En ce 6 janvier 2026, le pape Léon XIV va refermer solennellement la porte sainte de la basilique Saint-Pierre de Rome, mettant fin au Jubilé de l’Espérance, ouvert le 24 décembre 2024. La porte sera murée, jusqu’à ce qu’un nouveau jubilé soit proclamé, probablement en 2033 pour le deuxième millénaire de la Rédemption.
Alors donc que le jubilé de 2025 se termine, rappelons quelques notions importantes concernant le symbolisme de la porte jubilaire.
La Porte sainte du Jubilé
Passer la porte, c’est entrer dans la maison. Passer la porte sainte, c’est entrer dans la maison de Dieu. La porte sainte est la porte du salut : elle représente la porte du ciel. Pendant le jubilé, elle est complètement ouverte, ce qui symbolise une volonté d’accueil permanent et universel.
Dans l’Antiquité, la porte est un symbole du pouvoir. Quand elle est fermée, elle signifie la sécurité et la protection pour les habitants. Mais la porte peut désigner plus que l’ensemble architectural dont elle est l’entrée. Elle peut désigner la ville tout entière, par synecdoque (par ex. en Gn 22,17). Ou même davantage : ainsi par exemple, « la Sublime Porte » désignait jadis tout l’Empire ottoman, depuis le retour d’une ambassade envoyée en 1536 par François Ier. La porte en vient à désigner tout un pays, ou au moins le pouvoir en place. Ainsi, quand Jésus dit à Pierre que « les portes de l’enfer ne prévaudront pas » contre l’Eglise (Mt 16,18), il désigne tout l’enfer : la puissance satanique.
Les villes anciennes étaient très compactes, de manière à réduire la longueur des murailles à défendre. Dans la ville, les places étaient rares et peu étendues. L’endroit le plus commode pour se réunir était donc aux portes de la ville. C’était, en Orient, l’équivalent de l’agora grecque et du forum romain. Cela éclaire ce passage, concernant Jésus à Capharnaüm : « le soir venu, quand fut couché le soleil, on lui apportait tous les malades et les démoniaques, et la ville entière était rassemblée devant la porte » (Mc 1,32-33).
C’est aussi là qu’était rendue la justice. « Voyez, le Juge se tient aux portes » (Jc 5,9). La porte suggère le tri, le discernement, le jugement : elle est ouverte ou fermée, on entre ou pas. Au même endroit étaient exécutées les sentences, comme pour Jésus : « Jésus lui aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte » (He 13,12).
Notons que Jésus se compare à la porte : « Je suis la porte des brebis » (Jn 10,9), donc la porte du salut, la bergerie signifiant le ciel. Selon St Ignace d’Antioche (début du 2e s.), Jésus « est la porte du Père, par où entrent Abraham, Isaac, Jacob, les prophètes, les apôtres et l’Évangile » (Épître aux Philadelphiens 9,1). Ce rôle s’étend à sa mère, qu’on invoque dans les Litanies de Lorette comme porte du ciel, janua coeli.
De même, l’Eglise catholique est la porte du ciel, selon l’expression que l’on rencontre pour la première fois dans le cycle de Jacob, qui fonde le premier sanctuaire à Bethel, lieu de contact entre le ciel et la terre : c’est « la porte du ciel » (Gn 28,17). L’idée existe dans d’autres cultures du Proche-Orient antique : le nom de la tour de « Babel » (Babylone), dérive de la racine « bab », qui signifie « porte » (bab-ili : porte de Dieu).
On ne rappelle pas souvent aujourd’hui qu’« étroite est la porte » (Mt 7,14). Ni que rien de souillé n’entre au ciel (cf. Ap 21,27) : il faut se purifier (par le baptême, puis par l’eau bénite et surtout le sacrement de pénitence) avant de passer la porte. D’où l’importance de se confesser avant de franchir la porte jubilaire.
De cette porte, saint Pierre a reçu les clefs, symbole d’autorité. Il a le pouvoir d’ouvrir ou de fermer les portes, c’est-à-dire de contrôler l’accès. Au moment de son reniement, Pierre en est trouvé indigne. Ironiquement, on apprend que ce n’est pas lui, mais la servante qui le questionne « qui gardait la porte » (Jn 18,17). Toutefois, à la Pentecôte, il retrouve son autorité : c’est lui qui fera entrer le boiteux dans le Temple de Jérusalem, par la « belle porte » (Ac 3,1-10).
Pourquoi Saint-Pierre a-t-il deux clefs ?
Saint Pierre est traditionnellement représenté avec deux clefs, car en Mt 16,19, Jésus lui dit : « je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ».
Pourquoi deux clefs, et pas une, ou trois ? La parole de Jésus met le mot clef au pluriel, et évoque deux fonctions (lier et délier) et deux dimensions : la terre et le ciel. On a donc deux clefs, qui incarnent le pouvoir donné à Pierre de lier et délier : autrement dit, d’ouvrir ou de fermer l’accès au salut, tant sur terre que dans le ciel. Le pluriel du mot vient aussi, peut-être, d’une connexion avec le verset précédent, où sont évoquées les portes de l’enfer.
Les deux clefs sont généralement représentées de couleurs différentes : l’une en or, l’autre en argent. La clef d’or symbolise le pouvoir céleste, c’est-à-dire l’autorité de Pierre et de l’Église quant à l’accès au Royaume des Cieux. Tandis que la clef d’argent représente le pouvoir terrestre, c’est-à-dire l’autorité de Pierre et de l’Église sur la terre.
En héraldique, les armoiries du Vatican et du Saint-Siège comportent ces deux clefs croisées, souvent reliées par une chaînette, pour symboliser l’union des pouvoirs spirituel et temporel de l’Église. Ce symbole rappelle la fonction de gardien des portes célestes, rôle que Pierre partage avec des figures mythologiques comme Janus (surnommé claviger : porteur des clefs), le dieu romain des portes, qui détenait aussi deux clefs, l’une ouvrant le ciel, l’autre la terre.
Le fait qu’il y ait deux clefs peut enfin symboliser que le salut n’est pas facile ou automatique. Une seule clef symboliserait une entrée facile… Par ailleurs, n’avoir qu’une seule clef n’implique pas forcément une grande responsabilité. Dans un château par exemple, c’est celui qui a toutes les clefs, et non pas une seule, qui possède le pouvoir le plus important et la plus grande responsabilité.
Invoquons le secours bienveillant de saint Pierre et n’oublions pas l’avertissement de Jésus : « luttez pour entrer par la porte étroite » (Lc 13,24).