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Julian de Cuenca, un saint manuel et intellectuel !

Voilà un saint pour ceux qui se demandent dans quelle voie diriger leurs efforts, dans quel cap engager leur labeur, et s’il faut privilégier des études purement théoriques et intellectuelles où s’embarquer résolument dans une branche manuelle plus professionnalisante.

Saint Julian, évêque de Cuenca au début du XIIIe siècle, est un bel exemple de vie menant de front des études intellectuelles poussées et la pratique d’activités manuelles (en ce qui le concerne, la fabrication de paniers d’osier).

Pour commencer, des études !

Julian Ben Tauro naquit en Espagne, dans la ville de Burgos, vers l’an 1127. Sa famille est sans doute d’origine mozarabe, comme le suggère son nom, Ben Tauro, fils de Tauro. C’est en tout cas une famille catholique, qui vit sur un territoire où se côtoient catholiques, juifs et musulmans, sur fond de début de Reconquista. Il entame d’abord des études à l’école cathédrale de Burgos, ensuite poursuivies dans la première université fondée en Espagne, celle de Palancia, qui servira de modèle à la fameuse université de Salamanque. Il y obtient un doctorat, puis y devient professeur de philosophie et de théologie à partir de 1153. Julian n’a pas à rougir de son niveau intellectuel ! Et pourtant…

En fait, les études ne suffisent pas…

La réussite intellectuelle et académique n’est pas essentielle à ses yeux. Certes, réussir est appréciable ; mais un titre universitaire ne servira pas de passeport pour entrer dans le Royaume des Cieux. Julian connaît l’Évangile, il connaît sans aucun doute la terrible annonce du jugement dernier : « j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25, 35-36). Nourrir les affamés, soigner les malades, vêtir les nécessiteux, autant d’actions qui, faites par charité, ne resteront pas sans récompense ! Mais autant d’actions qui nécessitent de l’argent, des moyens financiers. Le jeune Julian en est bien conscient.

Travailler plus pour gagner plus

Il trouve une solution bien classique : travailler plus, pour gagner plus ! Déjà étudiant, à côté de ses études universitaires (qui ne rapportent rien mais coûtent beaucoup), puis  professeur, à côté des cours qu’il donne aux élèves (qui rapportent de quoi vivre, pas de quoi faire fortune), il consacre son temps libre à la fabrication de paniers et autres objets en osier. Ces paniers, il les vend, et du bénéfice ainsi obtenu, se sert pour aider les pauvres et les nécessiteux. La charité est inventive, et trouve toujours par où passer, pour peu que nous y mettions de la bonne volonté ! Dans le cas de saint Julian, c’est un sacrifice de son temps de loisir qui lui a permis de venir en aide à ses contemporains : ne l’oublions pas, nous qui, au XXIe siècle, vivons dans une société où le loisir est roi.

1163-1191 : bienheureuse solitude et contemplation…

La carrière universitaire de Saint Julian était bien engagée, quand – en 1163 – il décide de se retirer de ses fonctions de professeurs. Il a environ 36 ans, et décide de faire un choix radical : le choix de Dieu. Il reçoit les ordres mineurs, puis le sacerdoce, et part s’installer dans un lieu isolé près de Burgos, le long de la rivière Arlanzón, à Vega de la Semella. Là, le nouveau prêtre passe des heures seul avec Dieu, et se livre à la prière, à la contemplation, à la pénitence par la mortification du corps et de l’esprit. Cette vie érémitique est radicale, elle a tôt fait d’attirer auprès de Julian un disciple nommé Lesmes, qui lui sera fidèle jusqu’au bout. C’est maintenant à deux que, pendant près de trente années dans le silence, vivra le petit ermitage.

… pour transmettre ce qu’on a contemplé !

Prier est nécessaire pour tout chrétien, mais il est impossible d’être chrétien tout seul. Le zèle pour le salut des âmes, qui dévorait le jeune Julian lors de ses études, qui le faisait renoncer à ses loisirs pour acquérir quelques pièces de plus pour les nécessiteux, n’était pas mort en lui. Parce que la vie érémitique ou monastique n’est pas un rejet du monde, mais un choix radical pour ne s’attacher qu’à Dieu seul, et entraîner dans ses prières et dans son sillage sa famille, ses amis, ses connaissances, bref l’humanité entière : qui s’élève élève le monde ! C’est la raison d’être de tout ermitage, comme de tous les ordres religieux contemplatifs.

