Réalisé en Afrique du Sud par Brent Dawes et Phil Cunningham (Sunrise Animation Studios), « David » est un film d’animation ouvertement inspiré des textes de l’Ancien Testament. Il a rencontré un vrai succès lors de la sortie aux Etats-Unis (décembre 2025) et arrive cette semaine en France grâce à Saje Distribution.
L’ascension de David
Précisons d’emblée que le film ne raconte pas toute l’histoire de David, d’abord parce qu’il ne couvre que la première période de sa vie, de son onction royale secrète par le prophète Samuel jusqu’à son accession effective au trône après la mort de Saül. Ce choix éditorial permet au scénariste d’éviter d’avoir à raconter les épisodes les plus gênants de la vie du roi, avec les thèmes de l’adultère, du meurtre, de l’inceste et du fratricide (tous les détails qui auraient pu choquer le jeune public sont évités, même la décapitation de Goliath après le jet de pierre de la fronde) : mais le titre du film aurait pu être « l’ascension de David » ou « jeunesse d’un roi »…
Dans l’ensemble il faut saluer la bonne qualité de la réalisation du film : les images sont belles, lumineuses, ouvrant sur des paysages évocateurs de la Terre Sainte. Les personnages sont expressifs et amusants, bien à leur place dans un film d’animation. La mise en scène est efficace et rythmée, avec certains effets de suspense ou d’humour particulièrement réussis, autour du combat avec Goliath par exemple (une scène qui parvient à communiquer avec légèreté et originalité un véritable contenu théologique) ou de la confrontation avec Saül dans la caverne d’Engueddi (exemple-type de la fidélité et de l’humilité de David). Certains détails sont l’objet d’une attention particulière : les cailloux de la rivière, le bâton et la harpe de David, les armes de Goliath, la tente de la Rencontre (« temple » temporaire hérité de la période de l’Exode)…
Le personnage
Au centre du scénario, le personnage de David est très attachant (même si peut-être un peu lisse, voir ci-dessous) : on le suit d’un bout à l’autre dans son évolution physique, intellectuelle et spirituelle, et l’on voit aussi grandir et s’approfondir sa relation à Dieu, qu’il implore et supplie à plusieurs reprises, dans les moments de grande angoisse et perplexité, dans un esprit qui semble bien représenter celui de l’Ancien Testament. Le Seigneur est présent aussi aux côtés d’Israël, comme le montre la grande bataille du Térébinthe où le héros s’illustre contre un géant Goliath plus grand encore que vous ne l’auriez imaginé : ayant entendu Goliath insulter son Dieu, David s’avance : « je viens contre toi au nom du Seigneur du Ciel et de la Terre, cette bataille est la sienne. » David est présenté dès la première scène comme un berger, il en devient un jeune pasteur appelé à devenir le berger de son peuple, mais qui apprend à faire chercher, trouver et faire confiance à son propre berger : « J’ai confiance en mon berger, je sais qu’il veille sur moi. » Sous sa houlette il apprendra à devenir un « bon pasteur », capable d’aller jusqu’à donner sa vie pour ses brebis.
Appréciation générale
Autour de David, la mise en scène et le décor représentent d’une manière fidèle et adaptée l’environnement cananéen au commencement du Ier millénaire avant notre ère, où Israël se trouve bien menacé entre Philistins (ressemblant étonnamment à un peuple latin) et Amalécites. Autres figures marquantes de ces épisodes précoces du destin de David, le roi Saül et son fils Jonathan font également l’objet de représentations bien inspirées et fidèles.
La morale ou le message du film semblent donc bien consonner avec la figure de David telle qu’elle est décrite dans le premier livre de Samuel, avant son accession au trône. Il offre une figure de droiture et de piété, qui aime ses parents, ses frères et sa sœur, qui construit une amitié solide et profonde avec Jonathan, qui se montre déférent et fidèle envers Saül malgré ses menaces et trahisons, qui ne craint pas de se sacrifier pour ceux qui l’ont suivi… un bon modèle pour les adultes et les enfants qui regarderont ce film.
Parmi les nuances à apporter, il nous faut cependant insister sur deux éléments qui nous semblent importants : la fidélité au déroulé de l’histoire telle que la rapporte le récit biblique, et l’esprit de la prière de David telle qu’elle s’exprime dans les Psaumes.
Deux nuances
Au-delà du choix de ne présenter que la première partie de l’histoire de David, qui peut donner une vision par trop univoque du personnage, on peut regretter certains choix de la production qui ne rendent pas entièrement justice au déroulement du récit biblique tel qu’il est rapporté par les livres de Samuel.
