs reprises dans la tradition vivante de l’Eglise. La génération du désert y véhicule une image plutôt négative, liée à ses nombreuses transgressions : elle semble montrer un exemple paradoxal, à ne pas suivre, d’infidélité aux bénédictions divines. C’est ce que l’on retrouve dans la Première épître aux Corinthiens par exemple, où saint Paul présente les multiples plaies subies par la génération du désert comme un avertissement contre la présomption, l’immoralité et l’ingratitude : “Ne nous livrons point à l’impudicité, dit-il, comme quelques-uns d’entre eux s’y livrèrent ; et il en tomba vingt-trois mille en un seul jour. Ne tentons point le Christ, comme le tentèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent par les serpents. Ne murmurez point comme murmurèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent sous les coups de l’Exterminateur. Toutes ces choses leur sont arrivées en figure, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes arrivés à la fin des temps. » (1Co 10, 8-11). L’épître aux Hébreux rapporte la même interprétation des Nombres, présentant les pères qui avaient mis Dieu à l’épreuve durant quarante ans comme un exemple de dureté de cœur, de rébellion et utilisant leur histoire comme un avertissement. 

Dans la même veine, les Pères de l’Eglise ont fait souvent référence aux plaies subies par la génération du désert pour avertir les Chrétiens de ne pas négliger les conséquences de l’immoralité, de l’ingratitude spirituelle et de la rébellion contre l’autorité. 

Un autre héritage très marquant devenu un thème majeur du Nouveau Testament est le Serpent de Bronze ou d’airain : dans cet épisode paradoxal, le livre des Nombres n’est pas utilisé seulement pour illustrer les châtiments auxquels nous expose le péché, mais annonce aussi la possibilité d’une rédemption. Jésus lui-même y fait allusion dans l’évangile de saint Jean, pour annoncer sa Passion rédemptrice et sa mort en croix : “Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle” (Jn 3, 14). Convenons qu’il s’agit d’une manière étrange de parler de la Croix, puisqu’elle semble identifier Jésus avec le serpent. La tradition chrétienne n’a pas manqué de clarifier cette interprétation : saint Bède le Vénérable dit ainsi que le serpent représente notre péché, trompeur et venimeux, source de mort, et que le Seigneur est préfiguré par ce serpent en ce qu’il condescendit jusqu’à prendre notre condition pécheresse ; de même cependant que le serpent d’airain avait l’apparence d’un serpent sans en avoir le poison, mais pouvait au contraire en étant élevé sauver ceux qui regarderaient vers lui, ainsi Jésus fut élevé en croix pour sauver du péché et de la mort elle-même ceux qui se tournent vers lui. Signe d’abomination et de malédiction, comme l’animal mortel élevé sur le bâton par Moïse, la croix devient source paradoxale de vie et de rédemption pour ceux qui la regardent et l’accueillent.

On a souvent relevé aussi dans le livre des Nombre le choix que fait Moïse de soixante-dix anciens appelés à l’entourer et l’assister, en tant que préfiguration des soixante-douze disciples choisis par le Christ comme second cercle d’envoyés appelés à évangéliser autour des apôtres. Certains manuscrits portent même le chiffre de soixante-douze, qui n’est sans doute pas originel, mais auquel on peut arriver en agrégeant à ces soixante-dix anciens les dénommés Eldad et Medad, deux personnages sur lesquels l’Esprit descend à l’intérieur du camp en Nb 11. Dans la Bible grecque (la LXX) le mot qui désigne ces anciens est presbuteroi, terme appliqué par le Nouveau Testament aux premiers prêtres de l’Eglise. Il est ainsi fait mention du choix des soixante-dix anciens dans les monitions préalables à l’ordination des prêtres. 

Parmi les autres éléments du livre des Nombres qui ont fait l’objet d’une interprétation typologique par l’Eglise on retrouve encore plusieurs signes rappelant le symbolisme des sacrements : la manne qui descend du ciel et l’eau jaillissant du rocher, préfigurant l’eucharistie et le baptême, ou encore l’eau lustrale utilisée pour la purification des impuretés rituelles, qui rappelle également le baptême mais plus encore la pénitence. Cette même eau lustrale est transposée avec le même nom dans la liturgie de l’Eglise, avec un rite de préparation analogue, et est utilisée lors de la dédicace des lieux sacrés. 

Enfin la surabondance de bienfaits qui semble attendre les Israélites en Canaan, dont témoignent les espions qui rapportent à leur retour de mission une grappe de raisin si imposante et si lourde qu’elle devait être portée par deux hommes, illustre tant la destinée finale bienheureuse de l’Eglise et de tout homme, que les difficultés du chemin et la nécessité de combattre la tentation de la désespérance (premier réflexe des Israélites, découragés par le rapport des espions) ou celle de la présomption (leur deuxième faute, lorsqu’ils décident finalement de partir au combat sans Moïse et sans l’aide de Dieu). 

Conclusion

Quatrième livre du Pentateuque ou de la Torah, souvent méconnu, le livre des Nombres est un tournant et un pivot essentiel de l’histoire du peuple élu et du salut, auquel il sera ensuite constamment fait référence. Il nous permet de découvrir à travers le chemin chaotique parcouru aux déserts par ceux que les auteurs sacrés appelleront ensuite “nos pères” une préfiguration de notre propre chemin, un avertissement de ses dangers, un appel à en éviter les pièges et une source d’espérance ancrée dans la fidélité totale et infinie du Seigneur. 

 

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