Rechercher
Rechercher
Rechercher
Rechercher

700 litres de grand cru…

Carl Bloch, Noces de Cana, 1870
Carl Bloch, Noces de Cana, 1870

Le Pr. John Bergsma, ancien pasteur protestant, converti au catholicisme, docteur en Écriture Sainte de l’Université Notre-Dame (Indiana), professeur de théologie à la Franciscan University de Steubenville (Ohio), auteur de nombreux ouvrages, nous fait l’honneur et l’amitié d’une série d’articles sur l’Évangile de saint Jean, dont il présente aujourd’hui le “premier signe”.

Le premier signe dans l’Évangile de saint Jean est le changement de l’eau en vin à Cana :

Et le troisième jour, il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont point de vin. » Jésus lui répondit : « Femme, qu’est-ce que cela pour moi et vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Or, il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : « Remplissez d’eau ces urnes. » Et ils les remplirent jusqu’au haut. Et il leur dit : « Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin ; » et ils en portèrent. Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il interpella l’époux, et lui dit : « Tout homme sert d’abord le bon vin, et, après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment. » — Tel fut, à Cana de Galilée, le premier des miracles que fit Jésus, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui[1]Jn 2, 1-11, Traduction Crampon..

« Le troisième jour »

La première chose que nous voulons remarquer est le moment où ce signe eut lieu. Le verset 1 dit : « Le troisième jour, il y eut des noces… » On se pose immédiatement la question : « Troisième jour à partir de quoi ? »

Pour le découvrir, revenons au tout premier verset de notre Évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. » Il n’y a qu’un seul autre livre de la Bible qui commence par « Au commencement » : le tout premier – la Genèse. L’apôtre Jean établit donc un lien entre son Évangile et le livre de la Genèse, disant en quelque sorte : « La venue de Jésus est un événement si immense que c’est comme un nouveau commencement de l’histoire du monde. C’est une nouvelle Genèse. C’est une nouvelle création. »

Saint Paul dit la même chose en 2Co 5, 17, l’un de mes versets préférés de la Bible : « quiconque est en Jésus-Christ est une nouvelle créature ». Quand on rencontre Jésus, tout recommence.

Et l’Évangile de saint Jean continue avec d’autres liens avec le livre de la Genèse :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue[2]Jn 1, 1-5..

Saint Jean commence à parler de lumière et de ténèbres. Quand la lumière et les ténèbres apparaissent-elles dans l’histoire ? Évidemment au premier jour du récit de la création : « Et Dieu dit : “Que la lumière soit !” » Nous sommes donc au premier jour de la « nouvelle Genèse » de Jésus selon saint Jean.

En poursuivant la lecture du premier chapitre, nous rencontrons Jean-Baptiste, « l’homme envoyé de Dieu », qui n’est pas « le Christ », mais « une voix qui crie dans le désert ». Puis soudain nous lisons : « Le lendemain, il vit Jésus venir à lui et dit : “Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde !” » (1:29).

Comptons donc les jours. Tout ce qui précède doit correspondre au premier jour. En cet instant nous passons au jour suivant : cela doit être le deuxième jour, à partir du verset 29. Ce schéma continue. Si vous parcourez le reste de Jn 1, vous verrez que l’expression « le lendemain » revient également aux versets 35 et 43. Si vous comptez les jours, vous constaterez qu’à la fin du chapitre 1, quatre jours se sont écoulés dans l’Évangile. 

Le chapitre 2 commence par « Le troisième jour », en comptant depuis le chapitre précédent, ce qui donne un total de sept jours.

C’est donc la semaine de la nouvelle création en Jésus. 

Nouvelle Ève et nouvel Adam

Dans la Genèse, Adam est créé le sixième jour, tombe dans un profond sommeil, Dieu prend une de ses côtes, crée Ève, réveille Adam et lui amène Ève. Quand Adam se réveille, on peut supposer que c’est le matin du septième jour. Et c’est alors qu’Ève lui est présentée pour la première fois. La première apparition de la « Femme » dans l’histoire humaine a lieu le septième jour.

De même, dans l’Évangile de saint Jean, c’est au septième jour de l’Évangile qu’une Femme est mentionnée pour la première fois : « Il y eut des noces à Cana en Galilée, et la mère de Jésus était là » (Jn 2, 1). Marie est donc bien la nouvelle Ève.

