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Il y a 150 ans : les premières apparitions de Pellevoisin

Le petit village de Pellevoisin, dans le département de l’Indre, célèbre aujourd’hui les 150 ans de l’apparition Notre-Dame de Miséricorde ou du Sacré-Cœur à Estelle Faguette. Tout au long de l’année 1876, à partir du 14 février, ce lieu fut transformé par une série d’événements qui commencèrent dans une humble chambre, au chevet de cette servante à l’article de la mort.

La rédaction de cet article s’appuie sur la lecture du bon ouvrage de Sylvie Bernay, professeur agrégée d’histoire et postulatrice de la cause de béatification d’Estelle Faguette : Estelle Faguette – La voyante de Pellevoisin

Retrouvez la suite de notre série complète sur les apparitions de Pellevoisin : 

Une jeunesse pauvre et pieuse

Estelle Faguette naît le 12 septembre 1843 à Saint-Memmie, près de Châlons-en-Champagne, dans une famille très modeste, marquée par une grande instabilité économique. Son père, entrepreneur malheureux, bientôt ruiné, doit vendre ses biens et emmener sa famille à Châlons-sur-Saône, puis à Paris, en 1858, cherchant à plusieurs reprises un nouveau départ, sans succès durable pourtant.

Dès son enfance, Estelle se distingue par sa piété profonde, en particulier mariale. Élève chez les religieuses, elle se fait remarquer par son amour pour l’Eucharistie et sa dévotion à Notre Dame. Son unique aspiration est de se consacrer à Dieu et de se dévouer pour sa famille, même si les biens matériels font défaut.

En 1860, âgée de 17 ans, elle tente d’entrer chez les Augustines Hospitalières de l’Hôtel-Dieu, à Paris, exprimant une vocation religieuse authentique. Peu après cependant, alors qu’elle n’a pas encore prononcé ses vœux, elle se tord le genou dans une grave chute dans un escalier, qui la contraint à renoncer à cette vocation. Elle se trouve incapable de poursuivre la vie religieuse qu’elle désirait. Estelle reconnaîtra plus tard que cet accident faisait partie de la volonté de Dieu sur sa vie.

Service, famille et maladie

Contrariée dans sa vocation, Estelle devient domestique et lingère. Grâce à l’entremise des Filles de la Charité, elle entre au service de la comtesse Marie-Luce de La Rochefoucauld-Montbel, qui réside entre Paris et la province, passant la belle saison au château de Poiriers-Montbel, à proximité de Pellevoisin (Indre).

Estelle devient ainsi le soutien financier et affectif des siens, y compris de sa sœur cadette et des enfants de sa sœur aînée décédée.

Appréciée par la famille de La Rochefoucauld, Estelle est décrite comme d’un caractère enjoué, vivant, amical. Pourtant sa santé, déjà fragile, se détériore progressivement : elle souffre bientôt d’une métrite et d’une péritonite chronique devenant tuberculeuse, atteignant les poumons et l’estomac. En janvier 1876, son état empire au point qu’elle ne peut plus être déplacée et que la comtesse de La Rochefoucauld la fait installer dans une petite maison du bourg de Pellevoisin, proche de l’église. Elle y est alitée dans une chambre, considérée par les médecins comme mourante.

La lettre à Marie

Dans cette solitude et cette souffrance, avec une confiance totale en la miséricorde divine, Estelle avait écrit en août 1875 une lettre ardente et très touchante à la Vierge Marie, qu’elle avait fait glisser entre les pierres de la grotte (artificielle) de Lourdes construite par les La Rochefoucauld dans le parc de Montbel. Elle désire ardemment guérir, pas seulement pour elle-même, mais afin de continuer à soutenir ses parents âgés. Sa lettre témoigne d’une foi simple et profonde : elle confie ses besoins à Marie, en prenant conscience de sa propre faiblesse et dépendance à l’amour de Dieu.

 « Ô ma bonne Mère, me voici de nouveau prosternée à vos pieds. Vous ne pouvez pas refuser de m’entendre. Vous n’avez pas oublié que je suis votre fille et que je vous aime. Accordez-moi donc de votre divin Fils la santé de mon pauvre corps pour sa gloire.