Les nécessités du scénario ont ainsi conduit les producteurs à éliminer un grand nombre d’épisodes parmi les étapes de l’ascension de David, qui auraient permis de donner du personnage une figure moins univoque et lisse. On s’étonnera ainsi de la disparition complète du personnage de Michol, fille de Saül, promise en mariage au jeune héros en échange de ses prouesses militaires, qui aide David à échapper aux menaces de Saül. Disparaît aussi le touchant personnage d’Abigaïl, figure importante de l’ascension du héros (mais qui aurait peut-être obligé à aborder la délicate question de la polygamie du futur roi). En revanche il faut préciser qu’au sein de la famille de Jessé les réactions que le film attribue aux uns et autres des frères de David face au choix et à l’ascension de leur cadet (mis à part Eliab, qui repousse effectivement David avant la bataille de la vallée du Térébinthe) n’appartiennent pas toutes au récit biblique. Le personnage de la mère de David prend également une importance que ne lui donne pas explicitement le livre de Samuel : il semble paradoxalement être le principal personnage féminin aux côtés de David lors de ces années de formation et d’accession au trône (au détriment de Michol et Abigaïl).
L’épisode en lequel David se déguise en Philistin pour infiltrer l’armée du roi Aqish et tenter (en vain) de venir en secours à Saül est entièrement apocryphe : il s’agit sans doute de la bataille des montagnes de Gelboë, dont David était absent.
Le film ne rend ainsi pas justice aux relations complexes entre David et les Philistins, ni des « choix stratégiques » par lesquels le héros, pourtant déjà secrètement oint comme roi d’Israël a entretenu des rapports avec les ennemis jurés du peuple.
Enfin, pour compléter le tableau psychologique et clore le cycle initiatique, et quoique cela soit difficile à représenter pour un public enfantin, il aurait pu être important de relater la (véritable) manière dont David apprend la mort de Saül et sa noble réaction face au malheur de son ennemi.
Autre élément qui nous semble important à relever : la réalisation a fait le choix d’un film rehaussé par plusieurs chansons, sur le mode popularisé par les productions de Walt Disney. « David » a ainsi été présenté comme le nouveau « Prince d’Egypte ». L’idée paraît heureuse, surtout lorsqu’il s’agit de mettre en valeur l’ascension du roi mélomane et compositeur d’un grand nombre de Psaumes. On risque malheureusement d’être déçu par la teneur des chansons, qui ne sont pas tirées des psaumes et n’en reproduisent pas tellement l’esprit : le jeune David y exalte surtout sa soif de liberté et d’aventure, la volonté d’écrire sa propre histoire sous forme d’une tapisserie (thème évocateur certes, mais non-biblique), et seule la dernière d’entre elle semble plus directement faire mention du Seigneur.
Une réflexion de « genre »
Au-delà de cette appréciation générale et de ces quelques nuances, une réflexion intéressante est apportée par l’apologiste américain Trent Horn dans quelques remarques publiées après avoir regardé « David » avec ses enfants, en particulier au sujet de la scène de la confrontation avec Goliath. Il regrette que Goliath soit présenté d’une manière humoristique, que sa taille soit exagérée et que le contraste avec la petitesse et la jeunesse de David soit mis en valeur au-delà de ce que dut historiquement être la rencontre d’un combattant exceptionnellement grand avec le jeune berger de Bethléem. Trent Horn craint que cette représentation hyperbolique puisse venir affaiblir dans l’esprit du public (jeune et moins jeune) la crédibilité historique du récit.
Plus généralement il introduit une réflexion sur l’opportunité d’avoir recours au genre du film d’animation, que les enfants connaissent et apprécient habituellement en tant qu’il stimule l’imagination et fait entrer dans un monde de fiction, pour des récits bibliques et évangéliques dont la foi de l’Eglise demande d’accepter et de reconnaître l’historicité.
Conclusion
Notre appréciation sur la production de Brent Dawes et Phil Cunningham est donc globalement bonne : on peut tout à fait recommander le visionnage de ce beau film d’animation à l’esprit biblique, mettant en valeur de belles valeurs humaines et religieuses, librement inspiré des épisodes menant à l’ascension de David jusqu’au trône d’Israël.
Ayant réellement apprécié le film, nous nous permettons cependant d’ouvrir la réflexion à une question ultérieure : pourquoi les réalisateurs n’ont-ils pas cherché une fidélité plus grande au texte biblique et à la complexité du personnage ? Est-ce dans le souci (publiquement affiché) de toucher un public aussi large que possible ? Faut-il alors penser que la réalité de l’histoire du salut ou l’esprit de psaumes ne pourrait plus toucher nos contemporains, petits et grands ?