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Être femme selon le cœur de Dieu (1/2)

« Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 42).
À travers ces paroles adressées à Marthe, Jésus ne propose pas un simple modèle de comportement, mais il révèle un chemin spirituel spécifique, profondément enraciné dans le cœur féminin : un chemin de disponibilité aimante, d’accueil et de don, qui s’ouvre dans l’acceptation de son humilité par l’écoute de la Parole, se creuse dans l’intimité avec le Christ, et culmine dans une fécondité offerte au monde. Ce chemin, Stéphanie de Moulins le retrace avec justesse et profondeur dans un ouvrage à lire sans tarder La meilleure part, être femme selon le cœur de Dieu, à travers trois étapes : de la servitude à la filialité, de la filialité à la sponsalité, de la sponsalité à la maternité. Ce premier article nous fait passer à travers les deux premières étapes de l’ouvrage.
  1. De la servitude à la filialité : accueillir sa pauvreté, retrouver sa dignité

La Révélation biblique ne parle pas seulement de Dieu : elle révèle aussi à l’homme qui il est, et à la femme, qui elle est. Mais cette révélation suppose une écoute attentive : elle n’est pas imposée, elle s’offre à qui veut bien s’y rendre disponible. À travers Jésus, visage du Père, Dieu se donne et se fait connaître comme une vie infinie d’amour et de don. Et c’est bien dans cette perspective que doit se poser toute réflexion sur la vocation féminine : non pas d’abord dans les termes de la capacité ou de la reconnaissance sociale, mais dans le registre de l’être et de la relation, en particulier de cette relation sponsale à Dieu dans laquelle l’humanité entière est appelée à entrer — et à laquelle la femme semble singulièrement disposée. Stéphanie de Moulins appelle à rompre avec une approche seulement horizontale, avec l’esprit de comparaison qui stérilise les relations hommes/femmes en plaçant ces dernières dans une position d’infériorité et de frustration : avant d’être un vis-à-vis de l’homme, la femme reçoit la vie dans un face à face avec Dieu, à partir duquel on doit d’abord chercher à la comprendre (non pas à partir de ce qu’elle fait, mais de ce qu’elle est).

Trop souvent définie par rapport à l’homme, dans un monde blessé structuré par la force, la femme a vu sa condition dévalorisée, voire humiliée. Cette humiliation est une véritable blessure, qui continue d’empoisonner les relations hommes/femmes, mais qui peut être transformée et convertie. Car l’humilité à laquelle invite l’Évangile n’est pas l’humiliation subie, mais l’accueil libre d’une pauvreté féconde. Cette humilité est celle du Christ, le Fils éternel tourné vers le Père, qui se fait petit pour venir nous chercher, abaisse son regard pour élever les petits. Stéphanie de Moulins parle même ici d’une « humilité de Dieu » atteinte par la contemplation oblative, sans retour sur soi, une notion dont on pourrait discuter. Cette humilité est aussi celle de Marie, « servante du Seigneur », dont le Magnificat révèle combien Dieu relève les humbles et comble les affamés.

Nos vies humaines sont le chemin d’apprentissage de cette humilité, contre laquelle se rebiffe le moi propriétaire et égoïste. Ce chemin de l’humiliation subie à l’humilité choisie est au cœur de la vie spirituelle, et en particulier de la vie spirituelle de la femme. Celle-ci, souvent plus marquée dans sa chair et son histoire par la vulnérabilité, peut devenir prophète de cette humilité : non pas en reniant sa faiblesse, mais en la recevant comme un lieu d’alliance. Dans les évangiles, ce sont les femmes humiliées — la pécheresse, la Cananéenne, l’hémorroïsse, la femme courbée — qui se jettent les premières aux pieds du Christ, à qui Jésus répond avec une tendresse bouleversante, révélant leur dignité retrouvée. Dieu commence par les femmes : Marie et les autres, dont l’humilité permet d’accéder les premières jusqu’à son cœur, à qui il confie le secret de son « humilité ».

En entrant dans l’humilité du Christ, à la suite de Marie, la femme devient fille du Père, non plus servante réduite au silence, mais enfant aimée, appelée par son nom. Cette dignité filiale est le fondement sur lequel tout le reste peut s’édifier. Car Dieu ne veut pas seulement relever : il veut élever.