Jésus aussi est invité aux noces. Il est le nouvel Adam. Évidemment, ce ne sont pas les noces de Jésus, mais ce sont des noces, et les seules personnes identifiées à ce mariage sont Jésus et sa mère. Ils se trouvent donc au premier plan comme la nouvelle Ève et le nouvel Adam : l’Homme et la Femme qui vont faire naître une nouvelle humanité par leur coopération.

« Ils n’ont plus de vin »

Lisons maintenant un peu plus attentivement ce récit. Le verset 3 dit : « Le vin venant à manquer… » Apparemment, il manque dès le premier jour. C’est vraiment une mauvaise fête : à cette époque ancienne, le festin de noces devait durer sept jours ; il fallait prévoir sept jours de vin pour toute la famille et les amis. Ici, le vin s’épuise dès le premier jour — un « échec total ».

« Le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : “Ils n’ont plus de vin.” » (Jn 2, 3). 

Marie nous enseigne ici un petit secret sur la prière. Regardez comment elle s’adresse à son divin Fils. Elle vient à Jésus et dit : « Ils n’ont plus de vin. » Elle ne cherche pas à le manipuler : « Tu devrais faire ceci, je veux que tu les aides, ce sont mes amis, il faut que tu fasses plus de vin. » Rien de tout cela.

Que fait-elle ? Elle fait simplement connaître au Seigneur leur problème. Je suis convaincu qu’elle nous montre comment prier : faites simplement connaître vos besoins au Seigneur. Vous n’avez pas besoin de manipuler, ni de lui proposer cinq solutions pour résoudre vos problèmes. Laissez simplement cela entre ses mains.

« Mon heure n’est pas encore venue »

Jésus répond : « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue. » Cette phrase est pleine de sens. Remarquez qu’il ne dit pas : « Je ne suis pas venu pour fournir du vin », mais : « Mon heure n’est pas encore venue. » Ce qui implique : « Je suis venu pour fournir du vin, mais pas encore. »

Quand Jésus fournit-il encore une boisson dans cet Évangile ? Seulement à la croix, lorsque « du sang et de l’eau » coulent de son côté. C’est le vin eucharistique de son sang. Mais cela se produira trois ans plus tard. Ici, Jésus demande à sa mère : « Veux-tu vraiment mettre en marche le processus qui conduira à l’événement où je fournirai véritablement le vin ? C’est un peu tôt pour commencer ce chemin ! »

Marie dit simplement aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira », puis elle s’en va. Voilà maintenant six serviteurs debout devant Jésus. Marie n’a ni manipulé, ni argumenté, ni supplié, ni insisté. Elle laisse simplement la situation entre les mains de Jésus. C’est un exemple pour nous dans la prière : laissez vos problèmes entre les mains de Jésus et dormez tranquillement.

« Six jarres de pierre » = 450 à 680 litres

« Il y avait là six jarres de pierre destinées aux purifications des Juifs, contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : “Remplissez d’eau ces jarres.” Et ils les remplirent jusqu’au bord. »

Cela représente environ 450 à 680 litres d’eau. Ils en puisent et en apportent au maître du repas de noces (une sorte de témoin du marié), afin qu’il goûte. Immédiatement, il appelle l’époux (Jn 2, 9). Et cela est très important. Remarquez qu’il suppose que c’est l’époux qui a fourni le vin. À cette époque, c’était son devoir ; de la même manière que, dans notre culture les parents financent le mariage de leurs enfants.

Voici l’idée : Notre Seigneur vient d’accomplir le rôle de l’époux, et il l’a fait bien mieux que l’homme à qui appartenait réellement cette fête ! Le maître du repas l’appelle : « Tout homme sert d’abord le bon vin, et, après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment. » Dans notre traduction française, l’échange paraît calme et formel. Mais dans la réalité, cela devait plutôt ressembler à ceci : « Mais enfin ! Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? Tu ne sais pas organiser une fête ? Pourquoi as-tu commencé avec le mauvais vin alors que tu gardais celui-ci en réserve ? »

Je connais un peu le vin. Quand vous allez au supermarché, tout en bas du rayon se trouvent les énormes bouteilles et les cubis. S’il est vendu en cubi ou en très grande quantité, ce n’est probablement pas un bon vin. Ensuite, plus vous montez dans les rayons, plus il y a de langues étrangères sur les bouteilles. Cette langue, c’est le français. Personne ne comprend le français aux États-Unis, parce que sa prononciation n’a aucun rapport avec son orthographe. Les Français aiment cela, parce qu’ainsi les Américains et les Britanniques ne comprennent pas ce qu’ils disent. Bref, tout en haut du rayon, les bouteilles sont plus petites, toutes les étiquettes en français, et comme américain, vous ne savez même pas vraiment ce que vous achetez — vous supposez simplement que c’est du vin, et qu’il vaut mieux qu’il soit bon puisque vous payez cher pour une petite bouteille.

