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Le « Roi des rois » : une aventure familiale sur les pas du Christ

Sorti il y a quelques mois dans les salles, le « Roi des rois », production coréenne (Mofac Studios) distribuée en France par SAJE est désormais disponible en DVD et en ligne : notre regard.

Londres, 1843, Charles Dickens se produit seul en scène dans la lecture de ses célèbres « Christmas Carols » (contes de Noël). Alors que l’écrivain déclame devant un public nombreux, toute sa petite famille se chamaille tranquillement en coulisse, puis carrément derrière le rideau qui les sépare de la scène. Son fils cadet Walter en pleine période arthurienne, s’escrime épée en main, flanqué de son fidèle chevalier de la Table Ronde, qui n’est autre que son chat Willa. Le jeu dégénère en dispute avec son frère et sa sœur et l’apprenti héros finit par déboucher sur scène devant tout le monde, interrompant la lecture de son père, dont il vient de détruire un certain nombre de feuillets de notes manuscrites. De retour à la maison, après une sérieuse remise au point et pour se réconcilier avec son jeune fils, Dickens lui propose de lire une histoire : sur invitation de son épouse, l’écrivain décide de conter à Walter, qui ne s’intéresse qu’aux péripéties chevaleresques, la vie et les aventures du vrai Roi des rois… Après la pénible scène qu’il vient de vivre, le jeune public est cependant loin d’être conquis : au long du récit, Charles doit sans cesse convaincre de l’intérêt de son histoire et montrer qu’elle concerne bien un roi. 

Flanqué sa fidèle petite épée (en bois) et de l’omniprésent chat Willa, Walter se trouve propulsé par le talent de conteur de son père dans les épisodes mêmes de la vie du Christ, car c’est bien lui qui est le seul vrai Roi des rois. Ils assistent ensemble à un certain nombre de scènes emblématiques des Évangiles, depuis l’enfance du Messie (naissance, recouvrement au temple) jusqu’à sa vie publique et sa Passion. 

Simplicité évangélique

Parmi les passages que nous avons relevés ou sur lesquels un commentaire s’impose, on relèvera par exemple la belle scène du baptême du Christ, qui transmet bien le sens prophétique de ce geste, manifestant ensemble la mort et la nouvelle vie. L’épisode de la délivrance du possédé gérasénien (dont la « Légion » de démons s’enfuit dans le troupeau de porcs) est représenté de manière assez elliptique : on se demande si le déroulé serait compréhensible pour un enfant qui ne connaîtrait pas au préalable le récité évangélique. Dans la guérison du paralytique, également très réussie, on regrettera simplement que la parole du Christ (qui s’éloigne pour une fois du texte évangélique) puisse sembler disjoindre les personnes de la Trinité en posant séparément « Dieu » et le « Fils de Dieu ». La marche sur les eaux est également une belle scène, qui illustre bien l’épreuve de la foi. 

L’approche du dénouement montre bien la montée de la jalousie et de l’hostilité des Pharisiens, avec cependant une petite simplification ou confusion entre les Pharisiens et Saducéens (deux groupes influents dans le judaïsme d’alors, mais que tout – ou presque – opposait en réalité du point de vue de la pratique et de la doctrine). Sur ce sujet, comme sur la question de la collusion entre les autorités romaines et le grand-prêtre, on pourra préférer à cet égard la mise en scène élaborée par les réalisateurs de The Chosen, qui manifeste bien les tensions et le jeu de dupes qui mène à la décision finale de la condamnation du Christ. 

La représentation de la Passion est également réussie : réellement touchante en évitant toute image violente ou choquante (la scène du clou serait peut-être le passage le plus marquant pour un regard d’enfant). Cette délicatesse de réalisation, qui permet de rendre le film vraiment accessible à tous les publics, se retrouve jusque dans la scène de la guérison de l’oreille du serviteur du grand-prêtre, où l’on évite de voir la moindre goutte de sang. 

Dans les détails de la Passion, montrée avec la même et très appréciable délicatesse, on pourra éventuellement regretter le choix d’avoir fait porter à Jésus seulement un montant (horizontal) de la croix, à rebours de l’imagerie traditionnelle. On y regrettera un peu aussi le fait de ne pas laisser de place aux sept paroles, et surtout l’absence de Marie (voir nos remarques ci-dessous au sujet de la perspective protestante). 

Introduire les enfants à une relation personnelle au Christ

Parmi les grandes qualités de ce beau film on relèvera plusieurs éléments qui nous semblent constituer de vrais points forts. 

L’idée de faire vivre l’aventure de la vie du « Roi des rois » à un fils, au rythme du récit de son père, en présence et avec les doux encouragements de sa mère, montre subtilement l’importance de la présence paternelle et maternelle et leur complémentarité dans la transmission de la foi. 

En outre, le caractère très vivant du récit, au point que le narrateur, son auditeur (et son chat) en deviennent les acteurs, est à prendre au-delà de l’anecdote : avec finesse, le film montre que chacun de nous est réellement présent au événements de la vie du Christ. L’histoire de ce « Roi des rois » est bien réelle, tellement réelle que nous en sommes les acteurs. Walter participe ainsi à la distribution des pains multipliés, et quelques belles remarques accentuent cette idée : « on aurait pu être amis », dit-il au sujet de Jésus enfant ; « est-ce qu’on peut l’aider ? » demande-t-il à son père au moment du portement de croix – « oui, mais pas de la manière que tu penses ». Le film fait percevoir aux enfants avec pédagogie la dimension profondément personnelle de la rencontre avec le Christ, à tout âge, et sa puissance transformante sur notre vie (visible immédiatement dans les relations – d’abord houleuses – au sein de la famille). 

Nous avons encore beaucoup apprécié la pureté évangélique des dialogues, puisée dans l’œuvre de Dickens, qui donne à entendre sans détour le verbe même du Christ. Le texte est par ailleurs mis en valeur par une belle musique, adaptée au public et au contenu. 

Quelques nuances

Parmi les éléments généraux qui nous semblent sujets à nuance, on pourrait mentionner l’esthétique des visages, assez contemporaine mais qui pourrait rapidement avoir l’air datée : les enfants de 2036 s’attacheront-ils encore à ces personnages ? Les images sont globalement belles, mais leurs couleurs peuvent également paraître un peu forcées ou kitsch. 

Enfin, et ce serait notre principale réserve, qui ne mène toutefois pas à déconseiller le visionnage – loin de là – mais qui pourrait constituer la base d’une discussion avec les plus grands, le scénario ne nous semble pas totalement exempt d’une certaine marque protestante, susceptible de véhiculer une certaine déformation de la doctrine, en particulier sur les points très délicats de la Rédemption et du salut par la foi. La mort du Christ est vraiment présentée comme un sacrifice (il « meurt pour nos péchés »), en lien avec le péché originel, mais il n’est pas clair que nous soyons appelés à nous unir à ce sacrifice pour en recueillir les mérites, encore moins que nous le puissions par le moyen d’un renouvellement sacramentel (la messe). En outre l’insistance sur la foi comme condition du salut peut laisser entendre que les œuvres procédant d’une charité vive n’y auraient pas leur part : des phrases comme « aie foi et tu seras sauvé » sont ainsi susceptibles d’une interprétation univoque dans le sens du Sola fide protestant.

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