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Comment parler d’amour aux jeunes de 2025 ? (2/2)

Comment parler d’amour aux jeunes en 2025, dans un monde où les sentiments sont exaltés, les repères brouillés, et les applications de rencontre semblent avoir remplacé la conversation ? Comment évoquer l’amour sans tomber dans le moralisme ou la naïveté, sans réduire l’affectivité à une pulsion ou à un idéal désincarné ? Le petit livre du P. Gaspard Craplet, Libres pour aimer en vérité, s’y emploie avec brio. En un style clair, direct, accessible, il propose une véritable réflexion anthropologique et spirituelle sur lamour, l’affectivité et la sexualité, enracinée dans la foi chrétienne mais ouverte à tout chercheur de vérité.

 

Lire la première partie de l’article

Pureté et chasteté : la clé de la liberté

Habitué à accompagner de nombreux jeunes, le P. Craplet ose un discours simple et vrai sur la pureté. Le principal obstacle à la chasteté avant le mariage est souvent l’incompréhension de ses bienfaits : beaucoup redoutent le jugement des autres, alors que la chasteté est profondément estimable et estimée, qu’elle révèle une capacité à se réserver, à s’engager pleinement. La vraie chasteté n’est pas un refus du plaisir, mais un chemin de maîtrise de soi, de respect et de profondeur humaine et spirituelle. Se donner charnellement, c’est dire : « je me donne tout entier » — une vérité qui n’est pleinement cohérente que dans le cadre d’un engagement total, comme le mariage. Sans cela, « l’amour » donné devient une contradiction, voire un mensonge du corps, comme si l’on serrait la main en prononçant une insulte. 

En outre, le P. Craplet rappelle que les relations sexuelles marquent profondément, physiquement et psychologiquement : le corps a une mémoire, un acte sexuel n’est pas anodin. Se précipiter dans ce don peut masquer une peur, un besoin de réassurance, un manque d’estime, mais risque de marquer de manière indélébile. La chasteté, au contraire, forge la liberté, la confiance, et la solidité du couple à venir. Elle évite les malentendus, les attachements fragiles, les blessures. Elle prépare à une véritable rencontre de l’autre.

L’ouvrage n’ignore pas que les objections sont nombreuses : il faudrait « tester » son partenaire, acquérir de « l’expérience »… Ces arguments se révèlent bien fragiles : l’amour véritable ne se mesure pas à une performance ou une compatibilité physique : il se construit sur l’accord des cœurs. La sexualité n’est pas un terrain d’essai, c’est un espace sacré du don mutuel. L’harmonie (des cœurs puis des corps) vient avec le temps, l’écoute, la fidélité. Fort de son expérience pastorale, le P. Craplet console et encourage : vivre la chasteté, même si l’on a déjà « commencé autrement », est toujours possible et source de paix.

En effet, rien n’est jamais perdu. Si l’on constate que l’on a pris de mauvaises habitudes, il est toujours possible de se réajuster : comme un artisan corrige son œuvre et la rend plus belle, nous pouvons reprendre notre chemin affectif, remettre de l’ordre, reconstruire. Cela demande du courage, de la lucidité, de l’humilité. Et souvent, cela se fait à deux, dans un dialogue vrai, en évitant le triple écueil du découragement, de la culpabilité, de l’autojustification. Le pardon, l’écoute, et la confession permettent de tout renouveler : avec Dieu, rien n’est irréversible, l’amour se recrée chaque jour ; « voici que je fais toutes choses nouvelles »[1]Ap 21, 5..

L’engagement qui rend libre

Enfin, contrairement à l’idée reçue, et comme le P. Craplet aime à le rappeler dans ses homélies, le mariage ne met pas de chaînes. Il est au contraire un acte de liberté, un choix mûr et fort. Celui qui refuse de s’engager croit préserver sa liberté, mais il la perd souvent en se laissant emporter par les événements : sur une autoroute bondée, celui qui ne choisit pas sa file et sa bifurcation se laisse finalement emporter par le flot. S’engager, c’est prendre sa vie en main, c’est dire un oui responsable, qui ouvre un chemin de croissance. La vraie liberté, rappelle l’ouvrage n’est pas l’absence de lien, mais la capacité à choisir le bien, à se diriger vers ce qui rend heureux. Le mariage fait grandir cette liberté, parce qu’il oriente vers le vrai et le bien.

Se préparer à l’engagement, c’est donc faire grandir son intelligence (en vue du vrai) et muscler sa volonté et sa capacité à aimer (pour chercher le bien). Cela passe par une formation renouvelée (comprendre le pourquoi), des efforts quotidiens, de petites victoires sur soi-même : « Si vous voulez changer le monde, commencez par faire votre lit tous les matins » (Amiral William McRaven). Il ne s’agit pas d’héroïsme, mais de cohérence, se sculpter pour devenir celui ou celle que l’on veut un jour être pour l’autre.

Exhortant à entrer dans la confiance, le P. Craplet rappelle que Dieu ne reste pas en dehors de nos amours : il s’y invite avec délicatesse, pour en être la source, la lumière et la force. Nous sommes faits à son image, appelés à nous donner comme Lui se donne, dans la Trinité, dont le couple humain est une image magnifique. Dieu veut bénir, fortifier, sauver nos couples et nos foyers, il donne des grâces spécifiques pour cela, si nous les lui demandons, en particulier dans le sacrement du mariage. Prier ensemble, même simplement, fait partie des fondations d’un couple chrétien : Dieu devient alors le troisième brin de la corde, celui qui solidifie et rend incassable. Une famille qui prie ensemble, c’est une petite Église, rayonnante de foi et de charité : la messe, les sacrements, la prière en couple donnent une dimension nouvelle à l’amour humain. Tout cela donne au couple une fécondité spirituelle qui dépasse la simple biologie : fécondité par les enfants, bien sûr, mais aussi par le rayonnement, l’accueil, l’exemple.

Conclusion

Au fil des pages, le petit ouvrage du P. Craplet trace donc un grand chemin despérance pour les jeunes d’aujourd’hui, souvent tiraillés entre idéal et confusion. Il redonne à la vision chrétienne de l’amour toute sa force de proposition : loin des caricatures, elle apparaît ici comme profondément humaine, exigeante mais joyeuse, fondée sur la liberté, la confiance et la croissance. On en ressort stimulé, désireux de mieux comprendre l’amour pour mieux s’y engager.

À lire, à faire lire, à méditer. Pour tous ceux qui cherchent non pas à “vivre une belle histoire”, mais à grandir libres pour être capables daimer en vérité.

Références

Références
1 Ap 21, 5.
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