Or Jésus produit ici près de 700 litres d’un excellent vin ! Une piscine de grand cru ! Jésus fait tout en grand dans l’Évangile de Jean. Il est l’époux de l’abondance. Un verset clé de l’Évangile est Jn 10, 10 : « Je suis venu afin qu’ils aient la vie… » juste assez de vie pour survivre ? Non ! Le verset continue : « … et qu’ils l’aient en abondance ! » De même, au début de l’Évangile, saint Jean s’écrie : « De sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ! » (Jn 1, 16).

Ce thème de l’abondance traverse tout l’Évangile, alors que Jésus agit toujours avec largesse : une quantité énorme de pains et de poissons multipliés pour la foule des 5 000, une quantité extravagante de parfums répandus sur son corps lors de sa sépulture (chapitre 19), une pêche miraculeuse démesurée sur la mer de Galilée (chapitre 21). Jésus est notre époux venu nous combler pleinement.

Du mariage à l’eucharistie

Dans ce signe accompli à Cana, nous voyons évidemment un lien avec le sacrement du mariage. Jésus est le véritable époux de chacun de nous. Même lorsque nous nous marions, ce que nous faisons, c’est entrer dans une relation avec un homme ou une femme qui doit nous manifester l’amour de Jésus à travers sa propre personne. Notre conjoint devient Jésus pour nous ; autrement dit, l’amour de Jésus est censé nous atteindre à travers notre époux ou épouse.

Jésus est l’époux de nos âmes, et lorsque nous entrons dans le mariage, il fait passer vers nous toute cette grâce abondante — symbolisée ici par les 700 litres de vin — à travers notre conjoint. Cela fait partie de la théologie du sacrement du mariage.

En étant présent à ces noces, en les bénissant par un miracle et en s’en servant pour commencer son ministère, Jésus montre à quel point il approuve ce sacrement du mariage, et combien l’idée et la beauté du mariage sont importantes dans son plan de salut.

Le mariage n’est pas une invention humaine. Dieu a conçu le mariage et l’a établi dès le commencement de la création. Et Dieu a voulu que la relation entre le mari et la femme reflète la relation d’alliance entre lui-même et son peuple. Cette relation d’alliance entre Dieu et son peuple vient d’abord, et Dieu a conçu le mariage pour la refléter.

Le mariage est donc quelque chose que Dieu établit : c’est une image du Christ et de son Église, raison pour laquelle nous ne pouvons pas en modifier les règles. De même que deux plus deux font quatre — une réalité que personne ne peut changer — ainsi un homme et une femme unis pour toujours constituent un mariage. Bien sûr, des personnes peuvent voter pour appeler d’autres relations « mariage », et des tribunaux peuvent décider d’accorder à d’autres relations les mêmes droits qu’au mariage. Mais cela ne change pas la réalité. La Cour suprême des États-Unis pourrait décréter que 2 + 2 = 5 et obliger légalement tout le monde à le dire, cela ne le rendrait pas vrai pour autant. Dieu a établi l’union d’un homme et d’une femme, ouverte à la vie et indissoluble, pour refléter la relation divine entre Dieu et son peuple. Et cela est inaltérable.

Le signe accompli par Jésus renvoie aussi à l’Eucharistie. Les premiers chrétiens qui lisaient l’Évangile de Jean comprenaient très bien que si Jésus avait le pouvoir de changer l’eau en vin, il avait aussi le pouvoir de changer le vin en son sang. Non seulement cela, mais depuis les premiers temps, l’Eucharistie est appelée « le festin des noces de l’Agneau ». Il existe donc un lien étroit entre le mariage et l’Eucharistie : dans le sacrement du mariage, vous communiez avec votre conjoint jusqu’en son corps ; dans le sacrement de l’Eucharistie, nous avançons pour communier et recevoir le corps de notre époux dans l’Hostie. La messe est communion entre Dieu et l’Église. Le mariage est communion entre le mari et la femme. Il existe donc un parallèle très fort entre ces sacrements, que met en lumière magnifiquement le premier signe accompli par Jésus, à Cana de Galilée.

Références

Références
1 Jn 2, 1-11, Traduction Crampon.
2 Jn 1, 1-5.
Retour en haut

Abonnez-vous à notre newsletter,
et soyez informés des derniers articles parus.