Regardez donc la douleur de mes parents, vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’œuvre que j’ai commencée? Si vous ne pouvez, à cause de mes péchés, m’obtenir une entière guérison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle de mes parents. Vous voyez, ma bonne Mère, ils sont à la veille de falloir mendier leur pain ; je ne puis penser à cela sans être profondément affligée

Rappelez-vous donc les souffrances que vous avez endurées, la nuit de la naissance du Sauveur, lorsque vous fûtes obligée d’aller de porte en porte demander asile ! Rappelez-vous aussi ce que vous avez souffert quand Jésus fut étendu sur la Croix. J’ai confiance en vous, ma bonne Mère ; si vous voulez, votre Fils peut me guérir. Il sait que j’ai désiré vivement être du nombre de ses épouses, et que c’est en vue de lui être agréable que j’ai sacrifié mon existence pour ma famille qui a tant besoin de moi.

Daignez écouter mes supplications, ma bonne Mère, et les redire à votre divin Fils. Qu’il me rende la santé si tel est son bon plaisir, mais que sa volonté soit faite et non la mienne. Qu’ Il m’accorde au moins la résignation entière à ses desseins et que cela serve pour mon salut et celui de mes parents. Vous possédez mon cœur, Vierge Sainte, gardez-le toujours et qu’il soit le gage de mon amour et de ma reconnaissance pour vos maternelles bontés. Je vous promets, ma bonne Mère, si vous m’accordez les grâces que je vous demande, de faire tout ce qui dépendra de moi pour votre gloire et celle de votre divin Fils.

Prenez sous votre protection ma chère petite nièce, et mettez-la à l’abri des mauvais exemples. Faites, ô Vierge Sainte, que je vous imite dans votre obéissance et qu’un jour je possède avec vous Jésus dans l’éternité. »

Premières apparitions

Dans la nuit du 14 au 15 février 1876, alors qu’Estelle est dans sa petite chambre du bourg de Pellevoisin, à l’article de la mort, un événement surprenant bouleverse son sommeil. Selon le récit qu’elle en fera elle-même, elle aperçoit d’abord au pied de son lit une apparition du diable. Mais presque immédiatement, la Vierge Marie apparaît à lautre bout du lit et chasse cette présence obscure.

Notre-Dame s’adresse ensuite à Estelle avec des paroles de réconfort :
« Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille. Courage, prends patience, mon Fils va se laisser toucher. Tu souffriras encore cinq jours, en l’honneur des cinq plaies de mon Fils. Samedi, tu seras morte ou guérie. »

Marie assure à Estelle de sa présence aimante tout en lui demandant de partager la souffrance de son Fils et lui promet aussi une issue claire : la mort ou la guérison. Elle vit ainsi cinq jours de souffrance redoublée, offerts « en l’honneur des cinq plaies du Christ », ce qui renforce le sens spirituel de sa maladie.

Cette séquence est accompagnée par cinq visites, du 14 au 19 février 1876, chaque apparition apportant des encouragements à Estelle, des messages de patience et de confiance : « Tu as, par ta résignation, racheté des fautes » ; « si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire » et cette mystérieuse appellation : « je suis tout miséricordieuse et maîtresse de mon Fils ».

La guérison miraculeuse et les débuts de la dévotion

Dans la nuit du 18 au 19 février, lors de la cinquième apparition, la promesse se réalise : Estelle est guérie de sa maladie grave. Cette guérison défie toute explication médicale de l’époque et sera dûment constatée par plusieurs médecins reconnus, permettant plus tard que l’Église l’authentifie comme miraculeuse, mais cette reconnaissance n’aura lieu qu’en 1983 par Mgr Vignancour, archevêque de Bourges.

La guérison d’Estelle n’est pas seulement personnelle : la grâce reçue par cette femme humble et malade, signe vivant de la tendresse maternelle de Marie et de l’espérance en la résurrection, marque le début d’une dévotion qui va s’étendre bien au-delà de Pellevoisin. La comtesse obtient bientôt de l’archevêque de Bourges (Mgr de La Tour d’Auvergne, avec lequel elle cousine) de pouvoir transformer la petite chambre en chapelle. Après ces premiers épisodes de février, Estelle continuera de voir la Vierge Marie, dix fois encore, jusqu’au 8 décembre 1876. Ces visites, sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article, enrichiront progressivement ce message de miséricorde, de confiance et de vie cachée en Dieu.

Découvrez notre article suivant : Pellevoisin (1876) : quinze apparitions et un message.

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