L’unique Esprit du Christ qui anime l’Église
Saint Jacques nous rappelle dans son épître (Jc 1, 17-21) ce que Dieu a fait et continue de faire en nous. Par le baptême, il nous a engendrés à la vie éternelle. Dieu habite en nous. Voilà le cœur brûlant de notre foi, la raison d’être de notre existence. Nous sommes rassemblés aujourd’hui, en communion avec tous les fidèles baptisés du monde entier, autour d’un chef unique, Jésus-Christ. Et le lien qui fait la communion, c’est la personne du Saint-Esprit. Dieu habite en nous. C’est le même Esprit qui vit en Léon XIV, dans chaque évêque, dans chaque baptisé en état de grâce. Un seul et unique Esprit divin qui accomplit sa volonté à-travers la nôtre. Telle est l’Eglise, composée d’hommes, mais fondée par le Christ Jésus dans l’Esprit-Saint. Il nous l’a dit dans l’Évangile : « je m’en vais, et je vous enverrai le Paraclet, le consolateur, l’avocat, le défenseur. L’Esprit vous enseignera toute vérité. Il dira tout ce qu’il aura entendu » (Jn 16, 5-14). C’est ainsi, l’Eglise aujourd’hui, et elle ne changera jamais. Assistée du Saint-Esprit veillant dans l’âme de chaque fidèle, l’Eglise grandit, s’étend, rayonne, là où chaque fidèle l’écoute, dans le silence de son oraison quotidienne.
À l’écoute de l’Esprit
Comment écouter l’Esprit ? Comment mon esprit, puissance faite d’intelligence, de volonté et de mémoire, peut-il rejoindre chaque jour l’Esprit de Dieu ? Où est-il en moi ? Que dois-je faire pour vous entendre, pour vivre avec vous et par vous tous les instants successifs de ma journée, ô Saint-Esprit de Dieu ? Pour répondre, je vous propose de filer la métaphore, entre le conclave qui s’est tenu à Rome la semaine dernière, et la vie d’oraison quotidienne du fidèle baptisé.
Rome, c’est mon âme
Rome est le cœur de l’Eglise, représentée par les cardinaux. L’Eglise, c’est moi. Rome, c’est mon âme. Les cardinaux, ce sont mes membres, mes facultés, mes puissances. Les cardinaux se rassemblent à Rome ; certains voyagent de loin, d’autres à proximité de Rome. Quand j’entre en oraison, certaines de mes facultés sont loin, d’autres proches du centre de mon âme : corps fatigué ou reposé, imagination excitée ou calme, intelligence endormie ou vive, volonté lâche ou ferme… Il faut qu’elles voyagent, dans le secret de ma chambre, de mon oratoire, dans la solitude. Je me lève de bon matin, je prends ma douche et mon café, je méprise mon téléphone, je ferme la porte de ma chambre et je reste calme.
Premier rassemblement : le début de l’oraison
Ça y est, tous les cardinaux sont à Rome. Mais ils ne se connaissent pas bien. Ils se rencontrent. C’est le préconclave, les congrégations générales qui commencent. C’est le début de l’oraison : dans la solitude, mes différentes facultés physiques et spirituelles se rencontrent, se connaissent, discutent entre elles. Je m’agenouille, je joins les mains, ferme les yeux ; je respire profondément autant de fois que de besoin, je pense à maintenant, là, j’entre dans le temps présent, je pose un acte de foi : « mon Dieu, je crois que vous êtes là en moi ». Je contrôle mes facultés par une volonté ferme : je garde les yeux fermés, je reste à genoux, je rejette la distraction, je choisis Dieu, j’aime ce que je fais maintenant. Les cardinaux se rencontrent.
Entrée dans la chapelle Pauline : recueillement et silence
Alors, quelques minutes après ces congrégations générales, me voilà transporté par l’Esprit dans la chapelle Pauline, à quelques mètres de la Sixtine, dans le palais du Vatican. Les cardinaux sont assis sagement en ordre et en silence. Jusqu’ici, ils étaient encore sollicités par l’esprit du monde. Maintenant les voilà tous côte à côte, tournés vers le Dieu unique et trois fois saint. Ils pensent, ils prient, ils aiment. Si vous regardez bien les vidéos de l’entrée en conclave des cardinaux, vous verrez qu’ils ne sont pas encore parfaitement à l’unisson : on dort un peu, on regarde distraitement les caméras, on étouffe un bâillement, on remue ; d’autres s’abîment dans la contemplation des fresques, beaucoup prient. C’est la suite de l’oraison. Après les quelques minutes de congrégation générale à genoux, je peux m’asseoir si je le veux, et tourner toutes mes puissance rassemblées, corps et âme, vers le Dieu unique. Certes je suis un peu distrait, un peu courbaturé, un peu fatigué ; une partie de moi souhaite s’en aller, une autre souhaite commencer vraiment le conclave, une autre décide de rester et d’attendre. Je suis dans la chapelle Pauline, je m’y repose, je m’y concentre, j’adore dans le silence.