Mais aussi, dans le cas de saint Julian, parce que ce retrait du monde n’eut qu’un temps ; dans le plan divin, il y avait autre chose : la transmission de la foi, aux populations chrétiennes à affermir  comme aux musulmans et aux juifs à évangéliser. C’est rempli de zèle que saint Julian se mit à arpenter les routes de la Péninsule Ibérique pour parler de Jésus-Christ, Lumière du monde, Sauveur des hommes, vrai Dieu et vrai homme. Il en parla si fort qu’il attira l’attention des autorités ecclésiastiques de l’époque.

D’ermite à évêque en passant par archidiacre : la voie des honneurs ?

En 1191, l’archevêque de Tolède, Martin II Lopez de Pisuerga, nomma Julian archidiacre de son diocèse. Il fut dès lors titulaire de nombreuses charges administratives, responsable d’assurer le bon fonctionnement du diocèse. Voilà qui ne freina pas ses ardeurs apostoliques : il continua autant que possible ses tournées de prédications, et poursuivit à chaque occasion la confection de paniers en osier ! Preuve que les postes à responsabilité, les métiers de bureau, ne sont pas rédhibitoires pour faire le bien. En 1196, l’évêque du tout nouveau diocèse de Cuenca, rendit son âme à Dieu. Il lui fallait un successeur, qui soit aussi compétent que saint : le choix se porta sur Julian, alors âgé de 69 ans.

Triple défi en vue

Saint Julian recevait sur les épaules le fardeau d’un diocèse en pleine construction, après la récente reconquête des territoires par les armées catholiques. La population, une fois encore, était très mélangée au point de vue religieux, les guerres ayant entraîné des fragilités structurelles. Bref, il fallait un homme dont la compétence puisse affermir l’Église, dont les mœurs puissent toucher les cœurs, et dont la sainteté puisse convertir les âmes. C’est ce triple défi que releva saint Julian de Cuenca.

Établir l’Église sur cette nouvelle terre de chrétienté, cela demandait au nouvel évêque une attention de tous les instants. Il fit particulièrement attention à ses prêtres et aux fidèles du diocèse, tachant de  mener régulièrement la visite pastorale dans toutes les paroisses, organisant les statuts d’un chapitre pour la cathédrale.

Son amour pour les pauvres se manifesta à nouveau : il encourageait les gens à pratiquer l’aumône, à venir en aide aux nécessiteux, quelle que soit leur religion, ce qui toucha le cœur des populations non chrétiennes. En plus de le conseiller, il en montrait l’exemple, tant par des aumônes qu’en payant de sa personne, par des visites et, encore et toujours, par la confection et la vente de paniers d’osier !

Il puisait l’énergie pour mener à bien toutes ses tâches dans la seule source infinie : le contact personnel, fervent et quotidien, avec Notre Seigneur, dans la prière et les sacrements.

Sainteté illustrée et rappel à Dieu

« Celui qui prie se sauve certainement, celui qui ne prie pas se damne certainement » (saint Alphonse de Liguori). Or Julian priait : il devait donc être saint ! Un exemple de sa sainteté ? La légende rapporte qu’un jour dans le diocèse, les vivres vinrent à manquer. Les récoltes étaient mauvaises, il n’y avait plus de grain, base indispensable pour faire la farine puis le pain : la famine était aux portes de la ville. Ces nouvelles alarmantes poussèrent l’évêque à tout confier à Dieu : il se mit à prier du fond du cœur, avec larmes et sanglots, mais aussi avec confiance. On vit alors arriver au palais épiscopal une longue caravane d’ânes chargés de sacs de grains. Personne ne guidait cette colonne salvatrice, personne ne savait d’où venaient ânes et grains, et personne ne put la suivre pour voir où repartaient ces providentiels porteurs. Mais les faits étaient là : il y avait du blé en quantité à Cuenca, la famine allait être évitée : tout cela, grâce à la prière et l’intercession du saint évêque !

Après une vie chargée de labeurs et de prières, après plus de dix ans passés à diriger l’évêché de Cuenca, saint Julian mourut le 28 janvier 1208, dans son diocèse. Il fut enterré dans la cathédrale de Cuenca, qui maintenant porte son nom à côté de celui de Notre Dame, et fut canonisé par le pape Clément VIII en 1594. Il est le patron du diocèse de Cuenca. Que son exemple nous aide à allier connaissance et action, travaux intellectuels et aides concrètes autour de nous : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

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