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Du bon usage des outils numériques (2/2)

Après avoir aidé dans un premier article à appréhender le caractère addictif et nocif des écrans, tout en reconnaissance que l’on ne peut s’en passer totalement, Xavier Lanne,
auteur de L’intimité assiégée, propose des solutions concrètes pour un usage raisonné des outils numériques. Dans cette seconde partie, il nous conseille pour limiter notre usage des outils numériques.

Lire la première partie de l’article (1/2)

Primauté de la raison sur les réflexes et l’intuition

Avant d’ouvrir tel ou tel réseau social, posons-nous la question : « Quel est réellement le besoin ? » Par exemple, avant d’aller sur Youtube : y vais-je pour trouver une vidéo en particulier afin de m’instruire ou juste pour y regarder ce qui s’y passe ? Souvent, les applications sont ouvertes avant même d’avoir réfléchi à ce qui est cherché. N’agissons pas sous le coup de l’impulsion, mais par réelle nécessité, après avoir émis un jugement sur la pertinence de l’acte. Être au courant de ce qui se passe à l’autre bout d’Internet est rarement une vraie nécessité du quotidien.

Un moyen facile de se libérer de son smartphone consiste à activer le « mode lecture ». Le mode lecture configure l’affichage de l’écran en noir et blanc. Les développeurs mettent beaucoup de temps à choisir des couleurs pour rendre les applications plus addictives. Le passage en mode lecture permet d’échapper à l’écran captatif.

Lire vraiment

Aujourd’hui, la plupart des logiciels sont conçus pour être plus intuitifs que logiques. Lorsqu’un nouveau logiciel s’affiche sous les yeux, la plupart des personnes iront cliquer là où l’intuition dit d’aller cliquer, plutôt que de parcourir l’interface des yeux et la comprendre intelligemment, en saisir sa structure. Pourtant, prendre le temps d’un vrai apprentissage, généralement nécessaire dans le cas d’outils complexes, est beaucoup plus formateur et cela permet de rester libre vis-à-vis de l’outil. Lire les informations qui s’affichent à l’écran constitue un excellent exercice d’intelligence et donc de maîtrise de soi. Cette bonne habitude protège aussi des attaques Cyber, conçues pour se déclencher lors d’un clic des utilisateurs. Une lecture attentive détectera facilement les impostures.

Autre exemple de réaction intuitive :  à l’affichage d’une boîte de dialogue signalant une erreur, l’utilisateur s’empresse de fermer la petite fenêtre le plus vite possible, comme si cela résolvait le problème. Il faut dire que les fenêtres d’erreurs sont faites pour susciter ce genre de réaction : une fenêtre peu « élégante », avec une icône rouge sur la partie gauche, un message d’erreur à sa droite et un bouton présélectionné en bas à droite qui se détache du reste, parfois coloré. Le message d’erreur étant le plus souvent un texte tantôt très court sans information pertinente pour l’utilisateur, tantôt long et condensé intégrant des codes d’erreurs à dormir debout, le tout dans une langue étrangère. Il y a des raisons de vouloir faire disparaître la fenêtre. Pourtant, tenter de comprendre l’erreur (Internet peut aider) permettra de la résoudre pour l’éviter à d’autres reprises.

Retrouvez notre interview exclusive avec Xavier Lanne

Limiter les outils informatiques quotidiens

Certains outils informatiques se révèlent de plus en plus chronophages. Les réseaux sociaux en sont le meilleur exemple. Les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok…) ne sont pas conçus pour répondre à un besoin objectif. S’ils laissent l’illusion de partager des informations utiles, leur mode de simplification empêche de répondre adéquatement à la soif de connaissance de l’être humain. Rappelons que la photo la plus aimée d’Instagram, à ce jour, est un œuf de poule sur fond blanc. Peut-être s’agissait-il de témoigner des ambitions que porte l’humanité actuellement…

Pour aller plus loin, une règle que nous pourrions installer, notamment en famille, serait d’instituer un jour – ou une après-midi, une soirée – par semaine (le dimanche, par exemple) où nous vivons pour et avec nos proches, détachés du monde numérique. Le but étant de retrouver des activités ludiques où les proches se soutiennent les uns les autres, libérés des actualités et des informations envahissantes des réseaux sociaux. Cette décision pourrait être l’occasion de réinstaurer la balade familiale, les lectures du soir, d’inviter ses amis à partager un moment de simplicité, de faire des jeux de sociétés ou en plein air. Les idées ne manqueront pas !

Comme l’ont déjà expliqué de nombreux auteurs, il est primordial pour le bon développement des enfants de n’être pas trop exposé aux écrans. Le vrai apprentissage se fait au contact du réel. Attention à la fascination de l’outil numérique… Car il est très excitant pour l’enfant de voir changer les images à l’écran aussi simplement qu’en bougeant la souris ou les touches du clavier. Le retenir dans cette frénésie lui permettra de comprendre très jeune qu’il s’agit d’un outil comportant des risques.

À quel âge l’enfant peut-il commencer à utiliser un smartphone ? Il est difficile de donner un âge précis, car le smartphone demande une vraie maturité, une éducation préalable. L’âge minimum requis nous semble être la fin de l’adolescence. D’ici là, d’autres solutions se présentent : le téléphone « 9 touches », sans Internet, ne coûte pas cher et ne casse pas à la première occasion.

 

Annexe : 10 idées pour mieux maîtriser l’usage des écrans

  1. Activer le mode lecture (noir et blanc) dans les paramètres de votre smartphone pour rendre l’écran moins addictif.
  2. Désactiver les notifications des applications.
  3. Désactiver les indicateurs inutiles : indicateur de lecture, indicateur de saisie.
  4. Ne pas se laisser cliquer sur les boutons sans réfléchir (évite aussi les attaques cyber).
  5. Fixer un horaire ou un repère chronologique où le smartphone doit être rangé (par exemple, après 20 h ou avant la prière du soir)[1]. Acheter un réveille-matin : il remplacera le téléphone dans cette fonction.
  6. Envoyer un seul message plutôt que plusieurs petits messages.
  7. Utiliser des formules de clôture dans les messages (« Bien à vous », « Cordialement », « Avec l’assurance de ma prière », « Amitiés », etc.).
  8. Se réserver une journée[2] par semaine sans smartphone. Prendre goût aux activités sans écran (travaux manuels, balades, livres, prière …)
  9. Choisir des outils ajustés au besoin objectif.
  10. Utiliser des logiciels libres, respectueux de la vie privée et respectant des normes ouvertes dans la mesure du possible.

[1] On peut aussi fixer des lieux sans écran, notamment la chambre à coucher. Le smartphone est laissé dans sa « niche. »

[2] Si cela paraît trop exigeant, commencer par une demi-journée.

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