La procession : louange et intercession
Et puis les cardinaux se lèvent. La procession démarre, pour la chapelle Sixtine. Ils chantent à l’unisson les litanies des saints pour recevoir la protection, l’intercession des plus grands qui les ont précédés ici-bas. C’est l’heure de rejoindre le Saint des saints, l’Esprit-Saint, là, dans le cœur de Rome, la chapelle Sixtine. Dans l’oraison, si j’en sens le besoin, j’ouvre les yeux et je me saisis du livre qui m’accompagne toujours : la Bible, ou les écrits spirituels d’un saint. Je lis quelques motsdans ce livre. Parce que je sens le besoin de m’inspirer des plus grands que moi, des plus proches amis de Dieu. Une bonne oraison, c’est une alternance entre le silence, la contemplation, la lecture, la méditation. Tout fonctionne ensemble dans une liturgie personnelle bien réglée par l’expérience. Les gardes suisses sont mes anges gardiens qui me protègent des attaques diaboliques. Les cardinaux qui avancent et chantent sont mes facultés qui s’unissent les unes aux autres dans un grand chant de louange pour Dieu. Toute ma personne veut pénétrer dans la chapelle Sixtine, sans laisser derrière une puissance désordonnée.
« Extra omnes »
Ça y est, les cardinaux sont à leur place dans la Sixtine. « Extra omnes ! » prononce le maître des célébrations liturgiques. Alors la chorale, les invités, les cameramen : tous sortent de la chapelle. Et l’on ferme les portes à clé : sous clé, conclave. Seul dans ma chambre, mon oraison au sommet : seul avec l’Esprit de Dieu. L’esprit du monde, lui, avec tout son cortège d’obstacles, est sorti ; les distractions naturellement toujours présentes n’empêchent pas le dialogue avec l’Esprit-Saint. Parce que ma volonté est bonne, mon intelligence est tendue vers le vrai, mes facultés en paix et rassemblées tout entières au service de Dieu. Le maître de l’oraison, de sa parole divine efficace, chasser quand il veut et comme il veut tous les empêchements à l’union de mon âme avec lui : « Extra omnes ! »
Les cardinaux en ont témoigné lors du dernier conclave : quand les portes de la Sixtine ont été fermées avec fracas et gardées par les Suisses, toutes les pressions extérieures ont disparu soudainement, pour laisser la place à l’écoute attentive de l’Esprit-Saint. Dans l’oraison, sur l’ordre de Dieu, les anges ferment le sanctuaire de notre âme aux puissances mondaines, et nous laissent en contact privé, intime, avec l’Esprit. C’est le conclave, le centre de l’oraison, là où tout se joue pour notre vie future : la discussion dans l’Esprit, avec l’Esprit, qui va nous permettre ensemble d’accorder nos volontés pour l’avenir.
L’action discrète du Saint-Esprit
Il n’y a pas pour autant d’apparition du Saint-Esprit, de sensation forte, de vision, de parole divine audible. Mais simplement des tours de scrutin dans la prière. Les votes s’accumulent : la décision s’arrête, fruit de cette discussion intime entre le Saint-Esprit et l’esprit des cardinaux. Les portes s’ouvrent ; un pape sort, capitaine du Christ qui fixera le cap pour l’Eglise militante. Mon oraison personnelle quotidienne est aussi un conclave, qui s’achève sur une direction. Pas de grande manifestation sensible de Dieu. Mais le fruit de mon oraison est un cap, une direction sûre pour ma journée qui commence, par et dans l’Esprit de Dieu.
L’heure de l’action de grâces
C’est l’heure de l’action de grâce, des acclamations de la place Saint-Pierre, de la prière du Je vous salue Marie lancée par le pape, d’un dernier regard aux gardes suisses et du retour dans la vie active. C’est la fin de l’oraison. Je rends grâce à Dieu pour ce colloque intime. Je le remercie pour tout ce qui vient de se faire en moi et que je ne vois pas, que je ne sens pas, mais en quoi je crois. J’acclame la Vierge Marie, je jette un dernier regard à mon ange gardien et à tous les saints, et je commence ma journée trépidante d’activités.
Pour ceux qui veulent seulement éviter l’Enfer et sauver leur âme, les quinze ou trente minutes d’oraison quotidienne ne sont pas absolument nécessaires. La foi, les sacrements, l’obéissance aux commandements, cela suffisent. Mais à ceux qui veulent partager la vie des saints aujourd’hui même, vivre chaque seconde en présence de Dieu et avec son regard sur toute chose, l’oraison est nécessaire. A tous ceux qui hésitent encore à la pratiquer, aujourd’hui, je vous l’affirme : avec l’oraison, votre vie sera plus sûre, plus simple, plus heureuse, plus libre, plus douce et plus sainte. Commencez demain matin, rejoignez des écoles d’oraison comme il en existe ici dans de nombreuses communautés, et demandez conseil aux spirituels, laïcs, religieuses ou prêtres, près de chez vous.