  1. De la filialité à la sponsalité : aimer et se laisser aimer par le Christ

Mais cette vie filiale n’est qu’un commencement : l’amour de Dieu va beaucoup plus loin. La filialité prépare une autre relation, plus intime encore : celle d’épouse. Stéphanie de Moulins rappelle que l’Écriture tout entière peut se lire comme l’histoire d’un mariage. La Bible commence par les noces d’Adam et Ève (Gn 1), s’achève sur celles de l’Agneau (Ap 19-22), et tout entre-deux n’est qu’une longue quête d’amour, ponctuée d’infidélités et de retours, de blessures et de promesses. La Trinité elle-même vient vivre en nous une noce perpétuelle. Le cœur de la femme, façonné pour le don et la réception, se retrouve naturellement au cœur de cette dynamique sponsale qui imprègne le plan de Dieu.

De fille, la femme est appelée à devenir épouse : la relation de l’âme à Dieu est une noce éternelle, où nous sommes épousés par l’Esprit pour vivre de sa vie et être uni en lui à nos frères. Être épouse du Christ ne signifie pas vivre une vie hors du monde ou idéalisée. Cela veut dire se laisser aimer — pleinement, respectueusement, librement — par Celui qui est l’Amour. C’est reconnaître que le Christ seul peut aimer sans posséder, accueillir sans enfermer. Cette expérience, les femmes de l’Évangile en sont témoins privilégiées : la Samaritaine, Marie-Madeleine, la pécheresse chez Simon, Marthe et Marie… (Stéphanie de Moulins semble partir du principe que Madeleine, la pécheresse pardonnée chez Simon et Marie sœur de Lazare sont trois personnes distinctes : un sujet encore débattu par les spécialistes[1]voir par exemple Renaud Silly op, Revue Thomiste CXVII, « Identification de Marie la Magdaléenne dans l’évangile selon saint Jean », 2017). À leur contact, Jésus ne les réduit jamais à leur faute ni à leur fonction : il les révèle à elles-mêmes, dans la vérité de leur désir, de leur blessure, de leur grandeur.

La femme manifeste par nature un attrait plus particulier pour cette vocation de toute âme à être épousée. Elle est ainsi appelée à une liberté nouvelle : celle de répondre à un amour qui ne s’impose pas, mais qui espère. L’amour sponsal est un consentement — le plus libre, le plus profond, le plus engageant. Et la femme est, par sa disposition intérieure et corporelle, singulièrement apte à cette offrande de tout l’être.

Le mariage humain, dans cette perspective, devient lieu de croissance vers cette union spirituelle avec Dieu – la sponsalité humaine préparant la sponsalité spirituelle. Et les femmes, à travers leur propre réponse d’amour à Dieu, deviennent des guides, des éveilleurs de cette vocation profonde qui est en chaque homme et chaque femme : devenir époux et épouse de Dieu. Adam a eu besoin d’Eve pour s’ouvrir au mystère des épousailles et entrer dans sa vocation sponsale. L’homme apprend souvent à aimer en regardant une femme aimer : ce qui est vrai de l’amour humain l’est à plus forte raison de l’amour divin. Et la femme devient alors, non seulement fille du Père, mais médiatrice d’une vocation universelle : l’appel de tout homme à la sainteté.

Stéphanie de Moulins appelle ainsi les femmes à redécouvrir leur vocation sponsale, appel à aimer Jésus en femme, d’un amour tendre d’épousée, et ainsi à devenir une aide pour l’homme. En scrutant les paroles et gestes de Jésus, en regardant le Christ qui l’attire, la femme est bouleversée par une perfection qu’elle ne pensait pas trouver chez l’homme, par une vérité et une profondeur qu’elle n’imaginait pas possibles. La grâce d’être femme est ainsi de se trouver face à Dieu en regardant en femme le Christ, « Dit-de-Dieu », en lisant l’Écriture, priant avec un cœur de femme, sans faire de Dieu une idée à sa taille mais en se laissant épouser par son Esprit pour entrer dans le cœur à Cœur du Fils. Voilà la « meilleure part » à laquelle l’ouvrage invite les femmes du XXIe siècle, pour les faire entrer enfin dans une troisième dimension (que nous développerons dans notre prochain article) : celle de la fécondité.

Références

Références
1 voir par exemple Renaud Silly op, Revue Thomiste CXVII, « Identification de Marie la Magdaléenne dans l’évangile selon saint Jean », 2017
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